France

Municipales à Paris : Analyse du look des candidats à la mairie

Les choix vestimentaires des candidats aux municipales de Paris comptent dans leur arsenal de communication et sont considérés comme stratégiques. Selon l’expert Philippe Moreau Chevrolet, « 80 % du message est non verbal » et « si on débute une campagne sans avoir réfléchi à cette partie, on part avec un handicap. »


La mode et les municipales à Paris : un enjeu incontournable. Bien que cela puisse sembler accessoire, pour les politiciens, l’habillement revêt une grande importance. Les choix vestimentaires des candidats font partie intégrante de leur stratégie de communication, au même titre que les tracts, les réseaux sociaux ou les réunions publiques. « C’est très important dans une campagne, c’est même stratégique », analyse Philippe Moreau Chevrolet, spécialiste en communication politique.

En politique, tout comme ailleurs, la première impression est cruciale. L’apparence doit donc être soignée. « On considère que 80 % du message est non verbal », poursuit l’expert. « Si on débute une campagne sans avoir réfléchi à cette partie, on part avec un handicap. » À deux jours du premier tour des municipales, 20 Minutes a demandé au politologue d’analyser uniquement le look des candidats à la mairie de Paris. Qui a le mieux soigné son image ?

**Knafo, stratégie marketing ; Dati, caméléon**

Sarah Knafo a annoncé sa candidature en noir, mais a choisi le jaune pour sa campagne. Ce choix est tout sauf aléatoire. « Elle a opté pour un uniforme jaune, bien visible, en phase avec une campagne qui se veut joyeuse et souriante », souligne Philippe Moreau Chevrolet. Sa stratégie marketing est bien rodée, accentuée par des rires et des stories Instagram, loin de l’approche d’Éric Zemmour en 2022. « Avec cette réflexion marketing, elle a fait une entrée en campagne comme rarement on en a vue dans une municipale parisienne », observe le politologue. La candidate de Reconquête a ainsi créé un véritable marqueur visuel, au point d’évoquer le « jaune Knafo », mais cela ne serait-il pas… trop ?

Rachida Dati, quant à elle, arbore l’uniforme noir, des lunettes carrées et des bijoux discrets. « C’est du quiet luxury, un luxe maîtrisé, pour marquer un certain statut sans être trop visible », explique l’expert en communication politique. Cependant, cela ne s’applique plus aujourd’hui, alors qu’elle est en campagne. La candidate de droite apparaît en veste en denim, hoodie ou même en uniforme d’éboueurs. « Elle a changé d’image et a adopté des codes populaires, travaillant ses tenues en fonction des circonstances », ajoute le spécialiste. À travers ses looks, elle s’est transformée en une femme d’action. « C’est une populiste dont l’habillement est conçu pour répondre aux souhaits et aux attentes des gens. »

**Grégoire et Bournazel : trop d’authenticité ?**

Emmanuel Grégoire et Pierre-Yves Bournazel semblent partager un goût similaire pour la mode. Lors de leurs apparitions publiques, le candidat socialiste et le représentant du centre-droit optent soit pour un costume bleu nuit et une chemise blanche, soit pour un col roulé avec une veste de costume. Coincidence ? « Tous les deux sont des candidats modérés » qui « incarnent littéralement leur message ». À savoir, sérieux et pondération, avec une touche d’intellectualisme. Selon le politologue, leurs looks sont authentiques, peu travaillés, semblables à ceux qu’ils porteraient au quotidien. « Ils ne cherchent pas à se déguiser, ils se montrent tels qu’ils sont », mais les électeurs peuvent-ils réellement y être sensibles ?

Pour Sophia Chikirou et Thierry Mariani, leurs tenues sont plus « passe-partout ». La première est souvent vue dans un tailleur coloré, souvent rose magenta, look d’« une cadre en entreprise », selon Philippe Moreau Chevrolet. Il précise que la candidate LFI ne peut pas adopter les codes du luxe et doit se contenter de tenues qui la rendent visible sans en faire trop. « Ça passe très bien, mais il n’y a rien de particulièrement remarquable. » Un constat similaire s’applique au candidat du RN, qui apparaît régulièrement en costume noir et chemise blanche. « C’est fonctionnel, presque invisible », analyse l’expert. Un homme politique en costume, exactement comme on pourrait l’imaginer, et comme il y en a tant à l’Assemblée nationale.

**Quel est le verdict ?**

Quel candidat a le mieux compris l’importance du style ? Les tenues discrètes de Sophia Chikirou et Thierry Mariani les excluent immédiatement, bien que le politologue les juge « intéressantes ». L’authenticité d’Emmanuel Grégoire et Pierre-Yves Bournazel n’est pas sans bémol. « [Ça] ne va pas forcément être bien perçu par les électeurs qui peuvent considérer que ça manque de caractère, d’épaisseur, d’originalité, des éléments dont tous deux ont paradoxalement besoin. » Quatre candidats éliminés d’emblée.

Opter pour le jaune comme marqueur visuel, Sarah Knafo a marqué les esprits, mais « c’est tellement marketing que cela se voit trop, et peut interroger sur l’authenticité », estime l’expert. Celui-ci se demande si cette approche peut réellement influencer les résultats aux urnes. Au final, c’est celle qui a cultivé un style affirmé pendant plusieurs années qui remporte la bataille du style. « Rachida Dati a compris les enjeux, car elle s’habille en fonction de sa cible électorale. » Pour les prochains scrutins, le spécialiste conseille aux politiques de s’inspirer du style de Donald Trump, « une caricature certes », mais « qui illustre à quel point le look compte en politique ».