AMD et Nvidia : incertitudes sur l’avenir des Radeon sur PC
À la fin de l’année 2025, AMD détient seulement 4 % de parts de marché dans la livraison de cartes graphiques, un niveau historiquement bas face à Nvidia. En 2026, Nvidia livre 94 % des cartes graphiques séparées dans le monde, tandis que la première carte graphique AMD n’apparaît qu’à la 16ème place dans l’enquête de Steam de février 2026.
Avec seulement 4 % de parts de marché dans la livraison de cartes graphiques à la fin de l’année 2025, le segment GPU d’AMD est à son niveau le plus bas de son histoire face à Nvidia. Cette situation déplorable s’explique par une série d’erreurs et de décisions tardives.
AMD rencontre des difficultés pour rivaliser avec son principal concurrent, Nvidia. Les GeForce et les Radeon sont en compétition acharnée depuis 26 ans. Toutefois, le véritable affrontement entre Nvidia et AMD a démarré en 2006, avec le rachat d’ATI par AMD pour 5,4 milliards de dollars. La marque ATI a disparu en 2010, laissant place à AMD pour tous les nouveaux modèles de cartes graphiques Radeon.
Au cours des quinze premières années de ce millénaire, la rivalité a connu plusieurs retournements. ATI a souvent mis Nvidia sous pression, notamment avec les séries 9700/9800, ainsi que les séries HD 4000 et 5000 entre 2008 et 2011. AMD a réussi à se distinguer grâce à un rapport performances/prix très compétitif.
Cependant, depuis 2014 avec l’arrivée des architectures Maxwell (GTX 900) puis Pascal (GTX 10) en 2016, Nvidia a pris une avance considérable. En 2026, Nvidia détient 94 % du marché des cartes graphiques dédiées, tandis qu’AMD n’atteint que 4 %. Selon l’enquête de Steam sur le matériel de ses membres, la première carte AMD n’arrive qu’à la 16e place en février 2026.
Qu’est-ce qui a donc conduit AMD à perdre autant de terrain malgré des produits parfois convaincants ?
### Le pari de l’IA de Nvidia
En 2018, Nvidia a lancé Turing, ses premières cartes graphiques RTX, intégrant des unités matérielles dédiées aux calculs IA (cœurs Tensor) et au Ray Tracing. À l’époque, ces technologies étaient encore embryonnaires, et Nvidia était le seul constructeur à miser autant sur l’avenir. La vision de Nvidia était que le ray tracing représenterait l’avenir du jeu vidéo, malgré ses exigences élevées en matière de ressources GPU.
Paraissant envisager de recourir à l’IA, Nvidia a introduit le DLSS, une technologie d’upscaling permettant de jouer à une définition inférieure tout en reconstruisant l’image à la définition native de l’écran. Le DLSS 1.0 s’est montré prometteur, mais ne convainc pas encore totalement. En revanche, le DLSS 2.0, lancé en 2020, a amélioré significativement la qualité d’image avec un modèle universel ne nécessitant plus d’entraînement par jeu.
Plus d’un an et demi plus tard, au début de l’été 2021, AMD a lancé sa technologie d’upscaling, le FSR (FidelityFX Super Resolution), en optant pour un choix radical. Le FSR est conçu pour être universel et peut être utilisé sur les cartes graphiques AMD, Intel ou Nvidia. Cependant, il s’agit d’une solution algorithmique sans utilisation de l’IA, car les cartes AMD ne possèdent pas de cœurs dédiés à l’IA. Le FSR 2.0 a évolué d’un upscaling spatial à un upscaling temporel, basé sur les données des images précédentes.
Bien que le rendu s’approche enfin de celui du DLSS 2.0, AMD reste en retard par rapport à Nvidia jusqu’en 2025. Le DLSS continue d’être jugé supérieur au FSR en termes de qualité de rendu, principalement en raison de l’efficacité de son modèle de reconstruction.
Ce n’est qu’en 2025, cinq ans après Nvidia, qu’AMD a finalement intégré le machine learning dans le FSR 4. Bien que le rendu s’améliore, l’avance de Nvidia demeure considérable, alors que les joueurs semblent privilégier la qualité du DLSS à celle du FSR.
Cependant, les décisions historiques du constructeur compliquent encore sa situation.
### Un support bien trop limité chez AMD
L’arrivée du FSR 4 est un progrès, mais elle est accompagnée d’une mauvaise nouvelle : cette version n’est compatible qu’avec la dernière génération de cartes graphiques AMD, les Radeon RX 9000, qui intègrent pour la première fois les cœurs nécessaires. Par conséquent, des millions de joueurs utilisant les populaires RX 7000 se retrouvent exclus.
Malgré cela, la communauté a fait preuve d’ingéniosité depuis un an. L’été dernier, des moddeurs ont réussi à émuler le FSR 4 pour les anciennes architectures. Une version compatible avec les RX 7000 a même été repérée dans le code source du FSR.
