Municipales 2026 : Rachida Dati ne supporte pas le PSG ?
Rachida Dati a réussi à s’imposer comme « la candidate du PSG » après s’être invitée à Munich pour la finale de la Ligue des champions le 31 mai 2025, où le PSG a remporté le match 5-0 contre l’Inter Milan. Anne Hidalgo n’a pas été présente sur la pelouse ou en tribune lors de la finale, justifiant son absence par un voyage à Nairobi, mais n’a pas reçu d’invitation de Nasser Al-Khelaïfi ni de l’UEFA.
Très attendu mercredi soir lors du match aller des huitièmes de finale de la Ligue des champions contre Chelsea, le Paris Saint-Germain ne sera pas le seul à faire face à de gros enjeux au mois de mars. En déclin dans les sondages et potentiellement gênée par un embouteillage prévu au second tour en raison de l’absence d’alliances, Rachida Dati risque de perdre la Mairie de Paris, alors qu’elle semblait à portée de main il y a quelques mois. En cas d’échec municipal, l’ancienne ministre de la Culture pourra se consoler en affirmant qu’elle a remporté le match du soutien des supporters parisiens.
Une manœuvre éphémère, alliant habileté politique et concours de circonstances, lui a permis de s’imposer comme « la candidate du PSG » : le 31 mai 2025, Dati a réalisé le coup de force de se rendre à Munich pour assister à la finale de la Ligue des champions, que les hommes de Luis Enrique ont remportée 5-0 contre l’Inter Milan.
De retour de la tournée asiatique avec Emmanuel Macron, elle s’est dirigée vers la Bavière avec des supporters parisiens. Bonus, au coup de sifflet final, elle a eu accès à la pelouse où elle a été photographiée avec Luis Enrique, DJ Snake et Achraf Hakimi.
« Il y a une vraie proximité entre Rachida Dati et les joueurs du PSG, notamment avec Hakimi, et cela s’est manifesté de manière assez évidente à Munich », a déclaré à 20 Minutes David Alphand, coprésident du groupe d’opposition « Changer Paris ». « C’est quasiment la seule personnalité en dehors du staff sportif qui avait pu accéder à la pelouse après le match. C’est assez révélateur de la proximité qu’elle peut avoir avec les joueurs et avec l’entraîneur, qu’elle a appris à connaître au fil du temps. »
### Le PSG, un sujet « plus médiatique que politique » dans la course à la Mairie de Paris ?
Anne Hidalgo, elle, n’était ni sur la pelouse, ni en tribune : la maire a d’abord justifié son absence par un voyage de longue date à Nairobi pour la deuxième édition de l’assemblée du programme des Nations unies. Cependant, il s’est avéré qu’elle n’avait reçu d’invitation ni de Nasser Al-Khelaïfi – réputé pour son hospitalité – ni de l’UEFA, dont NAK siège au comité exécutif. Son entourage a évoqué une « vengeance » du club après l’échec des négociations avec la Mairie de Paris concernant la vente du Parc des Princes. Faute de mieux, Hidalgo s’est contentée d’un communiqué pour féliciter les champions d’Europe.
Pour Rachida Dati, c’est un scandale, bien qu’elle soit consciente du contexte. Dans le grand jeu politique, on ne refuse jamais un peu de mauvaise foi quand une opportunité se présente. Le lendemain, la ministre a donc critiqué directement dans une interview au Parisien : « Les joueurs et les Parisiens méritaient plus qu’un simple communiqué. Il faut parfois mettre ses rancunes de côté. » Ainsi, dix mois avant le premier tour des élections municipales, Dati a réussi à s’approprier l’espace symbolique autour du PSG, laissé vacant par la maire parisienne, que son principal opposant dans la course à la Mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, pourrait difficilement occuper en tant qu’ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo. Il est d’ailleurs incertain qu’il ait eu cette intention.
