France

Angers : Reprise du procès du triple meurtre après le scandale du « copié-collé »

Al Khawad Al Zine Sulaymane, un ancien réfugié politique soudanais de 35 ans, comparaît depuis ce vendredi devant la cour d’assises du Maine-et-Loire pour les meurtres de trois jeunes hommes de 16, 18 et 20 ans, commis en juillet 2022 à Angers. Lors du premier procès, l’accusé avait plaidé l’amnésie, déclarant « Je ne me souviens de rien du tout » et se disant « vraiment désolé de ce qui s’est passé ».


Retour à la case départ. Al Khawad Al Zine Sulaymane, un ancien réfugié politique soudanais, comparaît à partir de ce vendredi devant la cour d’assises du Maine-et-Loire pour les meurtres de trois jeunes hommes de 16, 18 et 20 ans, survenus en juillet 2022, sur l’esplanade d’Angers. Dans ce dossier, l’accusé a déjà été interrogé. Les parties civiles ont exprimé leur douleur à la barre. Les avocats avaient préparé leurs plaidoiries. Cependant, ce vendredi, tout devra être recommencé depuis le début.

La raison de ce recommencement ? Lors du premier procès, en octobre dernier, une mention de la condamnation à perpétuité de l’accusé avait été découverte sur un document avant même le verdict. Le président avait expliqué avoir effectué un « système de copié-remplacé classique » sur une affaire précédente et assuré n’avoir « aucun a priori » sur l’accusé. Malgré cela, le procès avait été avorté et reporté.

« Un renvoi au cinquième jour d’une audience, c’est une catastrophe », déclare Me Isabelle Oger-Ombredane. L’avocate de la famille d’Atama Koroa, tué à 20 ans, se souvient d’un « effondrement » pour l’ensemble des parties civiles ainsi que pour les avocats. « De toute ma carrière, je n’avais jamais vu ça, mais c’était la décision qu’il fallait prendre, on ne pouvait pas rendre une justice sereine dans ces conditions. »

Le drame s’est produit dans la nuit du 15 au 16 juillet 2022, sur une place animée d’Angers. Al Khawad Al Zine Sulaymane, fortement alcoolisé, avait d’abord importuné des passants puis agressé sexuellement des jeunes filles en leur touchant les fesses. Plusieurs garçons s’étaient alors interposés. Une bagarre avait éclaté, entraînant l’intervention de pompiers et de policiers. Aucune interpellation n’avait eu lieu à ce moment-là, la situation semblait apaisée, mais une heure plus tard, le suspect était revenu, armé d’un couteau de 20 cm. Il a tué trois des jeunes hommes impliqués dans l’altercation et blessé trois autres.

Lors du premier procès, l’accusé avait plaidé l’amnésie. « Je ne me souviens de rien du tout », avait-il déclaré, se disant « vraiment désolé de ce qui s’est passé ». Selon les experts, cet ex-réfugié soudanais de 35 ans – il avait perdu son statut sept mois après les faits – souffre d’une altération du discernement liée à un stress post-traumatique sévère accentué par l’alcool. « Pour les familles de victimes, on espère que cette fois, il se souvienne », confie Me Oger-Ombredane, qui estime que ce procès est celui « de toute une ville ».

Parmi ses clients, certains proches ne souhaitent pas reprendre la parole. D’autres se sont, entre-temps, constitués partie civile. Les propos tenus lors de la dernière audience ne pourront pas être évoqués dans ce nouveau procès. « On efface tout et on recommence », souligne l’avocate. « Nous exercerons sa défense (…) dans la conscience aiguë des enjeux de ce procès au regard de la peine qu’il encourt mais aussi avec respect pour les victimes, leur famille et leurs proches », ont simplement déclaré les avocats de l’accusé, refusant de s’exprimer sur le fond du dossier. Al Khawad Al Zine Sulaymane encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu vendredi.