Décision le 17 mars sur Etienne Davignon dans l’assassinat de Patrice Lumumba.
La chambre du conseil a entendu le 20 janvier les deux parties dans ce dossier avant de mettre sa décision en délibéré. L’homme d’affaires Etienne Davignon, 93 ans, est soupçonné notamment de « détention et transfert illicite » de Patrice Lumumba au moment où ce dernier avait été fait prisonnier, selon le parquet fédéral, qui a demandé en 2025 son renvoi en procès devant le tribunal de Bruxelles.
Cet article a été publié le 20 janvier 2026. Il vous est reproposé ce 16 mars, à la veille de la décision attendue de la Chambre du Conseil.
La chambre du conseil a entendu le 20 janvier les deux parties dans ce dossier avant de mettre sa décision en délibéré.
Les avocats d’Etienne Davignon, Me John Verbist et Me Philip Traest, ont quitté rapidement la salle à l’issue de l’audience, sans répondre aux questions des journalistes présents. La défense d’Etienne Davignon a plaidé la prescription, soutenant qu’il était trop tard pour juger de la participation de Davignon dans l’assassinat de Patrice Lumumba, selon les avocats de la famille Lumumba, qui ont fait cette déclaration à l’agence Belga après l’audience.
** »Pas question de vengeance mais de soif de savoir »**
« Nous ne pouvons pas remonter le temps […], mais nous comptons sur la justice belge pour faire son travail et éclairer l’histoire », a déclaré à l’AFP avant l’audience Yema Lumumba, 33 ans, petite-fille de Patrice Lumumba.
« Il n’est pas question de vengeance mais de soif de savoir. Des millions de personnes aimeraient connaître la vérité », a expliqué Roland Lumumba, père de Yema, joint par téléphone à Kinshasa il y a quelques jours. Malade, il n’a finalement pas pu se rendre à Bruxelles, contrairement à ce qu’il avait initialement prévu, selon son entourage.
D’après les avocats de la famille, cette audience, qui était fermée au public, devait permettre à une « dizaine de petits-enfants » du héros de l’indépendance congolaise de se constituer parties civiles.
Cela constitue une forme de « passage de flambeau » à la génération suivante, selon l’un des avocats, Christophe Marchand.
« Nos parents commencent à avoir un certain âge. Il est important pour nous de montrer que ce combat continue, que nous sommes là pour nous assurer qu’il soit mené jusqu’à la fin », a ajouté Yema Lumumba, qui était présente au tribunal avec cinq autres petits-enfants.
**Etienne Davignon, soupçonné notamment de « détention et transfert illicite »**
Premier chef du gouvernement de l’ancien Congo belge devenu indépendant le 30 juin 1960, Patrice Lumumba a été renversé dès la mi-septembre 1960 par un coup d’Etat.
Il a été conduit dans la région sécessionniste du Katanga, où il a été exécuté le 17 janvier 1961 avec deux frères d’armes par des séparatistes, avec l’appui de mercenaires belges. Son corps, dissous dans l’acide, n’a jamais été retrouvé.
Aujourd’hui, un seul homme en Belgique peut encore répondre d’une éventuelle responsabilité pénale parmi la dizaine de fonctionnaires, policiers ou agents de renseignements belges initialement visés dans la plainte déposée en 2011 à Bruxelles par plusieurs enfants de la victime.
Il s’agit de l’homme d’affaires Etienne Davignon, 93 ans, ancien commissaire européen et stagiaire diplomate pour la Belgique à l’époque des faits.
Il est soupçonné notamment de « détention et transfert illicite » de Patrice Lumumba au moment où celui-ci avait été fait prisonnier, selon le parquet fédéral, qui a demandé en 2025 son renvoi en procès devant le tribunal de Bruxelles.
L’homme d’affaires a toujours nié toute implication des autorités belges.
**Crime colonial majeur**
Il y a quinze ans, la plainte initiée par les fils François et Roland Lumumba, s’appuyant sur les conclusions d’une enquête du Parlement belge, accusait diverses administrations belges d’avoir pris part à « un vaste complot en vue de l’élimination politique et physique » du dirigeant congolais.
Parmi les responsables initialement ciblés, l’apprenti diplomate Etienne Davignon, qui n’avait pas encore 30 ans à l’époque, est soupçonné d’avoir été au cœur d’un projet d’arrestation de Lumumba.
« Avant l’assassinat, il y a une arrestation, un transfert, de la torture. Tout cela doit être jugé », a déclaré Me Marchand devant la presse. « C’est un pas très important en vue de la réparation d’un crime colonial majeur. »
Dans le cadre de cette instruction pour « crimes de guerre », la justice belge avait saisi en 2016 une dent de Patrice Lumumba, restituée en 2022 à la République démocratique du Congo lors d’une cérémonie officielle à Bruxelles.
La dent avait été retrouvée chez la fille d’un policier belge décédé, qui avait participé à la disparition du corps après l’assassinat de 1961.
Lors de la restitution, le Premier ministre belge de l’époque, Alexander De Croo, avait réitéré les « excuses » déjà présentées par l’exécutif fédéral en 2002 pour sa « responsabilité morale » dans cette disparition.
Revenant sur les conditions de ce « terrible » assassinat, survenu dans un Katanga sécessionniste qui refusait de reconnaître le nouveau pouvoir indépendant, M. De Croo avait pointé du doigt des responsables belges qui, à l’époque, « ont choisi de ne pas voir » et « de ne pas agir ».

