Tensions sur les marchés du pétrole : l’AIE débloque 400 millions de barils.
Les 32 pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont décidé « à l’unanimité » mercredi de libérer sur les marchés 400 millions de barils de pétrole provenant de leurs réserves stratégiques. Actuellement, la Belgique dispose d’un stock correspondant à 90,8 jours équivalent des importations nettes journalières de pétrole brut et de produits pétroliers.
L’augmentation des prix du pétrole, observée depuis mercredi matin, ainsi que les inquiétudes concernant l’approvisionnement suite à la fermeture du détroit d’Ormuz, ont été au centre des préoccupations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ces derniers jours. La question était de déterminer s’il fallait puiser dans les réserves stratégiques de pétrole pour maîtriser la montée des prix des produits pétroliers.
Mercredi, les 32 pays membres de l’AIE ont décidé « à l’unanimité » de libérer 400 millions de barils de pétrole de leurs réserves stratégiques, marquant ainsi le déblocage « le plus important » de l’histoire de l’institution, a déclaré l’AIE.
« Les pays de l’AIE vont mettre 400 millions de barils de pétrole […] à la disposition du marché pour compenser la perte d’approvisionnement due à la fermeture effective du détroit d’Ormuz », a annoncé Fatih Birol, directeur exécutif de l’agence de l’énergie de l’OCDE, lors d’une déclaration vidéo mercredi. Il s’agit de la sixième coordination d’un déblocage des stocks stratégiques de pétrole par l’AIE.
Plus tôt dans la journée, le Japon et l’Allemagne avaient annoncé qu’ils libéreraient chacun une partie de leurs stocks stratégiques.
Ce mercredi après-midi, une réunion par visioconférence des chefs d’États et de gouvernements du G7 a également traité de l’utilisation de ces stocks. Emmanuel Macron a précisé que les 400 millions de barils libérés par l’AIE équivalents à « environ 20 jours des volumes exportés via le détroit d’Ormuz ».
### La Belgique n’a pas l’intention pour le moment de libérer une partie de ses stocks stratégiques
Contacté, le cabinet du ministre de l’Énergie, Mathieu Bihet (MR), a expliqué que l’Agence internationale de l’énergie « a lancé un appel sur une base volontaire en vue d’une action collective ». « À ce stade, aucune libération de stocks n’a toutefois été envisagée », a précisé le cabinet du ministre. « La Belgique dispose en effet de stocks supérieurs à 90 jours, conformément à ses obligations européennes. Ces stocks ne constituent pas un instrument de régulation des prix, mais un mécanisme destiné à garantir la sécurité d’approvisionnement si celle-ci venait à être menacée. Ce n’est pas le cas actuellement », a-t-on ajouté au cabinet du ministre de l’Énergie.
### Que sont ces stocks stratégiques ?
Après le premier choc pétrolier de 1973 qui avait entraîné une forte hausse des prix du pétrole et des pénuries de carburant, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a été créée en 1974 pour garantir la sécurité de l’approvisionnement en énergie.
La Belgique fait partie de l’AIE, aux côtés de pays tels que les États-Unis, la France, le Japon et l’Allemagne.
Les membres de l’AIE, soit environ trente pays, ont l’obligation de détenir des stocks de pétrole équivalents à au moins 90 jours d’importations nettes de pétrole. Selon les spécificités des États membres, les stocks peuvent être constitués de pétrole brut ou de produits raffinés tels que l’essence, le diesel ou le mazout de chauffage. Ces stocks peuvent être conservés dans le pays ou à l’étranger.
Au niveau européen, l’Union européenne a adopté la même exigence que l’AIE en demandant à ses États membres, même ceux qui ne sont pas membres de l’AIE, de constituer des stocks stratégiques équivalents à au moins 90 jours de consommation journalière moyenne de l’année précédente.
Ces stocks peuvent être libérés en cas d’action collective de l’AIE, par exemple lorsque les marchés pétroliers sont particulièrement perturbés. Cela a été le cas lors de la Guerre du Golfe en 1991, suite aux ouragans Katrina et Rita en 2005, ou après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Chaque État membre peut également utiliser ses stocks stratégiques pour ses besoins internes. En 2021, face aux inondations sévères dans l’Est de la Belgique, le gouvernement a mis en place des mesures pour permettre la libération temporaire des stocks stratégiques de carburant en cas de problème d’approvisionnement dans la région liégeoise.
### Quelles sont les quantités stockées par les pays membres de l’AIE ?
Les membres de l’AIE détiennent « plus de 1,2 milliard de barils de stocks publics d’urgence », ainsi que « environ 600 millions de barils » détenus par des industriels « sous obligation gouvernementale », a expliqué Simone Tagliapietra, expert à l’institut de recherche européen Bruegel, interrogé par l’AFP.
Le Royaume-Uni a annoncé mercredi détenir 76,6 millions de barils, avec un projet de libération de 13,5 millions dans le cadre de l’action coordonnée par l’AIE.
Le Japon a également indiqué ce mercredi qu’il prévoyait de puiser dès lundi dans ses réserves de pétrole, qui s’élèvent à environ 400 millions de barils, parmi les plus importantes au monde.
L’Allemagne prévoit de libérer 12% de ses réserves stratégiques.
La France détient l’équivalent de « un peu plus de 100 millions de barils disponibles », a déclaré mercredi le ministre de l’Économie, Roland Lescure.
L’Italie a également fait savoir à l’AFP qu’elle envisage de libérer environ 12 ou 13% de ses réserves.
À l’échelle mondiale, la consommation est d’environ 100 millions de barils par jour.
### L’état du stock stratégique belge
La Belgique doit respecter la Directive européenne sur les stocks stratégiques et ses engagements en tant qu’État membre de l’Agence internationale de l’énergie.
La gestion du stock stratégique a été confiée à l’ASEVA (Agence de Stockage Energétique – Energie Voorraden Agentschap).
Les stocks que l’ASEVA doit constituer dépendent des importations nettes de produits pétroliers que la Belgique a eues durant l’année précédente.
D’après les informations publiées sur le site de l’ASEVA, l’obligation de stockage s’élevait à environ 3,3 millions de tonnes d’équivalent pétrole brut en 2024.
Actuellement, la Belgique dispose d’un stock équivalant à 90,8 jours des importations nettes journalières de pétrole brut et de produits pétroliers. Ce stock est constitué en partie de pétrole brut et, pour le reste, de produits raffinés comme le diesel ou l’essence. Les stocks se trouvent dans plusieurs dépôts en Belgique ainsi qu’à l’étranger.

