Municipales 2026 : Des électeurs votent avec une machine, « Comme à la Star Academy »
Dans une soixantaine de communes, le bulletin et l’urne sont remplacés par une machine à voter depuis les années 2000. Lors de l’élection présidentielle de 2007, 82 communes, soit 1,5 million d’électeurs, ont eu recours aux machines à voter, selon un rapport du Conseil constitutionnel.
Bulletin, isoloir, enveloppe, urne, « a voté ». Ce rituel, bien connu des électeurs français, ne sera pourtant pas celui de tous les inscrits sur les listes électorales ce dimanche, lors du premier tour des élections municipales. Dans environ soixante communes, le bulletin et l’urne sont remplacés depuis les années 2000 par une machine à voter, comme celles observées aux États-Unis.
Dans les bureaux de vote concernés, les électeurs doivent, comme pour un vote traditionnel, prouver leur identité. C’est à partir de ce moment que le processus diffère d’un vote « classique » : lorsque vient leur tour, les citoyens n’emportent pas de bulletins de vote et d’enveloppe pour se rendre dans l’isoloir, mais attendent que leur droit à voter sur la machine soit ouvert par le président du bureau, précise une circulaire du ministre de l’Intérieur sur l’utilisation des machines à voter pour les élections de ce week-end.
Un peu plus d’un million d’électeurs concernés
L’électeur se rend ensuite devant la machine, sélectionne, à l’abri des regards – dans un isoloir ou protégé des autres par des panneaux sur la machine – son candidat ou un vote blanc et valide son choix. Un « bip » retentit et le fameux « a voté » est prononcé. Comme pour un vote à l’urne, le citoyen doit ensuite signer la liste d’émargement. « Ce n’est pas compliqué, la machine s’utilise très bien même quand on ne l’a jamais fait », témoigne Marine, 26 ans, qui a découvert ce processus à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) lors des élections européennes de 2024. « D’autant que les membres du bureau expliquent très bien comment ça fonctionne », ajoute-t-elle.
Les machines à voter électroniques sont autorisées en France depuis 2003. Lors de l’élection présidentielle de 2007, 82 communes, soit 1,5 million d’électeurs, en ont ainsi fait usage, selon un rapport du Conseil constitutionnel. Un moratoire, décidé pour des raisons de transparence et de sécurité du vote, a suspendu leur déploiement depuis 2008. Depuis, leur nombre a légèrement diminué au fil des scrutins. Seules 60 communes – représentant 1,25 million d’électeurs – les ont utilisées lors des dernières élections en France, les européennes et les législatives anticipées de 2024, selon l’Observatoire du vote.
Sécurité du scrutin et dépouillement immédiat
Les mairies qui les utilisent affichent un enthousiasme manifeste. La mairie d’Antony (Hauts-de-Seine), qui a recours à ce dispositif dans ses 45 bureaux de vote depuis 2005, affirme à *20 Minutes* avoir souhaité « fiabiliser le déroulement des scrutins, rendre plus rapide l’acquisition du résultat sur l’ensemble de la ville, réduire le coût d’organisation d’un scrutin, éviter le recours au papier et permettre le vote de façon autonome des personnes handicapées et non-voyantes ».
Les mêmes raisons sont évoquées par la mairie du Havre, qui utilise les machines à voter dans ses 110 bureaux de vote depuis 2005. La ville a même « réaffirmé », par courrier au ministre de l’Intérieur en date du 25 novembre 2025, « son souhait de voir lever [le moratoire] afin d’acquérir des machines à voter de nouvelle génération et de remplacer son parc de machines vieillissant ».
Un système plébiscité par les électeurs
Du côté des électeurs, le procédé est également séduisant : d’après une enquête Opinion Way pour l’Association des villes pour le vote électronique, réalisée en mars 2018, 85 % des habitants des communes dotées de machines à voter se déclarent personnellement « plutôt » ou « tout à fait » favorables à leur utilisation. « Les électeurs, toutes générations confondues, sont très à l’aise avec ce processus de vote », indique la mairie d’Antony, tandis que celle de Mulhouse (Haut-Rhin), équipée depuis 2008, souligne que « les personnes âgées se sont bien adaptées à ce nouvel outil ». Les résultats d’Opinion Way corroborent cette tendance : dans les communes utilisant les machines à voter, 86 % des sondés âgés de 65 ans et plus s’y montrent favorables.
Cependant, choisir son candidat sur ces machines demeure étrange pour certains : « J’aime bien le fait de plier mon bulletin, le glisser dans l’urne, il y a une certaine solennité avec toute une série de gestes. Là, on appuie sur le bouton, on entend « a voté » et c’est fini, on a l’impression qu’il manque quelque chose », nuance Marine. En voyant écrit « votez 1 », « votez 2 » sur les tracts des candidats, elle exprime même avoir « un peu l’impression de voter pour la Star Academy », plaisante-t-elle.

