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L’île iranienne de Kharg, cible stratégique en guerre au Moyen-Orient

L’île de Kharg, d’une vingtaine de kilomètres carrés, est située au large de la ville de Bouchehr et abrite un dense réseau d’installations pétrolières. Selon JP Morgan, entre le 15 et le 20 février, plus de 3 millions de barils par jour ont été chargés depuis Kharg, soit près du triple de son rythme d’exportation habituel.


C’est une bande de terre d’environ vingt kilomètres carrés située non loin des côtes iraniennes, près de la ville de Bouchehr. L’île de Kharg peut sembler discrète sur une carte, mais son importance est capitale. Elle abrite un dense réseau d’installations, étant le cœur de l’industrie pétrolière iranienne.

La plaque tournante du pétrole iranien

L’Iran, troisième producteur de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), fournit environ 4,5 % de l’approvisionnement mondial en pétrole, avec une production d’environ 3,3 millions de barils par jour de brut, auxquels s’ajoutent 1,3 million de barils par jour de condensats et autres liquides.

90 % de ce pétrole transite par l’île de Kharg. Cette île reçoit le précieux or noir acheminé par oléoduc depuis les principaux gisements iraniens, notamment Ahvaz, Marun et Gachsaran. Elle relie ainsi l’économie iranienne à l’économie mondiale.

Dans les jours qui ont précédé l’attaque américano-israélienne, l’Iran a considérablement augmenté ses exportations depuis Kharg, atteignant des niveaux quasi records. Entre le 15 et le 20 février, plus de 3 millions de barils par jour ont été chargés, soit près du triple de son rythme d’exportation habituel, qui se situe entre 1,3 et 1,6 million de barils par jour, selon JP Morgan.

Une cible américaine

Si les États-Unis et Israël s’emparaient du port de l’île de Kharg, les exportations de pétrole iraniennes seraient paralysées et la production pourrait être divisée par deux.

« Si vous touchez à l’île de Kharg, vous allez tout simplement paralyser la rentrée de revenus en Iran », déclare Emmanuel Hache, docteur en sciences économiques et directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Cette opération potentielle pourrait avoir un impact stratégique et économique immédiat sur le conflit en cours. « Si vous touchez à l’île de Kharg, vous allez tout simplement paralyser la rentrée de revenus en Iran », résume Emmanuel Hache.

Lors de la crise des otages iraniens de 1979, le président américain Jimmy Carter a imposé des sanctions à l’Iran, mais s’est abstenu d’ordonner des frappes sur l’île. Son successeur, Ronald Reagan, durant la guerre des pétroliers Iran-Irak dans les années 1980, a privilégié la protection de la navigation et le ciblage des navires et des batteries de missiles iraniens, épargnant ainsi Kharg.

Mais aujourd’hui, Donald Trump serait prêt à franchir le pas. Selon le site d’information Axios, le samedi 7 mars, l’administration américaine aurait envisagé de prendre le contrôle de l’île. Le même jour, l’ancien Premier ministre israélien a appelé sur X à viser ce bout de terre. « Il faut détruire toutes les infrastructures énergétiques sur l’île de Kharg pour mettre l’économie iranienne à genoux », a déclaré Yaïr Lapid sur le réseau social X.

Des effets boomerang

Alors pourquoi ne pas lancer une attaque contre ce centre névralgique de l’économie iranienne ?

Il faut d’abord prendre en compte les aspects sécuritaires. « L’île de Kharg est sûrement l’une des îles les plus défendues en Iran. Cette île est le symbole du régime et la source de revenus des gardiens de la Révolution », explique Emmanuel Hache.

Ensuite, des effets boomerang sur l’économie mondiale sont à craindre. « Les États-Unis craignent des retombées. S’il y avait un bombardement de l’île de Kharg, on risquerait d’avoir une forte augmentation des prix du pétrole en quelques heures, car cela priverait le marché mondial de 1,6 million de barils. Or, le marché est déjà assez tendu », ajoute le directeur de recherche.

Enfin, une attaque pourrait être un frein pour le futur régime iranien. « S’il y a un changement de régime, je pense que les États-Unis souhaiteraient que l’Iran puisse rétablir sa situation économique rapidement. Donc, si vous bombardez le principal site d’exportation, vous privez potentiellement le futur gouvernement de nombreux revenus », conclut Emmanuel Hache.