Guerre en Iran : « C’est une course de vitesse » pour les États-Unis.
Au treizième jour des opérations américano-israéliennes en Iran, Donald Trump a déclaré comprendre que « nous ne voulons pas partir avant l’heure, n’est-ce pas ? » lors d’un meeting dans le Kentucky. Selon une enquête de la chaîne NBC publiée mercredi, 52 % des électeurs sont opposés à l’intervention militaire en Iran.
« Nous devons finir le boulot, non ? ». Au treizième jour des opérations militaires américaines et israéliennes en Iran, Donald Trump semble multiplier les contradictions. Mercredi, lors d’un meeting dans le Kentucky, il a fait semblant de s’interroger : « Nous ne voulons pas partir avant l’heure, n’est-ce pas ? ». Cependant, quelques heures plus tôt, il avait déclaré que l’Iran était « proche de la défaite ». Son allié israélien, quant à lui, affirme que l’opération durera aussi longtemps que nécessaire. Du côté du régime iranien, la préparation à une guerre longue est manifeste.
Le républicain, qui s’était opposé pendant des années aux « guerres sans fins » au Moyen-Orient, est-il en train de s’enliser dans un conflit dont il ne pourrait pas sortir ? « L’enlisement est la problématique centrale des États-Unis, confirme Guillaume Ancel, ancien officier et auteur du blog *Ne pas subir*. Donald Trump a conçu cette offensive comme une opération militaire spéciale avec un dénouement prévu en quelques jours, mais il se rend compte que c’est plus compliqué. »
### Une résilience iranienne sous-estimée
Au début des frappes, le président américain avait annoncé que les États-Unis se préparaient à une opération de « quatre à cinq semaines ». Pourtant, au treizième jour de la guerre, les objectifs militaires américains demeurent flous et la situation n’a pas évolué. « Le résultat n’est pas probant : le régime ne s’est pas effondré, l’Iran tire tous les jours sur Israël ou sur d’autres cibles… », note Guillaume Ancel. Mojtaba Khamenei, désigné comme nouveau guide suprême à la place de son père, a appelé jeudi à maintenir le détroit d’Ormuz fermé et a promis de venger les victimes de la guerre « jusqu’au bout ».
« Les États-Unis et Israël sont coincés : ils ne peuvent pas aller au-delà des frappes aériennes. Il n’a jamais été prévu d’envoyer des forces au sol pour déclencher une guerre totale », poursuit l’ancien militaire. Il ajoute : « Ils ont lancé cette opération avec assurance, ils ont réussi à décapiter le pouvoir et à intercepter les missiles, mais l’Iran montre une capacité de résilience d’autant plus grande que le régime des mollahs était préparé à ce scénario depuis longtemps. » Selon Guillaume Ancel, l’utilisation massive de drones par l’Iran change également la donne, engendrant un chaos rapide.
### L’horizon des midterms
« C’est une course de vitesse à laquelle on assiste », poursuit l’analyste. « Il reste à Donald Trump deux petites semaines de soutenabilité politique, alors que le régime iranien veut jouer la durée. » « Le président américain ne souhaite pas un enlisement qui pourrait être contre-productif voire suicidaire avant les élections de mi-mandat », explique Lauric Henneton, maître de conférences à l’université de Versailles et spécialiste des États-Unis. Les élections de mi-mandat, prévues pour le 3 novembre prochain, s’annoncent cruciales. Traditionnellement, le président perd ce scrutin ainsi que le contrôle du Congrès.
« La base MAGA lui reste très fidèle », souligne le spécialiste. « Si elle est nécessaire, elle n’est pas suffisante. » Le président doit s’appuyer sur un électorat plus large, mais la guerre est impopulaire. Selon un sondage de la chaîne NBC publié mercredi, 52 % des électeurs s’opposent à l’intervention militaire en Iran. Les conséquences économiques de l’intervention, qui a déjà coûté plus de 11,3 milliards de dollars aux États-Unis durant la première semaine selon le *New York Times*, commencent à se faire sentir avec une hausse du prix de l’essence. Les tarifs à la pompe ont augmenté de 22 % par rapport au mois précédent, selon l’association automobile américaine (AAA).
### Contre-vérité
Pour éviter l’enlisement, Donald Trump semble contraint de mettre fin à cette opération rapidement. Lauric Henneton envisage une « manœuvre très trumpienne qui consisterait à sortir du conflit et à déclarer la victoire », peu importe la réalité du terrain. « Il a une parole qu’il considère comme performative : je dis donc je fais et donc c’est vrai », insiste-t-il.
Ce jeudi, Donald Trump a déclaré sur son réseau Truth Social qu’il lui importait davantage « d’empêcher un empire du mal, l’Iran, de se doter d’armes nucléaires et de détruire le Moyen-Orient, voire le monde entier », que de se préoccuper des prix du pétrole. En juin, après la guerre de douze jours entre l’Iran et Israël, soutenue par les États-Unis, le président américain avait déjà affirmé avoir « totalement anéanti » le potentiel nucléaire de Téhéran. « Il répète à l’envi qu’il a gagné l’élection de 2020 », rappelle le spécialiste. « On n’est pas à une contre-vérité près. »

