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JO 2026 : Mathis Desloges veut surpasser Klaebo « avant 2030 »

Mathis Desloges a remporté trois médailles d’argent lors des Jeux olympiques et a été reçu à Villard-de-Lans avec une grande joie par ses proches. Il a déclaré avoir préparé ces Jeux pendant de longs mois avec l’objectif de décrocher des médailles et a souligné qu’il avait hâte de transmettre sa passion pour le ski de fond aux jeunes générations.

Il a fait crier les spectateurs devant leur télé lors des compétitions de ski de fond, et ce, à plusieurs reprises. Mathis Desloges, la nouvelle étoile française des Jeux d’hiver, s’est présenté à 20 minutes avec trois médailles d’argent soigneusement dissimulées dans des chaussettes de sport. Entretien avec l’homme qui prévoit de réaliser encore de grands exploits en 2030.

Les Jeux olympiques se sont achevés il y a un peu plus de deux semaines. Es-tu toujours sur un petit nuage ?

Non, j’ai eu le temps de redescendre et de revenir à la réalité. Cependant, je garde en mémoire tout ce qui s’est passé, c’est certain !

Te es-tu surpris toi-même au cours de ces Jeux ?

Oui et non, car j’ai préparé cet événement pendant de nombreux mois. Je visais ces médailles, et j’avais auparavant annoncé mes ambitions. Donc, je ne suis pas surpris, mais je suis très fier d’y être arrivé. Parfois, il existe un fossé entre ce que l’on projette et ce que l’on réalise. Pour ma part, j’étais là pour obtenir une médaille en individuel et une en relais. Finalement, je repars avec deux médailles individuelles, cela me convient parfaitement !

Tu n’avais jamais monté sur un podium de Coupe du monde. Comment expliques-tu le fait d’avoir réussi aux JO ce que tu n’avais jamais accompli auparavant ?

J’ai préparé les Jeux comme jamais je n’avais préparé une autre compétition. J’ai poussé mes limites beaucoup plus loin que d’habitude. J’ai également pris plus de temps et mis en place des choses que je n’aurais pas forcément faites pour des Coupes du monde. Les Jeux olympiques se déroulent tous les quatre ans, c’est exceptionnel, et tout le monde prépare cet événement différemment. Je suis très fier de ce que j’ai accompli. Un grand champion se mesure aussi à ses performances le jour J.

Penses-tu pouvoir appliquer ces méthodes à l’avenir ?

Bien sûr, je peux facilement les réutiliser pour l’édition des Jeux dans quatre ans. Je pense pouvoir pousser encore plus loin mes ambitions et améliorer ma préparation. Je suis convaincu que j’ai une marge de progression sur certains aspects. Il est difficile de maintenir un niveau de performance aussi élevé durant une saison entière, mais sur des moments précis, c’est tout à fait réalisable.

Tu as été accueilli comme une rock star à Villard-de-Lans. Que ressens-tu dans ces moments-là ? Est-ce que cela te touche ?

Oui, c’est une immense joie. Partager cela avec mes concitoyens était incroyable. J’ai retrouvé des amis perdus de vue, ce fut très émouvant. J’ai hâte de revivre cela dans quatre ans ! C’était aussi un moment d’échange et de partage avec les jeunes des clubs. C’est important d’inspirer les prochaines générations à pratiquer le ski de fond, car c’est un sport magnifique. Si je peux transmettre cela, c’est précieux pour moi.

Sais-tu combien d’autographes tu as signés ?

Non, je n’ai pas compté ! Je pense que c’est plusieurs milliers. Mais c’est tant mieux, je le fais avec grand plaisir. Ce sont des moments uniques à chaque fois.

Arrives-tu à gérer les messages privés sur Instagram ?

Pour être honnête, je ne gère pas tout cela moi-même (rires). J’essaie de répondre au maximum de sollicitations, que ce soit des médias ou des personnes me félicitant. Cela prend du temps, mais je réponds à tout le monde.

As-tu reçu des propositions un peu étranges, de fans ou de partenaires potentiels ?

Oui, j’ai reçu des messages loufoques ! Ma mère, qui est enseignante-chercheuse à Grenoble, a reçu un message d’une élève qui a témoigné que grâce à moi, elle était plus sympathique avec ses copies. Ce qui n’est pas vrai d’ailleurs (rires) ! Elle a précisé que cela mettait une bonne ambiance dans l’école, ce qui était très apprécié.

