Hollywood adopte le format vertical : épisodes courts et intrigues simples.
Chloé Perrier mesure 1m72. L’industrie de la micro-drama a rapporté 1,3 milliard de dollars en 2025 rien qu’aux Etats-Unis.
« Bonjour, je m’appelle Chloé Perrier, je mesure 1m72«
Dans un petit studio d’enregistrement situé au rez-de-chaussée de sa maison en Californie, Chloé Perrier se prépare à une audition. Face à son smartphone, elle répète pour obtenir le rôle d’une femme de chambre dans la maison d’un milliardaire loup-garou. Ce n’est pas un projet de superproduction Marvel, mais un genre relativement nouveau et en plein essor : les verticaux.
« J’ai échangé mon ex pour son oncle milliardaire », « Amoureuse du fermier père célibataire » ou « La fiancée maudite de l’Alpha ».
Les verticaux désignent des micro-dramas à visionner exclusivement sur téléphone mobile et à la verticale. « Les soap-operas de l’ère TikTok« , décrit en riant Rob Steiner, analyste des médias pour Luminate Intelligence. Ce genre est originaire de Chine, soutenu par des plateformes telles que ReelShort ou DramaBox.
Chaque série comprend entre cinquante et cent épisodes, chacun durant à peine quelques minutes. Les intrigues sont basiques : amour, jalousie, argent, violence, et un nombre étonnant de loups-garous. Les titres laissent peu de place au doute quant à la qualité du contenu : « J’ai échangé mon ex pour son oncle milliardaire », « Amoureuse du fermier père célibataire » ou « La fiancée maudite de l’Alpha ».
Une aubaine pour Hollywood
La stratégie consiste à proposer les premiers épisodes gratuitement. Pour regarder la suite, un abonnement peut coûter jusqu’à 50 euros par mois. Ces pratiques portent leurs fruits : ReelShort a plus de 55 millions d’utilisateurs. « L’industrie de la micro-drama a rapporté 1,3 milliard de dollars en 2025 rien qu’aux Etats-Unis. C’est un marché qui grandit rapidement« , explique Rob Reiner.
C’est une aubaine pour Hollywood, qui peine à se remettre des crises dues au Covid et aux grèves de scénaristes et d’acteurs, entraînant un exode des productions et laissant de nombreux professionnels sans emploi. Même si la qualité des scénarios est souvent médiocre, des acteurs comme Chloé Perrier ne dédaignent pas ce format : « Pour moi« , rappelle-t-elle, « c’est une opportunité de jouer« .
L’industrie de la micro-drama a rapporté 1,3 milliard de dollars en 2025 rien qu’aux Etats-Unis.
Cependant, si les productions traditionnelles ont du mal à équilibrer leur budget, comment les verticaux parviennent-ils à s’en sortir dans une industrie cinématographique où les coûts ne cessent d’augmenter ? La réponse est simple : un rythme de travail rapide, avec des séries produites dix fois plus rapidement que la norme, tant en écriture qu’en tournage, et des salaires inférieurs aux tarifs syndicaux en vigueur.
Résultat : des budgets dix fois inférieurs à ceux de la moyenne des productions locales.
Un avenir vertical ?
Ces méthodes transforment la façon de travailler à Hollywood et pourraient bien en constituer l’avenir. « Hollywood va mal, mais les verticaux vont bien, et les gens vont là où il y a du travail« , affirme Tim Pipher, directeur du studio de tournage Castle, situé au nord de Los Angeles. Ce studio entièrement virtuel, composé d’un fond vert, permet de recréer n’importe quel environnement pour les tournages.
Terrain de basket, station spatiale, centre commercial : en quelques secondes, il est possible de changer d’univers. Cette flexibilité et rapidité s’accordent parfaitement aux méthodes des verticaux, créant de nouvelles opportunités pour Tim Pipher : « Je pense que 90% de notre activité se fera dans les verticaux. Même si nous proposons des offres et des tarifs réduits incroyables aux diffuseurs et aux producteurs de ces plateformes, quand vous faites le plein de réservations jour après jour, ça va« .
Cet engouement a attiré l’attention de producteurs et plateformes plus établis. Netflix et Disney envisagent d’étudier cette tendance et pourraient se lancer dans les productions verticales.

