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Guerre en Iran : Protection des pétroliers dans le détroit d’Ormuz.

Le détroit d’Ormuz, d’une largeur de 39 km, se retrouve impraticable en raison de la menace que fait peser l’Iran sur les navires qui l’empruntent. Aucune nation n’a, pour l’heure, accepté de rejoindre Washington dans ses efforts pour protéger le trafic maritime dans cette zone où transite 20 % du pétrole mondial.


Comment rétablir la sécurité de navigation des pétroliers dans le détroit d’Ormuz ? Alors que cette bande maritime de 39 km de large devient quasiment impraticable en raison de la menace pesant sur la plupart des navires empruntant cette voie, Donald Trump a demandé à ses alliés de protéger ces navires.

« S’il n’y a pas de réponse [à la requête américaine], ou si celle-ci est négative, je pense que cela aura des conséquences très mauvaises pour l’avenir de l’Otan », a même averti Donald Trump. Le président américain semble estimer qu’une coalition de pays, incluant la France, le Japon, le Royaume-Uni, la Corée du Sud, et même la Chine, pourrait restaurer le trafic maritime dans cette zone où transite 20 % du pétrole mondial.

### Éparpillement des forces iraniennes

Cependant, aucun État n’a, jusqu’à présent, accepté de se joindre à Washington. « Trump est un peu en mode panique, et pour lui, il suffit de faire une escorte et d’envoyer les Européens », résume Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux. « Sur le papier, c’est simple, mais le problème, c’est qu’on parle de 150 navires marchands à protéger par jour. De plus, il ne s’agit pas seulement du détroit d’Ormuz ; il faut sécuriser une route maritime de 2.000 km de long, et au-delà, la situation concerne toute la zone maritime du Golfe persique, où tout peut être frappé : des navires en mouvement ou en rade, des infrastructures pétrolières et portuaires… »

L’enjeu n’est donc pas simplement « d’avoir un bateau pour escorter chaque pétrolier », mais « d’ouvrir un corridor maritime face à des forces de harcèlement pléthoriques ». En effet, les forces iraniennes sont « composées d’une multitude de petits bateaux capables de transporter des roquettes, des missiles, des mines magnétiques… Elles disposent également de drones sous-marins, ainsi que de missiles antinavires – de croisière ou balistiques – répartis le long de leurs 2.000 kilomètres de côtes, dans un relief montagneux très complexe ».

Or, « les forces occidentales, qui escortent en haute mer contre d’autres forces navales équivalentes, ne sont pas adaptées à cette situation », poursuit Stéphane Audrand. L’alternative serait alors de « mener une campagne aérienne pour détruire les dépôts d’armement et les nœuds de commandement », mais les Iraniens « ont dispersé beaucoup de ces moyens pour être moins vulnérables à ces campagnes aériennes ».

### « Personne n’a envie de voir un pétrolier couler »

L’option de protéger chaque pétrolier pourrait même « mal finir », avertit Stéphane Audrand. « Vous remarquerez que c’est Trump qui réclame cette escorte, pas l’Arabie saoudite, ni d’autres pays riverains, qui savent que cela peut potentiellement dégénérer. Accessoirement, personne n’a non plus envie de voir un pétrolier couler dans le Golfe persique, sachant que tout le monde désale cette eau pour sa population. Il ne s’agit pas de plaisanter avec des supertankers chargés de 2 millions de barils… »

Cela ne signifie pas que les Européens, qui dépendent en partie de ce pétrole, restent inactifs. La France a évoqué le 9 mars une mission internationale « purement défensive » pour rouvrir le détroit. Les chefs de la diplomatie de l’UE doivent discuter ce lundi d’un possible recours à la mission Aspides, actuellement déployée en mer Rouge pour sécuriser le trafic maritime, comme l’a annoncé Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie de l’UE. Reste à voir sous quelle forme cela pourrait être mis en œuvre.

Le Royaume-Uni, de son côté, collabore avec ses partenaires sur un plan « crédible » pour rouvrir le détroit d’Ormuz. « Cela ne sera pas, et n’a jamais été envisagé comme une mission de l’Otan », a précisé le dirigeant travailliste Keir Starmer. Il devra s’agir d’une alliance de partenaires, tant en Europe et dans le Golfe qu’avec les États-Unis.

### Les Iraniens ont besoin de cette voie maritime

Une solution pourrait-elle être diplomatique ? Pour Stéphane Audrand, il est « crédible » que certains pays, notamment la France et l’Italie, « aient commencé à négocier avec l’Iran le passage des navires qui les intéressent ». D’autant plus que les Iraniens « ne peuvent pas transformer cette zone maritime en un champ de ruines, sans s’infliger à eux-mêmes des coûts significatifs, puisqu’une partie de leurs exportations de pétrole, notamment de l’île de Kharg, y transitent », rappelle l’expert.

Il reste une question en suspens : les Américains auraient-ils dû anticiper davantage les conséquences d’un blocus du détroit d’Ormuz avant d’intervenir en Iran ? « Je pense que Trump a en tout cas surestimé l’effet de ses frappes initiales », avance Stéphane Audrand. Fort de sa stratégie contre Maduro, il pensait qu’en éliminant le Guide Suprême, l’Iran se plierait et négocierait. Cela n’a pas fonctionné. Militairement, on ne peut pas contester le succès des opérations américaines, mais politiquement, cela représentait une mauvaise stratégie. Désormais, il leur faut inventer de nouvelles opérations…