Pourquoi les moustiques sont déjà de retour ?
De nombreux Français ont récemment rencontré des moustiques, notamment dans le sud de la France, avec une « intensité record » confirmée par l’EID Méditerranée. En février, la France a connu un épisode de pluies continues inédites, avec quarante jours consécutifs, un record jamais observé depuis 1959, créant des conditions favorables à la transformation des œufs en larves.
Ce sont de petits voisins que l’on ne s’attendait pas à rencontrer si tôt. Récemment, de nombreux Français ont aperçu des moustiques en ouvrant leurs fenêtres ou en se promenant dans leur jardin, des insectes habituellement discrets en hiver. Dans le sud de la France, certaines zones ont même été envahies de manière exceptionnelle.
L’EID Méditerranée (Entente Interdépartementale de Démoustication), contactée par *20 Minutes*, confirme la présence de moustiques en Roussillon, Languedoc et Provence, dans une « intensité record ». À Paris, les signalements « d’alerte » se multiplient. Bien que ce phénomène soit surprenant alors qu’il reste encore dix jours d’hiver avant le printemps, il s’explique par… la météo.
### La combinaison de fortes pluies et de températures douces
Deux facteurs favorables se sont ainsi combinés en février. La France a connu un épisode de pluies continues sans précédent, avec quarante jours consécutifs, selon Météo-France. Ce phénomène constitue un record, jamais observé depuis 1959, qui a saturé les sols d’eau et créé de nombreux points d’eau stagnante, conditions idéales pour que les œufs pondus sur sol sec se transforment en larves.
Aux précipitations record ont succédé des températures exceptionnellement douces pour la saison, avec un mois de février qui a vu les températures dépasser les 15 à 20 °C dans plusieurs régions de l’Hexagone.
La chaleur favorise en effet le développement des larves : plus il fait chaud, plus elles se développent. C’est particulièrement le cas pour l’*Aedes detritus*, une espèce de moustique hivernal très visible dans le sud en ce moment.
### Ne pas crier à l’invasion trop vite
Doit-on s’inquiéter d’une invasion généralisée à l’approche du printemps et de l’été ? Rien n’est moins sûr. En effet, comme l’explique une porte-parole de l’EID Méditerranée, les larves récemment observées n’ont pas été pondues récemment : « Les œufs peuvent survivre un, deux ou trois ans et éclore lors des pluies. Après quelques jours ou semaines de sécheresse, les moustiques meurent et on n’en trouve plus du tout. »
François Lasserre, entomologiste et vice-président de l’Office pour les insectes et l’environnement (OPIE), appelle également à la prudence concernant ces alertes : « Il faut faire attention au ressenti. C’est beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions : la situation varie fortement selon les régions. Certaines espèces, plus rares, hivernent au stade adulte, donc dès que la température devient plus clémente, elles apparaissent. »
Un autre point qui appelle à la modération est la présence du moustique-tigre, installé chez nous depuis quelques années et qui se distingue par sa particularité : il pique le jour. « C’est un moustique diurne, donc il peut être observé plus fréquemment par l’Homme. Il devient adulte en 5 à 7 jours, après les pluies de février, ce qui pourrait expliquer des observations récentes. Mais cela ne signifie pas nécessairement qu’il y en a beaucoup plus. »
### « Plus la chaleur monte vers le nord, plus ces insectes montent avec »
Tout d’abord, comme l’explique l’entomologiste, pour qu’il y ait ponte, il faut qu’un mâle et une femelle se rencontrent et que cette dernière ponde. « Cela est moins probable en hiver qu’en juin, où il y a déjà des adultes et des femelles prêtes à s’accoupler. Si l’eau est plus présente que d’ordinaire, cela facilitera leur reproduction. »
Les spécialistes s’accordent également sur la possibilité de variations à venir, avec des jours qui restent courts et un mercure susceptible de redescendre. « Certains insectes pourraient alors replonger en diapause », c’est-à-dire dans une nouvelle pause hivernale, explique François Lasserre.
S’il se réserve de généraliser trop vite, notamment en raison du manque d’études dans toutes les régions françaises, l’entomologiste confirme que « les insectes apprécient la chaleur, et plus la chaleur monte vers le nord, plus ces insectes se propagent avec. Cela fait déjà un certain temps que les insectes du sud commencent à se retrouver au milieu de la France, voire au nord. » C’est une donnée à surveiller de près.

