Chroniques de la Byrsa : un récit inédit et sans précédent.
Le récit de «Qattous» illustre l’état d’esprit nécessaire dans les rapports avec les handicaps et l’importance de l’anticipation pour faciliter la circulation des personnes handicapées. Un professionnel chargé d’organiser la circulation doit penser aux non-voyants et s’assurer de leur concours avant et après l’aménagement des voies de circulation pour garantir sécurité et accessibilité.

Aveugles et aveuglément
Je le nomme «Qattous», tout simplement, car avec le temps, cette race féline s’étant multipliée chez moi, je n’arrive plus à mémoriser chaque nom. Ce chat, à l’époque un roux de moins de trois mois selon mon avis, a mérité son nom parce qu’un jour, en rentrant, je l’ai croisé dans ma rue, et il est venu vers moi lorsque je l’ai appelé ainsi.
«Qattous» a donc grandi avec ses compagnons à la maison jusqu’à ce qu’il attrape ce que je pense être une conjonctivite, commune dans le groupe, que je traite moi-même. Cependant, lui n’a pas voulu se laisser faire et, chaque fois que j’essayais, il me griffait les mains. J’ai fini par abandonner, et lui, par perdre la vue. Me retrouvant avec un petit aveugle, j’ai dû m’adapter à son nouvel état et gérer la situation, avec son aide tout de même. J’ai tenté, en quelque sorte, de remplacer sa vue, dans la mesure du possible.
Petit à petit, j’ai réussi à le guider par la voix : «Qattous, Qattous, par ici», «Qattous, viens, je suis là». Je l’ai ainsi dirigé vers son bac d’eau, sa gamelle ou ses «toilettes» dans le jardin, en étant attentif à ses miaulements et à ses réactions lorsque j’étais sur une fausse route, finissant par savoir les interpréter. Comment ai-je procédé ? En associant observation et simulation de la cécité. Ah, nous y voilà : en me plaçant dans la position d’un aveugle dans ces situations et en me demandant : «Comment ferais-je dans ce cas ?»; mais aussi en tentant d’identifier la nature et le nombre d’obstacles pouvant interférer dans ma démarche.
Une obligation d’anticipation et un devoir de facilitation
pour que tout le monde puisse se déplacer
avec le minimum de contraintes et le maximum de sécurité
J’ai partagé l’histoire de «Qattous» pour illustrer l’état d’esprit nécessaire dans nos interactions avec les handicaps lorsque l’on est sollicité pour assister les personnes handicapées. Un professionnel dont la fonction est précisément d’organiser la circulation sur les voies piétonnes doit penser à tous les handicapés, notamment les non-voyants. Il a une obligation d’anticipation et un devoir de facilitation afin que chacun puisse se déplacer avec le minimum de contraintes et le maximum de sécurité. Ainsi, avant d’initier l’aménagement des voies de circulation, en particulier les trottoirs (lorsqu’ils existent !), il devra d’abord tenter de se mettre à la place des différentes catégories d’usagers, en particulier les personnes handicapées, et si nécessaire, s’assurer de leur participation avant et après les travaux. Si cela avait été fait, nous n’aurions pas vu une forêt de poteaux installés sur les trottoirs, ni, surtout, des plaques indicatives ou signalétiques placées à hauteur d’homme, que les non-voyants risque de heurter s’ils ne sont pas accompagnés.