« Je vais être fair-play [avec Dati] : c’est un sujet qui a beaucoup plus d’impact médiatique que politique », a commenté le candidat de la gauche unie, contacté par 20 Minutes. « J’espère que les gens vont voter pour des sujets de logement, de pouvoir d’achat, de transition écologique. Après, c’est un sujet parce que c’est le PSG, le club qui a gagné la Ligue des champions. Évidemment, cela a une résonance médiatique particulière. Et moi, comme maire, je serai également attaché à l’idée que le club historique reste dans la ville. Mais ça ne va pas beaucoup plus loin. »
### Une rencontre entre le camp Dati et le CUP sur la question du Parc deux mois avant la finale
Rachida Dati n’a pas hésité à franchir la frontière entre le médiatique et le politique en intégrant la promesse de « faire rester le PSG à Paris » dans son programme. « Je négocierai la vente du Parc des Princes au PSG en échange de la création d’un village sportif et culturel « parc PSG » autour du stade », annonce son programme.
Cependant, David Alphand tient à clarifier certains malentendus concernant la chronologie des événements. Deux mois avant la finale, le coprésident de « Changer Paris », lui-même supporter du club, avait rencontré des membres du Collectif Ultras Paris, dont son leader Romain Mabille. « On voulait évaluer la situation quant au Parc. [Les supporters] sont le cœur battant du club. »
Cela prouve, selon lui, que l’intérêt de Rachida Dati pour le PSG précède le 31 mai. « La question de la place du PSG ne date pas de la finale de la Ligue des champions. Elle est dans l’esprit de Rachida depuis l’inauguration du centre d’entraînement de Poissy, où elle avait été invitée et où elle avait échangé avec le président. »
### « Dati n’en a rien à faire du PSG »
Karl Olive, le maire de Poissy et candidat à sa succession, croit à un attachement sincère de la ministre envers l’équipe du PSG – soulignant que Dati et Olive se sont soutenus mutuellement au début de la campagne pour les municipales.
« Quand elle se déplace à Munich, ce n’est pas pour faire acte de présence. Elle hurle pour le PSG, encourage les joueurs. Elle pourrait presque être speaker au stade. Je l’ai vue au stade mais aussi à l’Élysée le lendemain, et elle n’était pas la dernière à sourire avec les joueurs parisiens. »
Cependant, certains observateurs du club ont une vision différente, et l’un d’eux affirme que « Dati n’en a rien à faire du PSG ». Il est vrai qu’elle a été vue régulièrement au Parc, y compris sous la mairie de Bertrand Delanoë, il y a longtemps.
Son camp reste confiant quant à l’idée que la sympathie – qu’elle soit réelle ou fabriquée – de la ministre pour le Paris Saint-Germain pourrait la placer dans une position avantageuse pour relancer le dialogue concernant le Parc des Princes avec Nasser Al-Khelaïfi, bien qu’il soit préférable de ne pas paraître trop proche. « Il y a une tendance à exagérer la relation qu’elle entretient avec Nasser Al-Khelaïfi, qu’elle ne connaît pas depuis très longtemps, tempère David Alphand. Elle entretient des relations courtoises, comme avec beaucoup d’autres acteurs importants de la vie parisienne. Mais ce n’est en rien une relation de connivence ou de complicité. »
Il ne serait guère surprenant que Rachida Dati redoute de se brûler en restant trop proche du soleil qatari. Cité – mais pas poursuivie – dans un des volets de l’affaire dite des barbouzeries du PSG, la candidate de la droite à Paris est soupçonnée d’avoir joué un rôle dans la libération du lobbyiste Tayeb Benabderrahmane, celle-ci étant conditionnée à la signature, par le lobbyiste, d’un accord avec le Qatar. Benabderrahmane souhaite désormais faire annuler cet accord en affirmant qu’il a été signé sous contrainte, se présentant comme un « otage » du Qatar à ce moment-là. Ce ne sont pas les types de liens à mettre en avant lorsqu’on brigue un mandat à Paris.

