Belgique

Dominique de Villepin, dinosaure politique et quasi-candidat à l’Élysée.

Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, a déclaré « J’ai une mémoire, j’ai une santé, j’ai une détermination et je suis prêt à livrer combat pour empêcher (l’extrême droite d’arriver au pouvoir, ndlr) » au micro de la RTBF mi-mars. En juin 2025, il annonce le lancement d’un nouveau mouvement, « La France humaniste », tout en développant des idées et sans réfuter une possible candidature à l’élection présidentielle.


Pas encore officiellement candidat et sans titre ni fonction, Dominique de Villepin, 72 ans, ancien Premier ministre, enchaîne les apparitions sur les plateaux de télévision français. Depuis fin 2025, il est devenu une nouvelle « rock star » politico-médiatique, avec des vidéos largement vues sur les réseaux sociaux, notamment par une génération qui ne l’a jamais vu au pouvoir. Selon Solenn de Royer dans une chronique du Monde, cela pourrait « identifier une voie de passage vers la présidentielle ». Il a affirmé au micro de la RTBF mi-mars : « J’ai une mémoire, j’ai une santé, j’ai une détermination et je suis prêt à livrer combat pour empêcher (l’extrême droite d’arriver au pouvoir) ».

Mais qui est cet homme de droite qui se situe de plus en plus à gauche ? Ce défenseur du droit international dans un monde où il semble être ignoré ? Cet ancien Premier ministre, critique d’Israël et des États-Unis, sans pour autant défendre l’Iran ni le Hamas ?

### Une carrière politique bien tracée

Est-ce que tout prédestinait Dominique de Villepin à une carrière politique et diplomatique ? Sans doute. Dans sa famille, les Galouzeau de Villepin, dix-huit membres ont reçu la prestigieuse Légion d’honneur : militaires, diplomates, députés, chefs d’entreprise… Après avoir obtenu son bac à 16 ans, il étudie le droit et les sciences politiques, avant d’entrer en 1978 à l’École nationale d’administration (ENA), considérée comme un véritable passage vers les élites politiques françaises. Sa promotion de 1980 compte des figures comme François Hollande et Ségolène Royal.

Son enfance passée à l’étranger (aux États-Unis, en Amérique latine et en Afrique) l’oriente vers une carrière diplomatique, qu’il commence dans les années 1980. Il travaille à l’ambassade de France à Washington, puis à New Delhi, avant de rentrer en France en 1992.

L’année 1993 marque un tournant dans sa carrière : il passe de la diplomatie à la politique. Bien qu’il soit membre du RPR depuis 1977 et qu’il collabore avec Jacques Chirac depuis 1981, il entre dans les cercles de pouvoir au milieu des années 90. Il est nommé directeur de cabinet d’Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères sous le gouvernement d’Édouard Balladur.

« Les Chiraquiens l’ont longtemps surnommé Néron pour cette dissolution ratée de 1997 », souligne aujourd’hui Nicolas Baygert, professeur à l’IHECS, spécialiste de la politique française.

La victoire du RPR aux élections législatives de 1993 ouvre la voie à la réélection de Jacques Chirac à la présidentielle de 1995. Chirac choisit Villepin comme secrétaire général de l’Élysée, un poste stratégique mais dans l’ombre. Repu d’un fin stratège, il sera cependant à l’origine d’une des plus grandes erreurs tactiques de la droite française : la dissolution de 1997, décidée pour mettre fin aux luttes internes à la droite.

Le RPR perd les élections, et le socialiste Lionel Jospin devient Premier ministre, pour la troisième cohabitation sous la Ve République. « Les Chiraquiens l’ont longtemps surnommé Néron pour cette dissolution ratée », rappelle Nicolas Baygert.

### 2003 : le discours à l’ONU

Nouvelle élection présidentielle en mai 2002. Le choc de voir Jean-Marie Le Pen accéder au second tour vient après l’échec socialiste du premier tour. Lionel Jospin, Premier ministre de cohabitation, rate sa campagne, perd au premier tour et disparaît de la scène politique. C’est l’ironie de l’échec de la dissolution ratée de 1997, qui a au moins partiellement permis la réélection de Chirac en 2002.

Après sa victoire, Chirac nomme de Villepin ministre des Affaires étrangères. C’est le personnage de Dominique de Villepin au Quai d’Orsay qui inspirera la bande dessinée de Christophe Blain et Abel Lanzac, adaptée en film avec Thierry Lhermitte.

