Belgique

Nos nuits se raccourcissent : que perd-on à veiller ?

L’enquête de l’Institut national du Sommeil et de la Vigilance (INSV) a révélé qu’un quart des Français de 18 à 65 ans dort moins de 6 heures par nuit. Selon le rapport, 42% des répondants estiment que le sommeil est un pilier important pour la santé.


Combien de temps dormons-nous ? Est-ce suffisant ? Nous sentons-nous reposés au réveil ? Quels éléments perturbent notre sommeil ?

Ces interrogations font l’objet d’une enquête française qui, en raison de la similitude de nos modes de vie, offre de nombreux éléments pertinents pour la Belgique. L’Institut national du Sommeil et de la Vigilance (INSV) est à l’origine de cette enquête, réalisée par OpinionWay auprès d’un échantillon représentatif de 1006 Français âgés de 18 à 65 ans.

L’enquête révèle que les Français dorment en moyenne 6h50 en semaine et 7h48 le week-end, des durées en deçà des recommandations internationales. Le rapport précise que les nuits prolongées du week-end ne compensent pas le déficit de sommeil accumulé pendant la semaine.

D’autres études, comme les baromètres français de Santé publique, confirment cette tendance : les nuits sont plus courtes, et la proportion de « petits dormeurs », ceux en déficit de sommeil, augmente. Selon l’enquête 2026 de l’ISVN, un quart des Français de 18 à 65 ans dort désormais moins de 6 heures par nuit.

La perte globale de sommeil atteindrait même une heure et demie au cours des 50 dernières années. Cependant, nous n’avons pas réussi à trouver la source scientifique de cette estimation, largement relayée, y compris par le ministre français de la Santé, Yannick Neuder, en 2025.

### La faute aux écrans ? Pas seulement

Le regard se tourne souvent vers les écrans de télévision, d’ordinateur, de tablette ou de smartphone, qui occupent une place importante dans notre vie quotidienne. Bien que leur lumière bleue perturbe le sommeil, cela ne constitue pas la seule explication du manque de sommeil.

D’après l’enquête de l’INSV, le bruit est également un facteur majeur de troubles nocturnes. Un tiers des personnes interrogées affirme être gêné par le bruit nocturne, en grande partie dû à des nuisances extérieures comme le bruit des transports, mais aussi aux bruits du voisinage ou des appareils domestiques tels que les lave-linges ou les lave-vaisselles.

La température de la chambre joue un rôle crucial également : s’il fait plus de 21 degrés, l’endormissement prend plus de temps. Ainsi, 81 % des répondants affirment que les épisodes de canicule ont perturbé leur sommeil.

Concernant la lumière, le Dr Claude Gronfier, directeur de recherche Inserm au Centre de recherches en neurosciences de Lyon, cité dans le rapport, indique que « un lux – l’équivalent de la lumière d’une bougie – suffit à inhiber la sécrétion de mélatonine. » Un smartphone émet environ 10 lux. En d’autres termes, la chaleur de l’éclairage de la chambre influence également la durée d’endormissement, qui passe de 27 minutes avec une lumière chaude à 32 minutes sous un éclairage neutre, atteignant jusqu’à 42 minutes sous un éclairage froid.

### Facteurs de mode de vie

En plus des facteurs environnementaux, les évolutions du mode de vie, du travail et de l’organisation de la société influencent notre sommeil. Des éléments tels que le travail de nuit, les horaires irréguliers, le temps de trajet domicile-travail, le manque d’exposition à la lumière naturelle le jour et la surexposition à la lumière artificielle le soir jouent un rôle majeur.

Il serait donc essentiel de mieux prendre en compte la rigidité biologique de notre horloge interne.

