Belgique

1000 euros de différence : votre commune a-t-elle augmenté ses impôts locaux en 2026 ?

La taxe additionnelle à l’impôt des personnes physiques (IPP) peut s’élever jusqu’à un pourcentage maximum de 8,8%. Environ 35 communes ont décidé d’augmenter les centimes additionnels communaux au précompte immobilier pour 2026.


On les désigne sous les termes de « taxe additionnelle à l’impôt des personnes physiques » et de « centimes additionnels au précompte immobilier ». Ces notions ne sont pas toujours familières aux citoyens, mais il serait regrettable de les négliger, car elles peuvent impacter significativement le budget : parfois plusieurs milliers d’euros par an. De plus, ces impôts varient d’une commune à l’autre.

D’après nos analyses, deux familles ayant des profils identiques vivant dans des logements similaires peuvent payer 1 000 euros d’impôts de plus ou de moins, selon qu’elles résident dans une commune avec des taxes communales faibles ou élevées.

De quoi s’agit-il exactement ?

– **La taxe additionnelle à l’impôt des personnes physiques (IPP)** est un impôt supplémentaire, exprimé en pourcentage, décidé par chaque commune. Elle s’ajoute à l’impôt basé sur les revenus, selon les tranches d’impôt. Le pourcentage communal ne peut dépasser 8,8 %. Par exemple, si un salarié doit verser 1 000 euros d’impôts sur ses revenus, et que sa commune applique le taux maximum de 8,8 %, le montant total s’élèvera alors à 1 088 euros, dont 88 euros seront destinés aux finances communales. Souvent, les contribuables ne s’en rendent pas compte, car cela ne figure pas sur leur fiche de paie mensuelle, mais apparaît dans l’avertissement extrait de rôle lors de la déclaration fiscale. Il faut retenir que cette taxe concerne les revenus du travail ou les revenus de remplacement comme les allocations de chômage ou les pensions.

– **Les centimes additionnels au précompte immobilier** sont aussi établis par les communes, mais ils ne portent pas sur les revenus d’activité. Ils s’appliquent uniquement aux propriétaires de biens immobiliers, et non aux locataires, car ils concernent la propriété immobilière. Chaque bien immobilier possède un revenu cadastral, montant basé sur une estimation faite il y a plusieurs décennies, reflet de ce que rapporterait le logement s’il était loué. Aujourd’hui, cette évaluation et son montant sont totalement dépassés, mais servent toujours de fondement au calcul. Le revenu cadastral est indexé en fonction de l’inflation. Chaque niveau de pouvoir (région, province, commune) décide ensuite d’un pourcentage pour le calcul de la taxe. Par exemple, si un logement a un revenu cadastral non indexé de 500 euros, il serait aujourd’hui indexé à 1 125 euros. Si une commune impose 2 500 centimes additionnels, cela correspond à 25 %, soit 281,25 euros d’impôts pour 2026.

Ces deux taxes cumulées représentent en moyenne 35 % des recettes des communes. « Il y a également 15 % provenant d’autres taxes, comme les taxes sur les déchets, les piscines, ou encore les divertissements », souligne Katlyn Van Overmeire, conseillère experte en finances publiques locales à l’Union des Villes et Communes de Wallonie. « Un quart des recettes découle du Fonds des communes, une dotation que la Région wallonne attribue chaque année aux communes selon divers critères. Le dernier quart provient de subventions à l’emploi et de revenus variés, via des infrastructures communales, des dividendes d’énergie ou la vente de bois. »

### 53 communes augmentent leurs impôts pour 2026

Chaque année, les communes peuvent choisir d’augmenter, de réduire ou de maintenir ces deux impôts. Généralement, elles ne le font qu’au début de leur mandat de six ans, suivant les élections communales. Ce début de mandat est donc actuellement en cours.

Depuis les élections communales d’octobre 2024, le budget 2026 est la première opportunité pour les nouvelles administrations de modifier ces impôts, car le budget 2025, voté en octobre ou novembre, est trop précoce pour que les nouvelles majorités puissent l’ajuster.

Que décideront ces nouvelles majorités ? Dans 220 communes de Wallonie et de Bruxelles (soit 79 %) : rien. En d’autres termes, elles ne modifient ni à la hausse, ni à la baisse les taux. Sept communes ont choisi de réduire les impôts, tandis que 53 autres ont opté pour des augmentations.