Pire encore, Intel, un nouveau venu sur le marché, propose depuis deux ans une technologie d’upscaling basée sur l’IA pour ses cartes graphiques Arc. XeSS, intégrant une fonctionnalité de Multi-Frame Generation avec son architecture Panther Lake, devance même AMD sur le plan logiciel.
Depuis, AMD est resté silencieux sur de nombreux aspects de son écosystème logiciel. Le FSR 4 ne sera pas disponible pour les RX 7000, AMD n’ayant pas fermé la porte à une version bêta pour les amateurs de modding. À noter également que le FSR 4 n’est pas encore compatible avec l’API graphique Vulkan, utilisée dans certains jeux comme la franchise Doom ou Indiana Jones. Là, encore, ce sont des moddeurs qui ont réussi à proposer une première implémentation avant Nvidia. En somme, la communauté parvient à concrétiser des résultats satisfaisants que AMD refuse pour l’instant.
On peut également mentionner le FSR Redstone, la réponse d’AMD au DLSS 3.5 de Nvidia, qui vise à améliorer le rendu des jeux en ray tracing grâce à la Ray Regeneration et au Radiance Caching. Bien que cette évolution soit prometteuse, son support reste limité.
La Ray Regeneration intégrée à Call of Duty : Black Ops 7 n’a pas su convaincre à sa sortie face à la Ray Reconstruction de Nvidia. L’arrivée d’un jeu comme Warhammer 40K : Darktide se fait encore attendre, alors qu’il devait être l’un des premiers titres bénéficiant de cette technologie.
On espère que le tollé actuel, couplé aux chiffres de ventes, incite AMD à changer de cap en 2026. Cela nécessitera cependant une réévaluation significative de sa stratégie.
### Une base technique pourtant solide
AMD ne démérite pas, ses dernières architectures offrant parfois des performances brutes supérieures à celles de Nvidia en rasterisation (sans ray tracing). Les RX 9000 ont réalisé des avancées notables en matière de Ray Tracing, et nous avons même élu la RX 9060 XT comme la carte graphique de l’année chez Frandroid. De plus, les configurations de mémoire vidéo (VRAM) chez AMD sont généralement plus confortables et prêtes pour l’avenir, une critique récurrente à l’encontre des modèles Nvidia.
Cependant, il est évident qu’AMD semble être en quête de son identité. Le constructeur s’est concentré sur la puissance brute de ses GPU, sans proposer d’innovations significatives sur le plan logiciel. Les fonctionnalités de Nvidia sont ainsi souvent répliquées par AMD quelques mois ou années plus tard dans sa suite logicielle FSR.
De nombreux grands jeux ont été co-développés avec Nvidia pour intégrer des technologies RTX et DLSS (path tracing, ray reconstruction), et l’année 2026 semble bien calme pour AMD, qui se concentre sur des titres comme Crimson Desert, un RPG en monde ouvert avec une présentation visuelle impressionnante.
En abandonnant le segment haut de gamme, AMD s’est recentré sur des modèles plus abordables. Une stratégie qui a bien fonctionné dans le passé, mais qui semble désormais insuffisante face à l’offre complète et au support de Nvidia. Rappelons qu’AMD avait envisagé d’arrêter les optimisations de pilotes pour les GPU RDNA 1 et 2, certains modèles ayant été lancés il y a seulement deux ans. Bien que la société soit revenue sur sa décision suite aux réclamations des utilisateurs, cette incertitude quant à sa stratégie à long terme demeure préoccupante.
### Le danger d’un monopole
Malgré tout, AMD peut s’appuyer sur son monopole sur le marché des consoles (PS5, Xbox Series et leurs futures versions), ainsi que sur ceux des consoles PC portables avec ses architectures Z1 et Z2 Extreme. Cela représente une source de revenus considérable, renforcée par des partenariats solides avec Sony et Microsoft pour la prochaine génération de consoles. Nvidia fournit également la Nintendo Switch 2, mais en utilisant une architecture graphique relativement ancienne (Ampere, datant de 2020).
Cependant, le danger d’un monopole de Nvidia persiste. Malgré les qualités des GeForce et de leur écosystème logiciel, une domination excessive pose toujours problème pour les utilisateurs, permettant à Nvidia de fixer les prix et de maintenir les gens dans un écosystème propriétaire.
L’année 2026 semble s’annoncer peu remplie pour le marché des GPU, Nvidia ayant annulé ses RTX 50 Super, tandis qu’AMD prépare la suite avec RDNA 5. Les prochaines architectures sont toutes deux attendues pour 2027. Espérons simplement de bonnes décisions et des nouvelles favorables d’AMD, qui dispose d’une base technique solide pour convaincre les joueurs.

