Cocaïne présente dans les eaux usées en Belgique, selon Sciensano.
1. Huit types de drogues ont été analysés par l’Institut belge de Santé publique Sciensano, à l’exception du cannabis et des opioïdes, et les échantillons ont été prélevés entre le 24 mars et le 30 mars 2025.
2. La consommation de crack a été détectée dans toutes les régions du pays, et Sciensano note qu’elle « nécessite une attention particulière » dans les politiques de consommation de drogues.
Tout ce que nous consommons ou ce qui est présent dans notre organisme est également éliminé par notre corps et peut être retrouvé dans les eaux usées. Que ce soit pour détecter des virus, des médicaments ou, comme ici, des drogues, l’analyse de nos eaux usées constitue un révélateur précieux de leur circulation.
L’ampleur de cette étude est sans précédent pour Sciensano, tant par le nombre de stations d’épuration analysées et leur répartition sur l’ensemble du territoire que par le nombre de drogues prises en compte. Auparavant, les mesures ciblaient principalement les stations de Bruxelles-Nord et Anvers-Sud.
Cette analyse nationale belge complète une étude similaire réalisée par l’Agence européenne des drogues (EUDA) dans plusieurs villes européennes.
Huit types de drogues ont été examinés par l’Institut belge de Santé publique Sciensano. Le cannabis et les opioïdes n’ont pas été inclus dans cette étude.
Les échantillons ont été prélevés entre le 24 mars et le 30 mars 2025. Ils ont été analysés par le Centre toxicologique de l’Université d’Anvers.
La cocaïne, la MDMA et la kétamine sont, selon les analyses, largement consommées dans toutes les régions du pays. La consommation d’amphétamines est plus limitée, tandis que celle de méthamphétamines est plus rare. Selon les jours d’analyses, Sciensano a observé des variations dans les concentrations mesurées, établissant un lien entre la cocaïne et la MDMA et leur consommation dans des lieux de vie nocturne, ce qui n’est pas le cas pour l’amphétamine et la kétamine.
La consommation de crack a également été détectée dans toutes les régions du pays – et pas seulement à Bruxelles – et « nécessite une attention particulière » dans les politiques de consommation de drogues, en raison de sa visibilité accrue et des risques associés pour la santé.
Voici les principaux résultats de l’étude, accompagnés de quelques définitions de ces drogues fournies par Infordrogues.
### Dans tout le pays : cocaïne, MDMA et kétamine
« C’est vraiment une preuve scientifique. Ce qu’on détecte, c’est vraiment ce qui est là. »
Maarten Degreef, expert en drogues chez Sciensano, a participé à l’interprétation des résultats des analyses. Il souligne que les eaux usées, contrairement aux déclarations des usagers, ne sont pas biaisées : « Il n’y a pas de problème avec des personnes qui mentent ou qui ne savent pas ce qu’elles ont utilisé. » En résumé, les eaux usées ne mentent pas.
**1. La cocaïne** : c’est le stimulant le plus consommé par la population générale. Elle est consommée **dans tout le pays** et a été détectée dans les échantillons de toutes les villes examinées, y compris à Arlon ou Marche-en-Famenne (avec des records dans ces villes durant le week-end). La plus grande concentration journalière moyenne par millier d’habitants a cependant été mesurée à la station d’épuration d’Anvers-Sud, Bruxelles-Nord occupant la deuxième place. Les concentrations les plus élevées ont généralement été détectées le week-end, ce qui, selon Sciensano, confirme la popularité de la cocaïne dans les lieux de vie nocturne.
*La cocaïne est extraite des feuilles de coca, une plante d’Amérique du Sud. Elle augmente la vigilance et la concentration pendant une courte période, suivie d’une phase de « down ». Contrairement au crack qui prend la forme de cristaux, la cocaïne se présente généralement sous forme de poudre.*
**2. La MDMA (xtc)** : les analyses montrent qu’elle est consommée **dans tout le pays**. Comme la cocaïne, la MDMA a été détectée dans tous les échantillons provenant de toutes les stations d’épuration incluses. Cependant, des différences régionales apparaissent : cette drogue est **plus présente en Flandre et à Bruxelles** qu’en Wallonie. Sa consommation est également plutôt associée aux lieux de vie nocturne (week-end).