Dans le deuxième tome de la bande dessinée, on voit la préparation d’un discours du ministre à l’ONU contre une intervention militaire au Lousdem, un pays soupçonné de détenir des armes de destruction massive. C’est une référence explicite à un discours célèbre : celui de Dominique de Villepin le 14 février 2003 devant le Conseil de sécurité des Nations unies, où il s’oppose à l’intervention américaine en Irak. Il déclare notamment :

« L’option de la guerre peut apparaître a priori la plus rapide. Mais n’oublions pas qu’après avoir gagné la guerre, il faut construire la paix. Ne nous voilons pas la face : cela sera long et difficile… Face à de telles perspectives, il y a l’alternative offerte par les inspections, qui permet d’avancer de jour en jour vers un désarmement efficace et pacifique de l’Irak. »

Ce discours, applaudie par l’assemblée du Conseil de sécurité, est souvent cité aujourd’hui, notamment dans le contexte de la guerre menée par les États-Unis et Israël en Iran.

Dominique de Villepin reste aux Affaires étrangères pendant deux ans, avant de devenir ministre de l’Intérieur, puis Premier ministre en 2005, en remplacement de Jean-Pierre Raffarin, après la victoire du « non » au référendum sur la constitution européenne.

### Des réformes contestées

À Matignon, Villepin mène une politique de droite classique : privatisations, désendettement de l’État, baisse des impôts et flexibilité pour inciter à l’embauche et réduire le chômage. Le contrat nouvelles embauches (CNE) est lancé, permettant aux entreprises de licencier un nouvel employé sans motif durant les deux ans suivant l’embauche. Ce dispositif passe relativement inaperçu, mais lorsqu’il est étendu aux jeunes avec le contrat première embauche (CPE), il déclenche une large contestation.

Les jeunes descendent dans les rues, scandant : « Villepin, si tu savais, ta réforme, où on se la met. » Le Premier ministre utilise le 49.3 pour adopter le texte, sans désarmer les opposants. Finalement, Jacques Chirac choisit de ne pas promulguer la loi, et le dispositif sera remplacé par une autre mesure.

Nicolas Baygert fait remarquer que « la jeunesse actuelle n’a pas connu Villepin comme Premier ministre », et l’opposition menée par les jeunes est maintenant largement oubliée face à la séquence « héroïque » du refus de la guerre en Irak.

### Rivalités et justice

Avec l’approche de 2007, Jacques Chirac ne peut plus se représenter. Nicolas Sarkozy, président de l’UMP, attend son heure. Entre 2005 et 2007, Sarkozy, en tant que ministre de l’Intérieur de Villepin, nourrit la rivalité entre les deux hommes. La personnalité et la stature internationale de Villepin contrastent avec l’omniprésence de Sarkozy sur les affaires intérieures.

Matignon semble être une rampe de lancement pour la présidence, même si Villepin n’a jamais déclaré sa candidature. Peut-être n’a-t-il pas eu le temps. En avril 2006, il est mentionné dans l’affaire Clearstream, un scandale prétendant que plusieurs personnalités politiques, dont Sarkozy, avaient touché des commissions occultes. On établit rapidement que certains documents étaient fabriqués, et l’accusation soutient que Villepin aurait encouragé ces faux pour nuire à Sarkozy.

Sarkozy est élu président le 6 mai 2007. La veille de la passation de pouvoir, Villepin démissionne. En tant que simple citoyen, il est perquisitionné et mis en examen pour « complicité de dénonciation calomnieuse, recel de vol, recel d’abus de confiance et complicité d’usage de faux » en juillet 2007.

Au procès de septembre 2009, Villepin déclare : « Ma présence sur le banc des accusés ne s’explique que par la volonté d’un homme, Nicolas Sarkozy, qui est aussi président de la République française ». Il sera relaxé en janvier 2010 et en appel en mai 2011, mais son image politique en souffrira.

### Un retour en force

Après son départ de Matignon, Dominique de Villepin devient avocat, ouvre un cabinet spécialisé dans les affaires internationales et crée Villepin International, une entreprise réputée florissante. Ses relations avec le Qatar sont souvent évoquées, tant pour sa fortune que pour le discrédit qui peut l’entourer.

Malgré cela, il reste attentif au paysage politique et en 2009, il annonce son intention de se présenter à la présidentielle de 2012. En 2010, il lance son parti, « République solidaire », prônant un libéralisme social dans la tradition gaullienne. Sa candidature est annoncée le 11 décembre 2011, mais ne parvient pas à obtenir les 500 signatures nécessaires.

Ce retour médiatique débute en 2024, après les élections législatives et la dissolution ratée d’Emmanuel Macron. Dominique de Villepin souligne l’importance de voter pour le Nouveau Front populaire contre le Rassemblement national.

Son retour dans les médias pour commenter la situation française et internationale s’accélère, et il apparaît comme l’un des rares dirigeants français à adopter une position cohérente de refus face aux enjeux modernes. En juin 2025, il annonce un nouveau mouvement, « La France humaniste », sans fermer la porte à une candidature à la présidentielle.

Les analyses soulignent que sa figure incarne une forme de dignité présidentielle de rechange, alors qu’il est appelé par des médias progressistes, solidifiant ainsi son aura. Sa popularité, surtout chez les jeunes, pourrait le lancer sur une voie politique renouvelée.