Mykhaïlo Fedorov, symbole de la guerre technologique en Ukraine
Mykhaïlo Fedorov, nommé en janvier, est le plus jeune ministre de la Défense que l’Ukraine ait jamais connu, à 35 ans. Un diplomate de l’Otan l’a qualifié de « compétent, réaliste, très bien informé et tourné vers l’avenir » selon l’AFP.
Jeune, détendu et passionné de technologie, Mykhaïlo Fedorov se distingue nettement de ses prédécesseurs à la tête du ministère ukrainien de la Défense. À lui revient la mission de dynamiser l’armement de Kiev, quatre ans après le début de l’invasion russe.
Nommé en janvier, cet homme de 35 ans aux cheveux courts poivre et sel est le plus jeune ministre de la Défense que l’Ukraine ait jamais eu. Son vocabulaire, dominé par les mots « rapidité », « efficacité » et « données », reflète son objectif de moderniser l’armée ukrainienne, qui résiste à la Russie après quatre années de conflits tout en faisant face à de nombreux problèmes systémiques.
Le front subit des reculs, la défense antiaérienne est insuffisante, il existe des difficultés de recrutement, une bureaucratie écrasante, et un sentiment de lassitude générale s’est installé. « Nous allons transformer la guerre en une plateforme de données », déclare Mykhaïlo Fedorov lors d’une rencontre récente avec des journalistes, se déplaçant sur scène avec un micro et une télécommande dans un style inspiré des « TED Talk », agrémenté de plaisanteries. « Nous allons rassembler toutes les données et voir ce qui fonctionne. Tout ce qui fonctionne bien sera conservé », résume-t-il.
M. Fedorov a également œuvré à la promotion des technologies avancées, notamment des drones, pour pallier les pénuries de soldats, de financement et de munitions. Sa carrière a débuté dans le marketing numérique et il a d’abord œuvré pour révolutionner les services en ligne pour les citoyens. L’invasion russe, qui a occupé sa ville natale située dans la région méridionale de Zaporijjia, n’a fait que renforcer sa conviction en l’importance de la technologie.
« C’était le moment de vérité. Quand quelqu’un attaque votre pays, vous devez agir de manière asymétrique », raconte son conseiller de l’époque, Anton Melnyk, illustrant la philosophie du jeune ministre.
Son ministère de la Transformation numérique a par exemple utilisé les réseaux sociaux pour inciter les entreprises occidentales à cesser leurs activités en Russie. C’est lui qui a contacté le milliardaire Elon Musk pour obtenir des connexions satellites Starlink pour les troupes ukrainiennes, devenues indispensables pour leur organisation militaire. Fedorov a été l’un des premiers à plaider en faveur de l’utilisation accrue des drones, désormais essentiels sur le terrain.
Le militant Serguiï Sternenko, connu pour ses efforts de collecte de fonds pour l’armée, a partagé en 2023 une vidéo demandant au gouvernement de ne pas laisser la Russie prendre de l’avance en matière de drones. « Mykhaïlo a vraiment été le premier à m’appeler, littéralement une heure ou deux après », se rappelle auprès de l’AFP le jeune homme, devenu conseiller de M. Fedorov. « Il était le moteur de l’innovation, en particulier de l’utilisation des drones dans l’armée ukrainienne, même lorsque les commandants des forces armées ukrainiennes ne faisaient pas encore confiance à cette technologie », ajoute M. Sternenko.
Parmi les projets notables et controversés de Fedorov figure un système de points attribués pour chaque soldat russe tué ou équipement détruit, destiné à récompenser les unités militaires les plus efficaces. À présent au ministère de la Défense, il est déterminé à développer cette approche. Une de ses premières initiatives consiste à réaliser un audit des pertes sur le champ de bataille et à classer les commandants en fonction de leur performance pour lutter contre l’augmentation des désertions et la désaffection liée à la mobilisation.
Le ministre compte déjà des appuis parmi les alliés de Kiev. Un diplomate de l’Otan l’a qualifié auprès de l’AFP de « compétent, réaliste, très bien informé et tourné vers l’avenir ». Cependant, il doit encore convaincre les hauts gradés de l’armée, toujours marqués par la rigidité de l’époque soviétique, ce qui s’avère être un défi pour quelqu’un qui n’a jamais servi. « Beaucoup dépend du commandement militaire », reconnaît son conseiller Sternenko, tout en précisant que « Mykhaïlo a une vision sur comment déjouer le système ».
Solomia Bobrovska, une députée et membre de la commission parlementaire de défense, qualifie ses projets de « très ambitieux et très prometteurs » mais tempère son enthousiasme. « La présentation est une chose, la réalité sera une autre », note-t-elle auprès de l’AFP. Sur le front Est, le sergent ukrainien Serguiï, 52 ans, affirme ne pas avoir encore remarqué de changements significatifs. À part les Starlink, les grands projets du nouveau ministre « restent pour l’instant purement théoriques », observe-t-il.

