France

Rennes : Sept listes à gauche, trois à droite contre Nathalie Appéré

Ce dimanche, les 130.000 électeurs de Rennes auront le choix entre onze listes au premier tour des élections municipales 2026. En 2014, Nathalie Appéré avait obtenu plus de 35 % des voix, puis 32 % en 2020.


Elles n’ont jamais été autant en compétition. Ce dimanche, les 130 000 électeurs de Rennes pourront choisir parmi onze listes au premier tour des élections municipales de 2026, dont cinq sont dirigées par des femmes. La maire socialiste Nathalie Appéré, candidate à un troisième mandat, peut-elle être destituée ? Quel score pour la députée de La France insoumise, Marie Mesmeur ? Le chef de l’opposition, Charles Compagnon, récoltera-t-il les fruits de son engagement sur le terrain ? Le Rassemblement national parviendra-t-il à entrer au conseil municipal ?

Alors qu’une quadrangulaire semble envisageable au second tour, *20 Minutes* vous propose une analyse avec l’éclairage du politologue Romain Pasquier.

## Nathalie Appéré peut-elle être évincée ?

En 2014, elle avait obtenu plus de 35 % des voix, puis 32 % en 2020. Cette année, contrairement aux deux précédentes élections, Nathalie Appéré a réussi à s’allier avec les Écologistes dès le premier tour. Son adjoint, Matthieu Theurier, qui avait tenté de la challenger il y a six ans, est désormais à ses côtés. Cette élection dans ce bastion de la gauche est-elle d’ores et déjà acquise ? « On ne peut pas dire ça non, mais Nathalie Appéré apparaît clairement comme la grande favorite. Elle semble en position de force sur cette campagne. Elle va pouvoir bénéficier d’une prime à l’unité et de l’avantage du maire sortant », affirme Romain Pasquier.

Pour le moment, le seul sondage réalisé pour Politico prédit un score de 42 % pour la maire sortante. Toutefois, la méthodologie de cette enquête « auto-administrée en ligne » est largement contestée, surtout vu la taille du panel. « Je ne la voyais pas aussi haute », admet le politologue de Rennes. Éprouvée par des conflits dans des quartiers affectés par le narcotrafic, Nathalie Appéré pourrait faire face à une sanction d’un électorat en quête d’une politique plus sécuritaire. Cependant, elle conservera le solide socle de gauche qui n’a pas fléchi depuis l’élection d’Edmond Hervé en 1977. Renverser le pouvoir en place s’annonce donc difficile.

## Marie Mesmeur réussira-t-elle à faire entrer LFI au conseil ?

Marie Mesmeur représente une liste jeune, avec une moyenne d’âge un peu supérieure à 35 ans. Élue députée en 2024, elle est consciente qu’elle est sous les yeux de la scène politique nationale. Certes, sa liste manque d’expérience et ses candidats sont peu connus du grand public. Mais la candidate de La France insoumise sait pouvoir compter sur le soutien d’une partie de la jeunesse rennaise pour espérer atteindre le second tour. En 2022, son mentor Jean-Luc Mélenchon avait largement dominé le premier tour des présidentielles.

« Je pense qu’ils seront au second tour. Et je pense qu’ils se maintiendront, sachant que Nathalie Appéré a fermé la porte à une alliance », analyse Romain Pasquier. Il ajoute que la liste LFI pourrait également « profiter du report d’autres voix de l’extrême gauche » au second tour. Parmi les onze listes au premier tour, huit sont de gauche, dont six à l’extrême gauche. En intégrant le conseil municipal, LFI mettrait en place ses projets pour l’avenir.

## Quel score pour une droite désunifiée ?

Charles Compagnon mérite une reconnaissance. Depuis six ans, il n’a jamais abandonné son rôle de leader de l’opposition. Ses prédécesseurs à droite n’avaient pas tenu aussi longtemps, disparaissant progressivement de la scène politique locale. Aux côtés de Carole Gandon, il espère enfin ébranler le pouvoir socialiste en faisant entendre une voix plus à droite. En première ligne des règlements de compte liés au narcotrafic après avoir échappé à une fusillade à Villejean, Charles Compagnon a agi. Cependant, il ne sera pas seul sur le terrain.

« L’erreur fondamentale de la droite est de se présenter divisée. Charles Compagnon a effectué un travail important sur le terrain et a élaboré un programme. Mais il a un candidat des Républicains à ses côtés [Thomas Rousseau a été investi par LR]. Dans un bastion de la gauche, cela s’avère problématique », estime Romain Pasquier.

Le politologue souligne la forte proportion « d’employés, de cadres du public et d’étudiants » parmi l’électorat rennais, souvent peu enclin à soutenir la droite. Charles Compagnon, qui continue de distribuer des cartes postales avec le message « Allez voter », pourrait bénéficier d’un éventuel triangulaire face à Marie Mesmeur et Nathalie Appéré pour augmenter son score, à condition que le RN ne soit pas présent.

## Le RN peut-il entrer au conseil municipal ?

Émeric Salmon avait réalisé 4 % en 2020 et a depuis été déplacé en Haute-Saône où il a été élu député en 2024. En 2026, la tête de liste du Rassemblement national, Julien Masson, peut-elle faire mieux ? Cela semble probable, surtout avec la dynamique nationale en faveur du RN. Pour espérer se qualifier pour le second tour, Julien Masson devra obtenir 10 % des voix ce dimanche. Ce n’est pas impossible… Sauf peut-être à Rennes, où le parti d’extrême droite peine à s’imposer. En effet, la seule fois où le FN a réussi à faire élire l’un de ses membres au conseil municipal, c’était en 1989 lorsque Pierre Maugendre avait recueilli 5 % des suffrages lors d’un scrutin à un seul tour.

Cependant, à Rennes comme partout en France, le parti d’extrême droite progresse, surfant sur un sentiment d’insécurité palpable. En engageant l’ancien chef de la police locale, Luca Togni, Julien Masson a réalisé un coup stratégique. Cela pourrait lui permettre de faire son entrée au conseil, malgré une campagne relativement discrète. « Je pense que le RN sera entre 8 et 12 %. S’ils se retrouvent en dessous des 10 %, ce sera un véritable échec », analyse Romain Pasquier.

Si le RN parvient à se qualifier pour le second tour, cela pourrait mener à une quadrangulaire, un scénario qui serait probablement en faveur de la maire sortante Nathalie Appéré.

## Qu’en est-il des autres ?

En plus des quatre favoris, sept autres listes seront présentes, dont six se situent à gauche. À droite, seul Thomas Rousseau tentera de se faire connaître. Peu connu au niveau local, il risque de rester dans l’ombre de Charles Compagnon. À l’extrême gauche, les électeurs auront plusieurs choix avec la liste « Rennes commune » du dissident LFI, Ulysse Rabaté, la liste du NPA menée par Victor Darcissac, la liste Révolution permanente dirigée par Erell Duclos, la liste de Lutte ouvrière, emmenée par Sandra Chirazi, et enfin la liste « Rennes contre la guerre » incarnée par Morgane Pernot-Goarvot. Yann Mélan, à la tête de la liste « Équinoxe Rennes », représentera un mouvement transpartisan, mais classé « écologiste » par la préfecture.