Belgique

La France aux urnes : stratégies diverses des grandes et petites villes.

Dans près de sept communes françaises sur dix, une seule liste est proposée aux électeurs. Le deuxième tour, dans les communes où une liste n’a pas obtenu 50 %, aura lieu le dimanche 22 mars.


Dans ce scrutin local, les enjeux varient selon la taille des communes. Près de 70 % des communes françaises, majoritairement petites, ne présentent aux électeurs qu’une seule liste.

C’est le cas de Mairieux, située à la frontière belge et comptant 730 habitants. « Je ne demande pas aux personnes qui composent la liste à quel parti politique elles appartiennent ou quelles sont leurs opinions. Nous sommes là pour gérer la commune », déclare d’emblée le maire sortant, Alain Bouilliez, qui brigue un troisième mandat. Pour lui, il est essentiel de dépasser les clivages pour former une liste unique. « Aujourd’hui, je suis complètement apolitique et je ne contrôle pas les membres de la liste. »

Dans cette petite commune, lors des élections européennes, la liste du Rassemblement national, dirigée par Jordan Bardella, a obtenu la première place. Le maire en tient-il compte lors de la composition de sa propre liste ? « Pas du tout, je ne m’en occupe pas. Cela relève de la problématique nationale, ce n’est pas un souci communal. Mon seul souci est le bien-être des habitants et des usagers. »

À quelques kilomètres de là, à Maubeuge, qui compte près de 30 000 habitants, cinq listes se présentent, où les enjeux locaux dominent également. « Nos programmes portent sur l’école, la crèche, la santé, la sécurité. Ce sont vraiment des enjeux communaux », souligne Arnaud Decagny.

Pour ce maire de l’UDI, représentant la droite centriste, il est important de ne pas tout mélanger. « Certaines listes évoquent des enjeux nationaux, comme la France Insoumise ou le Rassemblement National, qui cherchent à nationaliser les problématiques locales. Mais moi, en tant que maire sortant, je ne traite que de sujets municipaux et jamais de projets nationaux. »

« Si un arbre tombe, c’est au maire de s’en occuper », déclare-t-il en mentionnant la lourdeur de la fonction de maire dans les petites communes, où le personnel est souvent limité. Alain Bouilliez, âgé de 74 ans et retraité, insiste sur le fait qu’il lui serait impossible de jongler entre un emploi et la fonction de maire. « C’est devenu aussi exigeant qu’un emploi en entreprise, avec une disponibilité de 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. »

Dans les grandes villes, les enjeux vont au-delà du cadre local. À un an de la présidentielle, les partis cherchent à conserver leurs bastions. Les Républicains sont particulièrement bien implantés dans les villes moyennes, tandis que le PS dirige actuellement Paris, Marseille, Lille, Nantes et Rennes. Les Verts ont également des ambitions, ayant conquis Lyon, Strasbourg et Bordeaux en 2020.

La France Insoumise et le Rassemblement National partagent un objectif : accroître leur implantation locale. Pour le RN, qui ne gouverne actuellement qu’une vingtaine de communes, la stratégie a évolué. « Ils présentent davantage de listes qu’auparavant, bien que leur représentation reste limitée par rapport à leur poids électoral national », explique Pierre Mathiot, professeur de sciences politiques à Sciences Po Lille. « Dans certains départements, il n’y a pratiquement pas de listes RN. Leur chance de gagner des villes est relativement faible. Ils envoient des candidats pour permettre à de jeunes militants de faire leurs armes politiquement et, éventuellement, de gagner des sièges d’élus locaux. »

Du côté d’Emmanuel Macron, le parti n’a peu de choses à perdre. En 2020, il n’a pas connu un grand succès. « La Macronie, au niveau municipal, elle n’existe pas », constate Pierre Mathiot. « La ville la plus peuplée dirigée par un maire se disant macronien est Nevers, avec au maximum 50 000 habitants. » Il n’y a pas eu d’investissement notable dans la sphère locale.

On regardera attentivement les résultats d’Édouard Philippe, l’ancien Premier ministre, maire du Havre, qui a des ambitions présidentielles. Il se présente sous l’étiquette Horizons, s’éloignant du président.

Le second tour, dans les communes où aucune liste n’a remporté 50 % des voix, aura lieu le dimanche 22 mars. À la différence de l’élection présidentielle, toutes les listes ayant obtenu 10 % des suffrages exprimés peuvent se maintenir.