Violences policières : « Reconnaître le problème pour restaurer la confiance »
Plus d’un millier de personnes se sont rassemblées dans les rues de la capitale pour manifester contre les violences policières. Selon une enquête menée par plusieurs médias, 120 civils ont perdu la vie lors d’une intervention policière ou d’une privation de liberté depuis 2010.
Fabian, Adem, Christophe, Adamo, Sourour… Des noms qui résonnent dans le cœur des milliers de manifestants rassemblés en leur hommage et pour soutenir leurs proches.
Ces noms, affichés sur des pancartes, racontent chacun l’histoire d’une vie singulière brutalement interrompue. Ensemble, ils véhiculent un message plus large : la confiance envers les institutions policières et judiciaires est profondément ébranlée. Les participants estiment que l’État de droit ne respecte pas ses promesses.
Plus d’un millier de personnes ont défilé dans les rues de la capitale pour s’opposer aux violences policières.
Parmi les revendications, on note l’interdiction des voitures de police dans les parcs, la fin des courses-poursuites jugées démesurées, l’interdiction des flash-balls et tasers, ainsi que le retrait des policiers impliqués dans des violences ou meurtres.
### Violences non légitimes ?
Il est important de rappeler que dans l’exercice de ses fonctions, la police peut faire usage de la force, mais cela doit être encadré par la loi (Loi sur la Fonction de la Police du 5 août 1992). Plusieurs principes doivent être respectés : légalité, nécessité (pour atteindre un « objectif légitime qui ne peut pas être satisfait autrement »), proportionnalité et avertissement préalable (« à moins que cela ne rende cet usage inopérant »).
Hors de ce cadre, dont les contours peuvent parfois sembler flous, l’usage de la force pourrait être considéré comme illégitime. Cette question refait surface régulièrement dans l’actualité. Par exemple, lors de la grande manifestation nationale contre les mesures gouvernementales le jeudi 12 mars, de nombreux témoignages ont dénoncé des comportements potentiellement illégaux de la part des policiers.
Des manifestants et des passants auraient subi des tirs de gaz lacrymogènes, des coups, et même des blessures, sans justification, près de l’ambassade américaine. Des vidéos corroborent ces allégations.
La zone Bruxelles Capitale – Ixelles a reconnu avoir pris connaissance d’une vidéo, mais a déclaré que celle-ci ne reflétait pas nécessairement l’ensemble du contexte opérationnel dans lequel les policiers intervenaient.
Du côté de la Ligue des droits humains, le directeur, Pierre-Arnaud Perrouty, affirme que « sur certaines images, on voit des violences policières extrêmement fortes qui ne semblent pas justifiées. »
### Sentiment d’impunité ?
Selon le directeur de la Ligue des droits humains, il n’existe pas aujourd’hui « d’effet dissuasif sur les policiers pour arrêter ce type de pratiques ».
Un problème persiste au niveau du suivi des violences présumées : « Il n’y a pas suffisamment d’enquêtes, et encore moins de poursuites dans des cas de violences policières avérées. » Plusieurs affaires, bien médiatisées, ont marqué les esprits, mais beaucoup d’autres passent sous silence, même lorsqu’il existe des éléments de preuve.
Les procédures sont souvent longues et les enquêtes n’aboutissent pas. « Cela se termine souvent par un non-lieu, et lorsque des poursuites sont engagées, les condamnations sont généralement très légères. »
Pierre-Arnaud Perrouty insiste sur la nécessité d’une reconnaissance du problème par les autorités : « Les autorités policières et politiques sont jusqu’à présent dans l’idée que reconnaître le problème risquerait d’éroder la confiance du public dans la police. Or, c’est exactement l’inverse qui se produit. »
### Quelle est l’ampleur du problème ?
La situation est préoccupante, mais il est difficile de quantifier le problème du manque de confiance dans les forces de l’ordre. De nombreux médias se sont unis pour mener une enquête sur le nombre de décès survenus lors d’interventions policières, dénombrant 120 victimes depuis 2010, comparativement à 17 agents décédés dans le cadre de leur service.
Les circonstances des décès varient considérablement, certains relevant de la légitime défense, tandis que d’autres suscitent des interrogations. Certaines enquêtes judiciaires ne sont pas systématiquement signalées au Comité P, ce qui complique la création d’une vue d’ensemble sur ces tragédies.
La criminologue Sofie De Kimpe souligne que le manque de transparence sur ces questions est lié à la culture institutionnelle. « Au Royaume-Uni, la transparence est exigée de la police, car le manque d’ouverture engendre la méfiance et mine la légitimité des forces de l’ordre », note-t-elle.
### La peur, anomalie dans un État de droit
La relation entre une partie des citoyens et les autorités semble altérée par le climat de peur. Certains témoins de la manifestation du 12 mars, qui ont observé des usages de force qu’ils jugent excessifs, ont exprimé leur hésitation à participer à de futures manifestations.
Des participants ont fait part de leurs inquiétudes, évoquant même un sentiment de danger lors des manifestations pacifiques, craignant une répression violente. « Je suis extrêmement inquiète de l’état de l’État de droit », confie l’une d’elles.
### Des préoccupations qui en évoquent d’autres
En juin 2025, l’Institut Fédéral pour la Protection et le Promotion des Droits Humains avait déjà tiré la sonnette d’alarme au sujet des restrictions croissantes au droit de manifester.
Martien Schotsmans, directrice, avait noté une tendance alarmante à la limitation des libertés d’expression et d’organisation dans une société démocratique. Les pratiques telles que les arrestations arbitraires et les usages disproportionnés de la force sont des préoccupations majeures.
La question des violences policières est complexe et multifacette. Elle soulève des inquiétudes parmi divers acteurs de la société, reflétant un besoin urgent d’examen du rôle et des responsabilités des forces de l’ordre dans un État de droit.

