Guerre au Moyen-Orient : taux d’intérêt en hausse, crédits hypothécaires touchés
Les prix du pétrole ont flambé, entraînant une hausse des taux d’intérêt obligataires d’environ 0,40% en Belgique et en Europe depuis le début du conflit. Actuellement, pour un prêt hypothécaire à 20 ans fixe avec une bonne quotité de 80%, le taux est de 3,51%, tandis qu’il est de 3,72% pour une quotité de 90%.
Les répercussions économiques de la guerre au Moyen-Orient se manifestent déjà. Les prix du pétrole connaissent une forte hausse, entraînant également celle du gaz. Sur les marchés financiers, la situation pousse les taux d’intérêt à augmenter, notamment les taux obligataires qui déterminent les conditions d’emprunt des États. « C’est une remontée de l’ensemble de la courbe des taux, c’est-à-dire aussi bien le taux à court terme à 2 ans que le taux à 10 ans ou à 30 ans », résume Bernard Keppenne, Chef économiste auprès de la banque CBC. « Si je prends les taux en Belgique ou en Europe, on a à peu près une hausse de 0,40% des taux, quelles que soient les périodes, depuis le début du conflit », ajoute-t-il.
L’augmentation des prix du pétrole préoccupe les marchés financiers en raison de l’effet potentiel sur l’inflation. « Les marchés sont partis sur le sentiment que le conflit actuel va durer et que l’impact de cette hausse des prix va se faire ressentir dans l’économie en termes d’inflation. Et ça explique cette hausse des marchés des taux obligataires », explique Bernard Keppenne.
### Des conséquences déjà sur les taux des crédits hypothécaires
Cette hausse des taux d’intérêt sur les marchés obligataires influence déjà les taux des crédits hypothécaires. Bien que la hausse ne soit pas spectaculaire, elle est tangible. « On a déjà des implications de 20 à 30 points de base qui se font ressentir sur les prêts hypothécaires », signale Bernard Keppenne.
Cette constatation est partagée par les courtiers en crédit. « Effectivement, depuis une semaine, on voit que nos prêteurs modifient leurs listes de tarifs », explique Mikael Petit, responsable du département « prêts hypothécaires » au sein de la société RGF. « Aujourd’hui, pour une bonne quotité à 80%, en 20 ans fixe, on offre du 3,51%. Et sur une quotité de 90%, c’est légèrement supérieur à 3,72% », a-t-il déclaré juste avant le week-end. « On avoisinait les 3,20% il y a encore un mois sur un taux fixe à 15 ou à 20 ans, en bonne quotité », a-t-il ajouté.
Ces taux sont certes beaucoup plus élevés que les taux d’intérêt supérieurs à 1% qui étaient proposés pour des prêts hypothécaires à 20 ans fixe en 2021. Toutefois, ils demeurent inférieurs à ceux d’il y a 15 ou 20 ans. En 2008, par exemple, le taux d’intérêt pour un prêt hypothécaire à 20 ans fixe avait dépassé les 6%. « Je reste persuadé qu’emprunter sur une durée longue à 20 ou 25 ans à un taux de 3,60 ou 3,70 fixes reste une belle opération pour les emprunteurs », estime Mikael Petit.
### Quelles conséquences sur les autres types de crédits ?
Pour les entreprises qui empruntent sur les marchés afin de financer leurs activités ou investissements, la hausse des taux observée sur les marchés obligataires a également un impact. « Une entreprise qui, aujourd’hui, veut négocier un crédit à 10 ans a directement l’impact de cette hausse des taux aujourd’hui dans les marchés », explique Bernard Keppenne.
Concernant les particuliers qui négocient des crédits à la consommation, par exemple pour l’achat d’une voiture, l’impact de la hausse des taux sur les marchés obligataires n’est pas encore très perceptible. « Cela bouge moins parce que là, c’est davantage basé sur les taux à plus court terme. Et là, l’ampleur est un petit peu limitée », selon Bernard Keppenne.
Pour les taux d’intérêt des crédits à la consommation, tout comme pour ceux des carnets d’épargne, il faudra se tourner vers la Banque Centrale européenne et les décisions qu’elle prendra en matière de taux directeur.
### Que vont faire les banques centrales ? Vont-elles relever les taux directeurs ?
L’objectif des banques centrales, notamment de la Banque Centrale européenne (BCE), est de contenir l’inflation. En règle générale, l’objectif à atteindre dans l’Union européenne est une inflation autour de 2%.
Pour maîtriser l’inflation, les banques centrales disposent principalement d’un instrument : le taux d’intérêt directeur, qu’elles peuvent relever ou abaisser.
Actuellement, le climat semble plutôt favorable à un report des baisses de taux, voire à une augmentation des taux. L’attention sera portée sur les réunions des banques centrales programmées prochainement, et les spéculations vont bon train. « Alors qu’on attendait une baisse des taux de la Banque d’Angleterre, ce scénario-là est abandonné pour le moment. La Banque d’Australie va encore augmenter ses taux, alors qu’a priori, elle était plutôt aussi sur un statu quo », explique Bernard Keppenne. Concernant la FED, la banque centrale des États-Unis, « il y avait des signaux importants qu’elle allait peut-être baisser ses taux deux fois cette année-ci », ajoute Bernard Keppenne, mais la première baisse, attendue en juin, pourrait n’intervenir qu’en septembre.
De manière générale, le contexte actuel, marqué par la hausse des prix du pétrole et le risque d’inflation, incite les banques centrales à la prudence. « Elles ne veulent pas se laisser avoir comme elles se sont laissées avoir au moment de la guerre en Ukraine », analyse Bernard Keppenne. À l’époque, les banquiers centraux avaient cru que la hausse de l’inflation serait temporaire et que l’on reviendrait assez rapidement autour des 2% d’inflation. « Or, après un an, l’inflation était toujours aussi élevée, et donc les banques centrales ont dû augmenter leur taux assez fortement. La Banque Centrale Européenne a réalisé des hausses de taux de 0,75%, ce qu’elle n’avait jamais fait auparavant, pour contrer cette augmentation de l’inflation », rappelle Bernard Keppenne. Selon l’économiste, les banques centrales ne vont pas reproduire « la même erreur ». « Si le conflit persiste, cela incitera les banques centrales à remonter leur taux plus rapidement », estime-t-il.
Étant donné que la montée des prix du pétrole et l’inflation qui pourrait l’accompagner pourraient freiner la croissance économique, limiter l’inflation pourrait devenir un objectif prioritaire pour les banquiers centraux européens, même si cela implique une augmentation des taux d’intérêt. De plus, la situation actuelle diffère de celle observée au moment de la guerre en Ukraine. À l’époque, l’Europe sortait de la période du Covid avec des taux de croissance plus élevés qu’actuellement, laissant une marge pour tolérer l’inflation. Une autre distinction qui justifierait une intervention plus forte via les taux d’intérêt pour maîtriser l’inflation réside dans le fait que les États européens disposent aujourd’hui de moins de moyens pour soutenir les entreprises et les ménages. « Le quoi qu’il en coûte a mis les finances publiques dans des états catastrophiques », résume Bernard Keppenne.