### 35 communes augmentent le précompte immobilier

Environ 35 communes ont décidé d’augmenter les centimes additionnels communaux au précompte immobilier, touchant ainsi la taxation de la propriété immobilière.

C’est le cas notamment de Wavre, Lasne, Genappe, Ramillies (Brabant wallon), Frasnes-lez-Anvaing, Charleroi, Hensies, Les Bons Villers, Dour, La Louvière, Morlanwelz (Hainaut), Marchin, Wanze, Chaudfontaine, Esneux, Aubel, Dison, Pepinster, Spa, Lincent (Liège), Aubange, Daverdisse, Etalle, Musson (Luxembourg) et Gembloux (Namur).

De plus, la moitié des communes bruxelloises (Auderghem, Berchem-Sainte-Agathe, Bruxelles-Ville, Etterbeek, Ganshoren, Jette, Saint-Josse-ten-Noode, Uccle, Watermael-Boitsfort et Woluwe-Saint-Pierre) augmentent ce taux, signe d’une problématique budgétaire plus profonde, étant donné qu’une commune sur deux à Bruxelles augmente ce taux, tandis qu’une commune sur dix en Wallonie le fait. À Saint-Josse, la hausse la plus importante du pays est enregistrée avec un passage de 2 980 à 4 090 centimes additionnels, soit près de 250 euros d’impôts en plus sur un logement type.

« Malgré la réduction de 9 % de tous nos frais de fonctionnement cette année, nous n’avons pas eu le choix », déplore Sophie De Vos, maire d’Auderghem, qui conserve malgré tout le taux de précompte immobilier le plus bas de la région. Selon elle, les nouvelles sont particulièrement mauvaises pour les communes bruxelloises. « Les pouvoirs locaux à Bruxelles sont les seuls à supporter intégralement, sans aide, les charges des pensions. De plus, la police est sous-financée, nous allons connaître l’exclusion des chômeurs après deux ans ainsi qu’un certain nombre de subventions de l’an dernier qui n’ont pas été reçues », ceci peut-être à cause de l’absence d’un gouvernement bruxellois pendant toute l’année 2025.

> « On pense qu’en tant que propriétaires, nous avons un peu plus de flexibilité que les locataires. »

Pour faire face à ces défis, Auderghem a donc décidé d’augmenter le précompte immobilier plutôt que l’IPP. « D’une part, parce que certains, comme les fonctionnaires internationaux, ne paient pas d’IPP. D’autre part, nous considérons qu’en tant que propriétaires, nous avons un peu plus de liberté que les locataires », précise-t-on, en ciblant bien les propriétaires pour cette augmentation du précompte.

Théoriquement, les communes peuvent augmenter leur précompte immobilier sans restriction, mis à part l’acceptation sociale de devoir payer plus d’impôts. La région wallonne recommande de ne pas dépasser 2 600 centimes additionnels, mais cette règle n’est pas contraignante et une centaine de communes wallonnes franchissent cette limite selon nos estimations. À Bruxelles, aucune règle n’existe, mais seule la commune d’Auderghem reste en dessous du seuil wallon.

Parmi les 280 communes, seules trois ont décidé de réduire les additionnels communaux sur le précompte immobilier sans augmenter l’IPP : Pecq dans le Hainaut (de 2 800 à 2 600 centimes additionnels), Chastre dans le Brabant wallon (de 2 600 à 2 550) et Woluwe-Saint-Lambert à Bruxelles (de 3 200 à 3 175).

### Le « tax shift » du travail vers le capital à l’échelon communal

Parmi les communes ayant augmenté les centimes additionnels sur le précompte immobilier, certaines visent en réalité un « tax shift », c’est-à-dire un rééquilibrage fiscal déplaçant la taxation des revenus du travail vers l’immobilier. Voici quelques exemples :