Des demandes en mariage ont-elles été faites ?

Oui, il y a eu des demandes en mariage ! Que j’ai refusées, car mon cœur est pris.

Avec 120 000 euros de primes, que comptes-tu acheter ? Une belle voiture ou un tapis de ski à roulettes ?

La réponse est évidente ! Je n’achèterai pas une voiture neuve, je vais probablement investir dans un tapis pour m’entraîner. Je vais passer beaucoup d’heures d’entraînement dessus, c’est donc le projet principal. Mon but est 2030, je me projette déjà vers les Jeux de ma région. Je mettrai tout en œuvre pour réussir et rapporter des médailles là-bas.

Un tapis comme celui-là coûte-t-il cher ?

Oui, très cher. Je prévois d’y investir 100 % de mes primes !

Cela représenterait un vrai plus pour ton entraînement ?

C’est un excellent outil qui permet de suivre toutes les séances et ma progression. Nous n’avons pas de capteurs de watts comme dans le cyclisme ni de vitesse comme en course à pied, donc il est essentiel de pouvoir monitorer l’entraînement de manière précise. Un tapis nous permet d’avoir ce suivi, et il est aussi utile pour s’entraîner à l’intérieur lorsque les conditions météo ne le permettent pas.

Quand tu étais plus jeune, tu as aussi pratiqué le biathlon. Pourquoi avoir choisi le ski de fond ?

Ce qui me passionne, c’est l’entraînement, toutes ces données physiologiques et cet univers de la performance. Je trouve que le biathlon accorde beaucoup trop de place au tir, ce qui m’ennuie. J’ai obtenu plusieurs titres de champion de France et j’aimais le biathlon, mais ma passion réside vraiment dans l’entraînement, et avec le ski de fond, je suis comblé ! Le choix était donc assez simple.

En termes de temps de ski, surpasse-tu Émilien Jacquelin ?

C’est difficile de dire ça, Émilien est un de mes grands amis donc je ne peux pas le dire (rires) ! Mais je pense que je serais en mesure de surpasser tous les autres biathlètes.

Entraînes-tu avec lui à Villard-de-Lans ?

De temps en temps, lors de sorties d’aérobie et d’endurance fondamentale à basse vitesse. C’est un plaisir de m’entraîner avec Émilien. C’est un ami, nous avons beaucoup de passions en commun, et passer du temps ensemble est agréable ! Pendant les Jeux, nous échangions des messages tous les jours. J’ai vibré avec ses performances et lui avec les miennes. Ce fut une belle expérience d’émotions partagées.

Tu as exprimé ton ambition de te rapprocher de Johannes Klaebo. Qu’est-ce qui vous sépare pour le moment ?

Il y a en ce moment une distance de 4,9 secondes (rires). Cela provient de l’expérience, il est plus âgé, 29 ans pour moi 23. Dans les sports d’endurance, il y a des avancées qui nécessitent du temps. Je ne suis pas encore à mon apogée, tandis que lui l’est. Dans les sports d’endurance, les meilleures performances arrivent généralement vers 27-29 ans. J’ai donc encore de belles années d’entraînement devant moi, je peux encore progresser.

Penses-tu à lui en te levant le matin ?

Non, je ne pense pas à lui ! Même pendant ma préparation olympique, je ne pensais qu’à ma course et à ma performance. Je ne base pas ma compétition sur les autres, ni sur lui. Cela viendra progressivement, d’année en année. Mon ambition est d’être devant lui en 2030, ou même avant. Cela finira par m’inciter.

Tu prends exemple sur le cyclisme dans l’approche de ton sport. Comment ?

Je m’inspire de tous les sports d’endurance en général : le cyclisme, la course à pied, le triathlon. Le cyclisme est en avance en termes de professionnalisme et d’engagement, ce qui me guide sur beaucoup de points : méthodes d’entraînement, récupération, protocoles… Je ne fais pas de copie, chaque adaptation nécessite réflexion avec le staff de l’équipe de France. Il y a des techniques que je peux intégrer dans mon quotidien : sorties longues, organisation de semaines d’entraînement, volumes horaires, charges d’entraînement… Ce sont des détails que je m’efforce de récupérer ici et là.

Ces fameux gains marginaux ?

Exactement. Des petites choses qui, ajoutées les unes aux autres, donnent de grands résultats.

Johannes Klaebo a déjà des contacts avec une équipe cycliste. N’as-tu pas encore reçu de proposition ?