*La MDMA est le principe actif de l’ecstasy, une drogue synthétique aux effets stimulants et associée généralement à un contexte « festif ».*
**3. La kétamine** : elle est également consommée **dans tout le pays**. Des biomarqueurs de sa consommation ont été trouvés dans toutes les stations d’épuration, sauf celle qui dessert la ville de Marche-en-Famenne. Sciensano souligne sa grande disponibilité sur le territoire et « l’urgence d’adapter les interventions sanitaires à une large population cible […] et de se concentrer sur les raisons pour lesquelles la kétamine a gagné en popularité en si peu de temps. »
*La kétamine est un anesthésiant rapide et puissant utilisé en médecine humaine et vétérinaire, qui est détourné de son usage médical sous forme de drogue pouvant entraîner un état dit « dissociatif », soit la sensation d’être déconnecté de son corps.*
### Des drogues à variations régionales
**4. L’amphétamine (speed)** : elle est consommée **dans tout le pays**, mais, comme pour la MDMA, il existe des variations régionales. Les concentrations sont plus élevées en Flandre (surtout à Hasselt et Anvers-Sud) que dans le reste du pays. Sciensano avance deux pistes d’explication : une plus grande disponibilité des amphétamines en Flandre, car deux tiers des laboratoires de drogue saisis en Belgique étaient situés dans les provinces du Limbourg et d’Anvers, et un lien avec le marché néerlandais de la drogue. Les analyses montrent une consommation dans le cadre de la vie nocturne, avec un pic dans les villes à forte population étudiante le vendredi (Gand, Bruxelles, Louvain), mais qui ne se limite pas à ces endroits.
*Les amphétamines sont des psychostimulants produits en laboratoire et fortement associés à la vie nocturne.*
**5. Le crack** : les biomarqueurs de sa consommation ont été détectés **dans 11 des 17 stations** d’épuration échantillonnées, principalement à Anvers-Sud. Contrairement à ce que l’on aurait pu supposer auparavant, explique Sciensano, les valeurs les plus élevées n’ont pas été observées dans la Région de Bruxelles-Capitale, dont les deux stations d’épuration occupent seulement la 5e et 8e place. Bruxelles ne serait donc pas l’épicentre de la consommation de crack, bien que cette drogue ait été au cœur de l’attention médiatique.
*Le crack est une préparation purifiée produite en dissolvant de la cocaïne en poudre dans un mélange contenant du bicarbonate de soude ou de l’ammoniaque et qui se présente sous forme de cristaux blanchâtres.*
**6. La méthamphétamine** : sa consommation a été observée dans **toute la Flandre et la région de Bruxelles-Capitale. Aucun échantillon n’a été testé positif dans les stations d’épuration wallonnes.** Sciensano avance un argument similaire pour expliquer cette différence régionale : un nombre plus élevé de laboratoires de drogue saisis en Flandre. Hormis les sites d’Anvers-Sud et Bruxelles-Nord, la consommation de méthamphétamine reste limitée en Belgique.
*La méthamphétamine est un stimulant très utilisé dans les pratiques de chemsex, les relations sexuelles sous influence de drogues. Elle appartient aussi à la famille des amphétamines, mais est bien plus puissante.*
### L’absent à surveiller
**7. Les cathinones de synthèse (3-MMC et 4-MMC ou méphédrone)** : les résultats d’analyse montrent que ces drogues synthétiques aux effets similaires à ceux de l’amphétamine ne circulent guère sur le marché belge. Seule l’une d’elles (la 4-MMC) a été détectée, et uniquement dans deux stations d’épuration flamandes (Gand et Harelbeke).
Néanmoins, ces cathinones de synthèse représentent tout de même 5% de l’ensemble des saisies de drogues en Belgique et 5% des contacts concernant des drogues illicites avec des organismes tels que le Centre antipoison belge, précise le rapport.
*Ces deux types de drogues stimulantes sont parmi les plus utilisés pour le chemsex. Cette famille de substances de synthèse dérivée d’un des principes psychoactifs du khat (la cathinone) imite davantage les effets de la cocaïne, de la MDMA/ecstasy et des amphétamines.*
« C’est vraiment complémentaire aux autres sources de données », conclut Maarten Degreef, expert en drogues chez Sciensano. « Cela confirme ce à quoi on s’attendait, mais cela aide aussi à mieux comprendre des phénomènes tels que la méthamphétamine. Cela permet aussi pour la cocaïne ou le crack de sortir de l’idée que c’est surtout consommé à Bruxelles, alors que c’est généralisé. »
Sciensano insiste dans sa conclusion sur la nécessité de mener des campagnes de surveillance répétées tout au long de l’année, en raison de la disparition et de (ré)apparition rapide de substances sur les marchés de la drogue.
La répétition permettrait, selon l’institut, de réaliser des comparaisons sur plusieurs années, d’identifier rapidement les tendances et d’établir des comparaisons internationales.
### Découvrez l’ensemble de l’étude de Sciensano ci-dessous :

