Réseau électrique saturé : une enquête sur un frein économique
Le centre aquatique de Lessines sera inauguré au premier trimestre 2027. Faute de puissance électrique disponible, les bornes de recharge pour voitures seront inaccessibles en un premier temps.
Notre enquête commence sur le chantier du futur centre aquatique de Lessines, qui sera inauguré au premier trimestre 2027. Ce centre proposera de nombreux services, incluant un espace bien-être, une salle de fitness et une piscine. Tout a été conçu dans le but de répondre aux objectifs climatiques européens. Les installations énergétiques ont été dimensionnées pour pouvoir être partagées avec le hall sportif voisin.
Cependant, un problème est survenu : la puissance électrique demandée au gestionnaire de distribution ORES a été partiellement refusée alors que la construction avait déjà débuté. Si aucune solution n’est trouvée d’ici là, Lessines devra faire des compromis.
« On est les premiers à qui cela est arrivé en Wallonie, on est les premiers sur la liste d’attente pour une solution », déclare un responsable.
Avec moins de la moitié de la puissance électrique demandée, le centre sportif et le centre aquatique ne pourront pas fonctionner simultanément à plein régime. La commune devra donc ajuster constamment sa consommation d’énergie. Par exemple, la production des panneaux photovoltaïques nécessitera une surveillance accrue.
Une autre conséquence est que les bornes de recharges électriques pour véhicules ne seront pas accessibles dans un premier temps. « On ne sait pas mettre les bornes de recharge à disposition. Ce n’est pas possible. Or, ça, c’est une obligation, une réglementation », regrette Stéphane Meyrant, l’architecte du projet.
Depuis le 1er janvier 2025 en Wallonie, les bâtiments ouverts au public doivent disposer d’emplacements pour voitures électriques. Si le parking compte plus de vingt places, une sur cinq doit être réservée à ce type de véhicules. Pour cause de manque d’électricité disponible, Lessines ne peut donc pas répondre à cette obligation wallonne.
Le gestionnaire de distribution d’électricité ORES a annoncé en juin 2025 à la commune et à l’architecte que la puissance électrique sollicitée pour le projet ne pourra pas être fournie. ORES explique que la puissance électrique n’est pas disponible sur le réseau ELIA, ce qui rend le raccordement impossible. « On s’est rendu compte que la problématique n’était pas locale mais régionale », ajoute un responsable.
Après cette annonce, Aurélia Criquelion, l’échevine MR en charge des infrastructures sportives à Lessines, a découvert que la situation dépassait les frontières de la commune. Des cas similaires se multiplient à travers le pays. La commune espère qu’une solution sera trouvée avant l’inauguration de son centre aquatique.
Nicolas Gots, entrepreneur en immobilier d’entreprise, a également été touché par cette problématique. Fin février 2026, il a obtenu un permis d’urbanisme pour construire un centre de loisirs dans le parc d’activité économique Écolys à Namur, mais le raccordement électrique ne pourra pas être garanti avant cinq à dix ans.
« Nous allons devoir refuser d’accueillir d’autres entreprises. Cela veut donc dire qu’on va brider le développement, alors que la Wallonie et le territoire namurois ont besoin d’entrepreneurs pour le futur. Pour réindustrialiser et pour faire en sorte que les parcs d’activité se développent, il faut de l’électricité », déplore Renaud Degueldre, directeur général du BEP, le Bureau Économique de la Province de Namur.
Le distributeur d’électricité ORES a constaté un doublement des demandes de raccordements au réseau en un an, tandis que chez Elia, en charge du transport de l’électricité, les demandes ont quadruplé. « Cela entraîne forcément des embouteillages, des files d’attente et, à certains endroits, de la saturation du réseau électrique », explique Jean Fassiaux, porte-parole d’Elia.
Pour faire face à cette situation, Elia prévoit de quadrupler ses investissements en Wallonie pour un total de 2,6 milliards d’euros entre 2026 et 2030. ORES, qui dessert 75 % des communes wallonnes, renforcera également son réseau pour 2,1 milliards d’euros entre 2025 et 2029. De son côté, RESA, le distributeur de la région liégeoise, compte investir 700 millions d’euros sur la même période.
Damien Ernst, spécialiste des réseaux électriques, souligne qu’un manque d’anticipation a conduit à cette situation. « Ils ont alarmé pendant une dizaine d’années qu’on allait droit dans le mur. Force est de constater qu’on ne les a pas assez écoutés et que, maintenant, on est dans le mur », déplore-t-il. D’autres pays européens, comme les Pays-Bas et l’Angleterre, rencontrent des difficultés similaires.
Pour la Wallonie, une des solutions envisagées pourrait venir d’un décret adopté en 2025. Ce décret permettra d’offrir des contrats de raccordement flexibles aux nouveaux projets, qui accepteraient de ne pas bénéficier du réseau électrique 5, 10 ou 15 % du temps.
Le dossier des contrats flexibles est désormais entre les mains de la CWAPE, le régulateur wallon, et son avis est attendu avant que les gestionnaires de réseaux de distribution ne le mettent en vigueur.
Des solutions à court terme comme la flexibilité pourraient permettre de récupérer un peu de puissance électrique, allégeant ainsi la situation pour des projets-gelés comme le centre aquatique de Lessines. Cette situation met en exergue la forte demande et la rareté de l’électricité. Renforcer le réseau nécessitera des années et des milliards d’investissements, tandis que la demande continuera d’augmenter, en réponse aux enjeux climatiques.