Je n’ai pas beaucoup de contacts, mais je suis en quête ! J’aimerais discuter d’entraînement et de physiologie avec des coaches du monde du cyclisme ou des athlètes français. Cela me plairait énormément.

Te plairait-il d’explorer ce sport ?

Pourquoi pas. Pour l’heure, je suis jeune et je fais du ski de fond parce que j’adore ça. Je ne ferme pas la porte à d’autres possibilités, je prends la vie comme elle vient. J’ai confiance en moi, donc si un jour je sens que le ski de fond n’est plus ma voie, je me tournerai vers autre chose. Mais pour le moment, je ne me projette pas dans des projets particuliers.

Mathis Desloges, porte-drapeau de la délégation française lors de la cérémonie de clôture, en compagnie de Lou Jeanmonnot.
Mathis Desloges, porte-drapeau de la délégation française lors de la cérémonie de clôture, en compagnie de Lou Jeanmonnot. - WALLSKOG/BILDBYRÅN//SIPA

As-tu pu t’entraîner ces dernières semaines malgré les festivités et ta tournée médiatique ?

Festivités, c’est un grand mot, car je n’ai pas encore fêté mes médailles, je n’ai toujours pas fait la fête avec mes proches. En ce qui concerne l’entraînement, c’est compliqué. Je suis souvent à Paris, je n’ai pas le temps de m’entraîner. Je pense que le retour à la Coupe du monde sera difficile. Nous verrons bien. Je ferai de mon mieux, comme d’habitude. Mon objectif principal de l’année était les Jeux, ma saison est réussie. Maintenant, tout le reste est un bonus. Je participerai aux courses restantes, mais avec moins d’ambition.

Était-il important pour ton avenir de privilégier cette tournée médiatique à la fin de la saison ?

Oui, ce sont des choix qui ont été pris. Pour moi et pour le ski de fond français, il était essentiel de montrer mon travail, mon quotidien, et l’équipe avec laquelle je vis. Nous avons bien fait cela pendant les Jeux, il fallait aussi continuer ensuite. Aujourd’hui, j’ai la possibilité de m’exprimer et je saisis cette chance ! C’est une vie extraordinaire, avec des émotions intenses chaque jour, donc j’invite tout le monde à suivre notre aventure. Il y a les Jeux, mais aussi tout ce qui se passe en dehors, la Coupe du monde, nos stages, etc.

Mentalement, parviens-tu à te remobiliser pour revenir te battre sur le circuit ?

Remobiliser est difficile, pour être honnête. Il y a un avant et un après Jeux. Pour moi, les Jeux se sont très bien déroulés, l’objectif de la saison est atteint. Je me suis préparé dans un seul but et maintenant que cet objectif est accompli, il y a un petit relâchement. Néanmoins, je suis déterminé à donner le meilleur sur la piste. Je ne me suis pas beaucoup entraîné récemment, donc mes ambitions ne peuvent pas être aussi élevées qu’aux Jeux olympiques, mais cela me motivera pour recommencer à m’entraîner après cette saison. Je ne prévois pas de longues vacances, je vais rapidement retourner à l’entraînement.

Peut-être que tu vas un peu plus te lâcher sur d’autres aspects, comme la nourriture ?

C’est déjà le cas. Dès la fin des Jeux, j’ai commencé à manger de manière plus normale et à me coucher un peu plus tard. Je fais attention à tout, mais l’implication que j’ai mise dans les Jeux olympiques n’est pas soutenable à long terme de manière saine. Cela faisait plusieurs mois qu’il n’y avait plus beaucoup de plaisir dans l’entraînement et le quotidien. Pendant la préparation, à 22 heures, j’étais déjà endormi depuis longtemps. Malgré tout, tous les sacrifices que j’ai consentis ont été récompensés par ces médailles. Je ne regrette rien, cela m’a prouvé que j’avais raison. Cependant, ma perte de poids n’était pas très saine pour ma santé. Maintenir un poids de forme comme celui-là demande énormément dans ma tête. Je suis une personne gourmande, j’adore sucreries et desserts. Je n’en ai pas consommés pendant la préparation, alors retrouver le plaisir d’un dessert est une grande satisfaction. Pour moi, le quotidien, c’est de savourer un dessert à chaque repas !

Quel a été le premier dessert que tu as mangé ?

Un flan. J’adore les flans. Ce matin, j’en ai mangé un autre, à Paris. Il y en a de très bons ici !