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Guerre en Iran : les « nuances » des Etats-Unis et d’Israël sur l’intervention

Deux semaines après le lancement de l’offensive menée conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran, des différences se dessinent sur les modalités et l’issue du conflit. L’opinion publique américaine est majoritairement contre l’intervention militaire américaine en Iran : plusieurs sondages publiés début mars révèlent plus de 50 % de désapprobation.

Deux semaines après le lancement d’une offensive conjointe par les États-Unis et Israël contre l’Iran, les deux alliés sont-ils vraiment sur la même longueur d’onde ? Bien qu’ils partagent l’objectif de neutraliser les capacités nucléaires et militaires de Téhéran, des divergences émergent quant aux modalités et à l’issue du conflit. « Dès que je souhaiterai que ça s’arrête, ça s’arrêtera », a déclaré mercredi le président des États-Unis, anticipant que la guerre cesserait « bientôt ». Cette déclaration a été faite peu après les propos du ministre israélien de la Défense, qui a estimé que l’offensive se poursuivrait « sans limite de temps ». Cette différence d’approche n’est pas isolée.

« Changement » ou « implosion interne » de l’Iran ?

Les objectifs politiques visés en Iran ne semblent pas totalement identiques entre les alliés. « On pourrait parler de nuances entre les alliés », estime David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) et rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques. Si Israël milite pour un changement de régime, entraînant la chute de la République islamique, « les États-Unis seraient plutôt dans une modalité de « regime collapse » (une implosion interne du régime), avec l’attente potentielle de voir émerger un interlocuteur issu du régime pour encadrer une transition qui pourrait s’avérer chaotique », explique le chercheur. Selon lui, la stratégie américaine « ne paraît pas totalement finalisée dans ses attendus politiques ».

La question de la durée de l’intervention

Par ailleurs, Israël et les États-Unis semblent en désaccord sur la durée de l’intervention militaire. Lors de sa première conférence de presse depuis le début de la guerre, le 9 mars, Donald Trump a décrit le conflit comme une affaire presque réglée. « Il s’agissait simplement d’une excursion, quelque chose qui devait être fait. Nous sommes sur le point d’achever cette tâche », a-t-il affirmé. Cette déclaration a été répétée peu ou prou mercredi, assurant que la guerre s’arrêterait « bientôt ». Le ministre israélien a, quant à lui, déclaré ce même jour que l’offensive se poursuivrait « sans limite de temps ».

« Le scénario le plus probable est l’enlisement du conflit », a estimé, devant la commission sénatoriale des affaires étrangères, Pierre Razoux, historien spécialiste du Moyen-Orient. Plutôt qu’un « enlisement », les États-Unis craignent plutôt « le piège de la durée du conflit », analyse David Rigoulet-Roze, « d’où les déclarations de Trump visant à minimiser tout ce qui inscrirait cette intervention dans la durée ». L’opinion publique américaine est majoritairement opposée à l’intervention militaire américaine en Iran : plusieurs sondages publiés début mars révèlent plus de 50 % de désapprobation.

La question du « jour d’après »

Quel avenir pour l’Iran, une fois l’intervention militaire terminée ? Les alliés semblent également divisés sur cette question. « Israël entretient de longue date des contacts avec les minorités, notamment les Kurdes, en vue de les mobiliser potentiellement contre le pouvoir central », souligne David Rigoulet-Roze. « Donald Trump, qui avait eu un temps cette velléité, semble revenir sur cette idée compte tenu des risques de déstabilisation du pays d’une ampleur plus importante que ce qui s’est passé en Irak. » Après l’intervention militaire américaine en 2003, le pays a connu une guérilla entre milices sunnites et chiites, suivie d’une guerre civile ayant causé des centaines de milliers de morts.