France

Crues : « Ça fait dégueulasse »… Des déchets s’accumulent.

Michel, assis sur les bords de la Vilaine, décrit les déchets suspendus dans la végétation comme « une guirlande de déchets ». En Ille-et-Vilaine, seules 3 % des masses d’eau sont considérées comme « en bon état écologique ».

« Regardez de l’autre côté. On peut voir facilement à quelle hauteur l’eau est montée. » Michel, assis sur les rives de la Vilaine, observe ce qu’il appelle « une guirlande de déchets » accrochée à la végétation surplombant le cours d’eau. Près du moulin d’Apigné, bien que le débit reste conséquent, les inondations semblent déjà appartenir au passé.

À cet endroit, situé à quelques kilomètres du centre de Rennes, la Vilaine présente toutefois les séquelles des récentes inondations. Des branches arrachées pendent encore sur les bords. Cependant, ce qui attire principalement le regard ce sont les déchets. Des morceaux de plastique s’accrochent sur le rivage, dans les ronces et les buissons. « C’est vrai que ça fait dégueulasse. Des déchets, il y en a toujours de trop. Surtout que les accumulations de plastique, on va les retrouver pendant cent ans. »

Le pêcheur amateur, qui fréquente cet endroit depuis son enfance, le connaît parfaitement. Selon lui, la quantité de déchets a nettement diminué depuis la loi de 2015 interdisant les sacs plastiques à usage unique dans les magasins. « C’était bien pire avant ! Dans les années 2000, on en voyait partout, tout le temps. C’était dix fois plus que maintenant. »

« Le plastique, c’est vraiment infernal »

Mais il n’y a pas que des sacs. En longeant le fleuve traversant Rennes, nous avons découvert une multitude de détritus coincés dans les rochers. Des canettes de bière, des bâches déchiquetées, des bouteilles en verre et en plastique, des morceaux de polystyrène, une vieille plaque de placo et même un préservatif accroché à un grillage. « On trouve vraiment de tout mais le plastique, c’est vraiment infernal. Ce sont souvent des emballages de fast-food ou des bouteilles. Mais on trouve aussi des trucs plus surprenants. Une fois, on a même récupéré un matelas », raconte Guillaume Lemaitre, secrétaire de la nouvelle antenne locale de Team river clean.

Après les inondations et les crues, les eaux de la Vilaine sont souillées par d'importantes quantités de déchets coincés dans la végétation ou les barrages.
Après les inondations et les crues, les eaux de la Vilaine sont souillées par d’importantes quantités de déchets coincés dans la végétation ou les barrages. - C. Allain/20 Minutes

Dans le cadre de la Journée mondiale d’action pour les rivières, l’association organise ce samedi une opération de nettoyage des rives du canal Saint-Martin. Cette grande prairie, située à proximité du centre de Rennes, a servi de zone tampon lors des crues de janvier et février. L’eau, débordant sur les trottoirs, les champs et les fossés, a emporté d’importantes quantités de déchets. « La montée des eaux a un effet de dispersion, elle emporte tout, elle étale. C’est compliqué à ramasser. Un déchet sur terre, c’est déjà un problème, mais quand il est dans l’eau, c’est un encore plus gros problème. Parce que ça peut devenir toxique et que c’est plus difficile à aller chercher », explique le bénévole. Ce samedi, le niveau de l’eau empêchera son association de naviguer sur le canal pour « pêcher » les déchets.

Des crues essentielles pour les rivières

Les inondations entraînent également des pollutions moins visibles, telles que les hydrocarbures, les eaux usées, les engrais agricoles ou les résidus de pesticides. « Les inondations, ça dilue. Plus il y a d’eau, moins on voit les pollutions », témoigne Michel. En cinquante ans de pêche, il a constaté une diminution drastique des quantités de poissons dans les rivières du département.

En Ille-et-Vilaine, seules 3 % des masses d’eau sont considérées comme « en bon état écologique ». Toutefois, les crues jouent un rôle crucial pour la survie des milieux aquatiques. « Oui, c’est violent parce que tout est emporté. Et c’est traumatisant pour ceux qui les subissent. Mais les crues sont essentielles, car elles redonnent vie aux cours d’eau. Si nous n’avions plus de crues, le milieu deviendrait stérile », souligne Jérémy Grandière.

Notre dossier sur les inondations

Le président de la Fédération de pêche d’Ille-et-Vilaine met l’accent sur la nécessité de maintenir des rivières « vivantes » par des variations du rythme de l’eau. « Après les crues, nous avons parfois des embâcles avec des arbres tombés ou des branches coincées. Visuellement, cela peut paraître inesthétique mais c’est essentiel pour nos cours d’eau », affirme le pêcheur. L’inconvénient de ces obstacles, c’est qu’ils piègent de nombreux déchets. « Dans la mesure du possible, il faut essayer de les ramasser », recommande Jérémy Grandière.