Municipales : Marseille diversifiée, Lyon conservatrice… Les scores du RN remettent-ils en question les clichés ?
À Lyon, Alexandre Dupalais, candidat pour l’union UDR/RN, totalise 7,07 % des votes, soit 14.451 voix, et ne se qualifie pas pour le second tour des élections municipales. À Marseille, Franck Allisio arrive en deuxième position avec 35,02 %, soit 99.137 voix pour le parti d’extrême droite.
Marseille, ville portuaire tournée vers le monde, où l’antifascisme est visible dans les tribunes du stade Vélodrome, contraste avec Lyon, parfois qualifiée de « capitale des fachos », terre propice aux groupuscules d’ultradroite depuis des décennies. Ces deux clichés sont mis à l’épreuve par les résultats du premier tour des élections municipales de dimanche, qui révèlent une réalité différente.
À Lyon, Alexandre Dupalais, candidat de l’union UDR/RN, obtient 7,07 % des voix, soit 14 451 suffrages, ne parvenant pas à se qualifier pour le second tour. À Marseille, Franck Allisio se classe en deuxième position avec 35,02 %, équivalant à 99 137 voix pour le parti d’extrême droite. Comment expliquer alors ces résultats divergents ?
### Lyon, un terreau peu favorable au RN
Ces résultats sont relativement conformes à l’histoire de la ville. « Lyon est une terre d’extrême droite depuis une cinquantaine d’années, mais cela a toujours été un terreau intellectuel », explique Romain Meltz, politologue à l’université Lyon-2. Selon lui, il n’y a jamais eu de lien direct entre la théorisation de l’extrême droite et les résultats électoraux du Front national, puis du RN, même lorsque Bruno Gollnisch était à Lyon-3.
Romain Jeanticou, interrogé par *20 Minutes* après la mort du militant d’ultradroite Quentin Deranque, a même évoqué le développement de ces groupuscules d’ultradroite comme étant lié à « l’absence d’une extrême droite électoraliste forte ». Il souligne que dans les zones où le RN est fort électoralement, il neutralise les groupuscules les plus radicaux grâce à une stratégie de dédiabolisation. Pour Romain Meltz, « Lyon n’offre pas le terreau privilégié pour mettre en œuvre une stratégie de conquête du pouvoir », en raison de la sociologie de la ville, caractérisée par un faible taux de chômage et un tissu économique dynamisé par les services, ce qui en fait un électorat peu enclin à soutenir le parti.
### À Marseille, une ville « complexe »
À Marseille, la politologue Virginie Martin, enseignante à Kedge, souligne qu’elle n’a pas été surprise par la montée du RN, qui est observable depuis plusieurs élections. En juin 2024, lors des élections législatives, le parti avait obtenu 116 345 voix, soit 48,02 % des suffrages au second tour, gagnant trois circonscriptions sur sept.
Cette proximité des Marseillais avec la droite traditionnelle, qui pourrait voter pour le RN, n’est pas nouvelle. Jean-Claude Gaudin, figure locale, a été maire pendant vingt-cinq ans. « Marseille demeure une ville de diversité tant que les quartiers nord restent confinés dans les quartiers nord », résume Virginie Martin, reprenant les analyses de l’anthropologue Michel Peraldi, fin observateur de la ville. Elle mentionne également quelques zones mixtes comme le centre-ville et le Stade Vélodrome.
L’identité marseillaise se manifeste également de façon variée dans les urnes. « Marseille est une ville complexe : il y a une vraie bourgeoisie, des communautés traditionnelles catholiques et juives, des immigrés, des professions libérales, des entreprises importantes comme la CMA-CGM, tout un éventail d’acteurs économiques », énumère la politologue.
### Insécurité et peur du déclassement
Dimanche soir, Franck Allisio a dominé dans les quartiers sud et est de la ville, dans les 8e, 9e, 10e, 11e, 12e et 13e arrondissements. De plus, la participation électorale a été faible, s’élevant à 52,18 %, en dessous des moyennes départementales et nationales.
« Il n’y a pas une seule Marseille, mais plusieurs : les quartiers nord, une zone mixte et les quartiers sud plus bourgeois », récapitule Virginie Martin. Elle souligne l’existence d’une « quatrième Marseille » dans les arrondissements périphériques, en mutation. Dans ces zones, elle note une population relativement jeune (25-45 ans) qui pourrait ressentir une forme de « déclassement », au même titre que certains habitants de zones périurbaines, des entrepreneurs ou petits restaurateurs fatigués de « l’assistanat », ainsi que des citoyens issus de l’immigration mais sensibles aux thèmes de la sécurité et de l’éducation.
Un électorat de choix pour le parti d’extrême droite. « L’insécurité à Marseille a été très présente ces derniers mois », ajoute Virginie Martin. Sur ce sujet, le RN présente un discours bien établi, en phase avec les préoccupations des électeurs.

