Maroc

Une perturbation « historique » de l’approvisionnement mondial en pétrole

La guerre au Moyen-Orient, qui paralyse le détroit d’Ormuz, constitue « la plus importante perturbation » de l’approvisionnement en pétrole de l’histoire, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Mercredi, les 32 pays membres de l’AIE avaient décidé un déblocage record de 400 millions de barils dans leurs réserves stratégiques, espérant apaiser les inquiétudes des marchés.


La guerre au Moyen-Orient, qui perturbe le détroit d’Ormuz et affecte la circulation mondiale des hydrocarbures, représente « la plus importante perturbation » de l’approvisionnement en pétrole de l’histoire, a prévenu jeudi l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Selon un rapport de l’AIE, « les pays du Golfe réduisent actuellement leur production pétrolière d’au moins 10 millions de barils par jour en raison du blocage du détroit d’Ormuz, de facto contrôlé par l’Iran ». Ce conflit, déclenché le 28 février par des attaques américano-israéliennes contre l’Iran, nuit à l’approvisionnement en pétrole de l’économie mondiale, affaiblit les sites de production de la région et menace également ses services financiers.

Mercredi, les 32 pays membres de l’Agence – y compris les États-Unis – ont décidé de libérer un volume record de 400 millions de barils de leurs réserves stratégiques, espérant ainsi apaiser les inquiétudes des marchés, qui sont extrêmement volatils depuis lundi. Toutefois, vers 07H00 GMT, le baril de Brent européen a connu une hausse de 6,6 %, atteignant 98,04 dollars, tandis que le West Texas Intermediate (WTI), référence du marché américain, a progressé de 6,3 % à 92,72 dollars.

En Asie, les Bourses ont montré des signes de repli, Tokyo ayant terminé en baisse de 1 %. Stephen Innes de SPI Asset Management a commenté : « L’alarme géopolitique continue de sonner au niveau du détroit d’Ormuz ». Pour lui, la décision de l’AIE est comparable à « utiliser un tuyau d’arrosage pour éteindre l’incendie d’une raffinerie ».

Des explosions ont résonné jeudi dans le centre de Dubaï, dont une particulièrement forte, comme l’a rapporté une journaliste de l’AFP. Bahreïn a signalé une attaque iranienne contre des réservoirs d’hydrocarbures, invitant les habitants à rester chez eux en raison des fumées. À Oman, des réserves de carburant au port de Salalah étaient en feu après une attaque de drone, selon une vidéo diffusée par l’AFP. L’Arabie saoudite a également signalé une nouvelle attaque par drone contre le champ pétrolier de Shaybah, lequel a déjà été visé à plusieurs reprises ces derniers jours. Le Koweït a signalé des dégâts suite à une attaque de drones sur l’aéroport de la capitale, et une attaque visant deux pétroliers au large de l’Irak a fait au moins un mort et plusieurs disparus, d’après l’autorité portuaire. Des images diffusées par la télévision d’État irakienne ont montré un navire en mer crachant d’impressionnantes boules de feu et d’épaisses volutes de fumée.

La menace s’étend aussi aux secteurs bancaires et financiers, essentiels dans les grandes capitales du Golfe. L’agence iranienne Tasnim a qualifié les grandes entreprises technologiques américaines de « futures cibles » de Téhéran, mentionnant des noms tels qu’Amazon, Google, Microsoft, IBM, Oracle et Nvidia. Cette stratégie d' »œil pour œil, dent pour dent » est revendiquée par le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf. Dans ce contexte, le géant bancaire américain Citi et les cabinets de conseil britanniques Deloitte et PwC ont évacué ou fermé leurs bureaux à Dubaï.

Les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique, ont exprimé leur volonté de mener une longue campagne pour contraindre Washington à se retirer, en ciblant les intérêts occidentaux. Ali Fadavi, un de leurs représentants, a menacé d’une « guerre d’usure » capable de « détruire l’économie américaine entière » et « l’économie mondiale ». Ces développements interrogent, d’autant plus que le président américain tente de minimiser ces perturbations en les qualifiant de temporaires.

Donald Trump a garanti qu’une « grande sécurité » régnerait prochainement dans ce détroit, à l’habituelle passerelle d’un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Il a également assuré que « 28 navires poseurs de mines » avaient été touchés, minimisant le risque de voir le détroit totalement miné et impropre aux échanges. Pour sa part, il a déclaré que l’Iran était « proche de la défaite », sans fournir d’éléments concrets pour étayer cette affirmation. Israël a ajouté qu’il ne s’était fixé « aucune limite dans le temps » concernant ses opérations et qu’il disposait encore d’un « vaste réservoir de cibles ».

Sur le plan économique, le conflit représente un coût considérable pour les États-Unis. Selon le New York Times, la première semaine de guerre leur a coûté plus de 11 milliards de dollars, d’après des sources parlementaires. De son côté, le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) a évalué à 3,7 milliards de dollars les 100 premières heures de l’opération.

Les ports pourraient aussi devenir des cibles. L’armée américaine a exhorté les civils iraniens à s’éloigner des ports de la région du détroit d’Ormuz, car s’ils étaient « utilisés à des fins militaires, (ils) perdent leur statut protégé ». Téhéran a promis une réponse symétrique, indiquant que tout attaque entraînerait le fait que « tous les ports et quais de la région deviendraient des cibles légitimes ».

Simultanément, Israël poursuit ses attaques au Liban visant le Hezbollah pro-iranien, intensifiant ses frappes sur le sud de Beyrouth mercredi soir. Les autorités libanaises, signalant plus de 800 000 déplacés, ont annoncé jeudi au moins sept morts supplémentaires dans la capitale. L’armée israélienne a également lancé de nouvelles frappes « à grande échelle » sur Téhéran après l’annonce par l’Iran d’une opération « conjointe » avec le Hezbollah contre une cinquantaine de cibles, décrite comme « un feu continu pendant cinq heures » de missiles et de drones. Téhéran a déclaré avoir ciblé des bases militaires israéliennes ainsi que le quartier général du Shin Bet, l’agence de la sécurité intérieure d’Israël.