– **Gembloux** augmente ses centimes additionnels au précompte immobilier de 2 600 à 2 800, tout en réduisant l’additionnel à l’IPP de 7,8 % à 7,6 % ;
– **Spa** augmente ses centimes additionnels de 2 500 à 2 800, réduisant l’IPP de 7,5 % à 7 % ;
– **Esneux** augmente de 2 700 à 3 100 ses additionnels communaux sur le précompte immobilier et réduit l’IPP de 8,5 % à 8,1 % ;
– **Etterbeek** fait passer de 2 966 à 3 475 ses centimes additionnels au précompte immobilier, tout en abaissant l’IPP de 6 % à 5,8 % ;
– **Uccle** augmente ses additionnels communaux de 2 940 à 3 400, mais diminue l’IPP de 5,7 % à 5,6 % ;
– **Bruxelles (Bruxelles-Ville)** effectue le plus grand tax shift, passant de 2 950 à 3 457 centimes additionnels tout en réduisant l’IPP de 6 % à 4,9 %. Ce taux devient le plus bas de Wallonie et Bruxelles.

Bruxelles-Ville est particulièrement intéressant. « Nous avons procédé à une vraie réforme fiscale pour équilibrer les recettes face aux coûts supplémentaires des CPAS suite aux exclusions des chômeurs, tout en améliorant le pouvoir d’achat de nos habitants, des travailleurs résidant dans la commune et des propriétaires occupants », décrit Anas Ben Abdelmoumen, échevin des Finances. Comment cela se concrétise-t-il ? « Nous avons dû l’expliquer à plusieurs reprises ».

L’augmentation des centimes additionnels de 2 950 à 3 457 sera « entièrement et automatiquement compensée, sans charge administrative » pour les propriétaires occupants. « De plus, nous offrons une compensation de 100 euros à chaque propriétaire occupant », précise l’échevin. Ainsi, même si le taux de précompte augmente, les propriétaires occupants verront leurs impôts diminuer de 100 euros.

Quel est le mécanisme ? En ciblant les nombreux propriétaires bailleurs dans la commune, ceux qui mettent leurs biens en location, ils ne bénéficieront ni de la prime ni de la compensation. « Nous comptons 92 423 propriétaires bailleurs pour 23 779 propriétaires occupants », indique l’échevin. Cela permet à la commune d’augmenter légèrement la taxation des premiers tout en offrant des allégements significatifs aux seconds. « Pour 90 % des propriétaires bailleurs, l’augmentation ne sera que de 30 euros par an », ajoute Anas Ben Abdelmoumen.

Le résultat : 32 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires pour la commune et une baisse des impôts pour les habitants. « Si l’on considère aussi la baisse de l’IPP, un habitant au salaire médian gagnera 250 euros nets sur l’année, un policier 150 euros, un professeur 130 euros », calcule l’échevin. De plus, cela s’ajoute à l’engagement du nouveau gouvernement bruxellois de doubler la prime Be Home de 160 euros pour les propriétaires occupants.

### Certaines communes ne peuvent déjà plus augmenter l’IPP

Enfin, une trentaine de communes ne peuvent tout simplement plus profiter d’une augmentation de l’additionnel à l’IPP. En effet, la loi fixe un plafond à 8,8 %.

Ce plafond est déjà atteint à Havelange, Dinant, Vielsalm, Faimes, Fexhe-le-Haut-Clocher, Donceel, Limbourg, Visé, Huy, Hamoir, La Louvière, Mouscron, Leuze-en-Hainaut, Tournai, Pecq, Sivry-Rance, Beaumont, Anderlues, Quiévrain, Fontaine-l’Evêque, Farciennes, Courcelles, Chappelle-lez-Herlaimont, Lessines, Chièvres, Ath, Hélécine ou Jodoigne. Ces communes sont désormais rejointes par Lincent, Comblain-au-Pont, Marchin et Morlanwelz avec leurs augmentations pour 2026.

C’est souvent le cas dans des communes où le revenu moyen est plus bas et où le taux de chômage est plus élevé. Cela implique davantage de dépenses pour la commune, par exemple via les CPAS, tout en ayant une « assiette fiscale » plus réduite, et donc la nécessité d’augmenter le taux d’imposition.

Seules deux communes, en dehors des six communes concernées par le tax shift, réduisent l’IPP sans toucher au précompte immobilier : Baelen en Province de Liège (-0,3 %) et Thuin dans le Hainaut (-0,1 %). À noter que trois communes présentent des taux d’IPP de 0 % dans le pays : Knokke, La Panne et Coxyde.