### Moins de sommeil = moins de santé ?

Un temps de sommeil insuffisant peut entraîner des perturbations de notre horloge interne, générant des problèmes de santé à court et à long terme. Gilles Vandewalle, directeur de recherche au FNRS et professeur à l’Université de Liège, explique que « les conséquences à court terme incluent des problèmes de vigilance et de concentration, entraînant un risque accru d’erreurs ou d’endormissement inopiné, par exemple au volant. »

Il souligne que l’impact du manque de sommeil est cumulatif. Mélanie Strauss, professeure hospitalière et responsable de l’Unité fonctionnelle de sommeil adulte à l’hôpital Erasme, ajoute qu’une heure de dette de sommeil cumulée sur plusieurs jours peut altérer les performances cognitives comme après une nuit de privation totale de sommeil.

À long terme, le manque de sommeil est aussi lié à une augmentation du risque de maladies cardiovasculaires ou métaboliques, ainsi qu’à un risque accru de neurodégénérescence, des maladies comme Alzheimer ou Parkinson pouvant être associées à une mauvaise qualité de sommeil.

Un adulte a besoin en moyenne de 7 à 8 heures de sommeil, bien que certains aient besoin de plus de 9 heures, tandis que d’autres peuvent se contenter de moins de 6 heures.

### Comment savoir si l’on dort suffisamment ?

Si un quart des Français admet dormir moins de six heures par nuit en semaine, cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont tous biologiquement des « petits dormeurs ». Comment donc faire la différence ?

Gilles Vandewalle offre une méthode : « La meilleure façon de savoir si on a assez dormi ou pas, c’est de se demander : est-ce que je me sens rafraîchi le matin ? Si je me sens fatigué durant la journée ou que je peine à accomplir mes tâches habituelles, cela indique un manque de sommeil. »

Près de la moitié des interrogés dans l’enquête de l’INSV se disent fatigués au réveil, un chiffre qui atteint 62 % chez les moins de 35 ans. Certaines personnes sont capables de mieux tolérer le manque de sommeil, mais cela peut conduire à des illusions fondées sur l’efficacité des stimulants comme le café.

### Les adolescents en souffrance

Les besoins de sommeil varient aussi selon l’âge. Pour les adolescents, le décalage entre besoins biologiques et attentes sociales est préoccupant. Le retard des horaires de sommeil à l’adolescence est physiologique, le Dr Claude Gronfier précisant que « la maturation de l’horloge biologique entraîne un retard dans la sécrétion de mélatonine. » Cela prédispose les adolescents à s’endormir et se réveiller plus tard.

Les spécialistes du sommeil plaident pour adapter les horaires scolaires aux besoins physiologiques des jeunes, suggérant un début des cours à 9 heures.

### La qualité du sommeil est essentielle

Mélanie Strauss recommande de consulter en cas de réveils nocturnes, d’insomnies ou de difficultés à s’endormir. Des méthodes, notamment les thérapies comportementales et cognitives de l’insomnie, peuvent s’avérer plus efficaces que les médicaments.

Les apnées du sommeil sont également un problème souvent sous-estimé, bien que la sensibilisation soit en progression. Les ronflements peuvent indiquer un rétrécissement des voies aériennes, possiblement lié à des obstructions respiratoires. Cela peut avoir des répercussions significatives sur la santé, y compris un risque accru de maladies cardiovasculaires ou d’accidents vasculaires cérébraux.

### Prise de conscience autour du sommeil

Mélanie Strauss note qu’historiquement, le sommeil a été négligé dans le domaine médical. Cependant, une prise de conscience s’éveille, comme l’indiquent les résultats de l’enquête INSV, où 42 % des répondants affirment que le sommeil est prioritaire pour la santé, au-dessus de l’alimentation et de l’activité physique.

Le Dr Isabelle Poirot, présidente de l’INSV, souligne que « la société a longtemps malmené le sommeil », mais que les résultats de cette enquête témoignent d’une prise de conscience prometteuse.

Pour aider à passer des constats à l’action, le rapport identifie dix leviers d’action individuels et collectifs disponibles sur le site de l’INSV.