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Liban : Témoignages d’habitants sous les bombardements, « Ça peut tomber du ciel à n’importe quel moment »

Lina a fui le sud du Liban le jeudi 5 mars avec ses cinq enfants en raison des frappes israéliennes. Depuis le 2 mars, près de 700.000 personnes ont été déplacées à travers le pays, majoritairement en raison des bombardements dans le sud et le sud de Beyrouth.

Un départ hâtif et une vie abandonnée. Le jeudi 5 mars, Lina* a fui le sud du Liban. « Quand les frappes ont commencé, j’ai eu quelques minutes à peine pour réveiller mes enfants et fuir, a raconté à l’ONG Care cette mère de cinq enfants. Je les ai attrapés et nous avons couru avec seulement les vêtements que nous portions. » Ce jour-là, l’armée israélienne avait lancé un ordre d’évacuation d’urgence sur une vaste zone du sud du pays.

Depuis le 2 mars, le Liban est entraîné dans la guerre contre l’Iran initiée par les États-Unis et Israël à la suite d’une attaque du Hezbollah contre Israël. Le mouvement pro-iranien cherchait à « venger » la mort du guide suprême, Ali Khamenei. Depuis lors, les représailles israéliennes se produisent quotidiennement. « Beyrouth est bombardé tous les jours, il est très difficile d’être au Liban aujourd’hui sans entendre ou voir un bombardement », décrit Hassan El Sayed, coordinateur de terrain pour l’ONG Solidarités International. Le 6 mars, ce Franco-Libanais a été déployé en urgence à Saïda, dans le sud du Liban, pour coordonner les missions sur place.

Une famille déplacée fuyant les frappes aériennes israéliennes dans la ville portuaire de Saïda.
Une famille déplacée fuyant les frappes aériennes israéliennes dans la ville portuaire de Saïda. - Mohammed Zaatari/AP/SIPA

L’humanitaire raconte le survol quotidien des drones et leur bruit facilement identifiable. Ce dimanche, par exemple, il a entendu un drone suivi de près par une première explosion, puis une seconde, cinq minutes plus tard. « Les gens ont peur, ça peut tomber du ciel à n’importe quel moment, témoigne-t-il. Vous vivez avec cette idée que vous pouvez mourir n’importe quand. »

D’importants embouteillages

En une semaine, près de 700.000 personnes ont été déplacées à travers le pays, selon l’Agence des Nations unies pour les réfugiés. La majorité a fui le sud du pays et le sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah. Si Saïda est moins touchée par les bombardements que d’autres villes, Hassan El Sayed évoque « un sentiment de surpopulation dû aux déplacements massifs ». D’importants embouteillages paralysent la troisième ville du Liban alors que les habitants du sud cherchent à échapper aux attaques. « Des villes ou villages, régulièrement bombardés, sont devenus des fantômes. Il n’y a plus rien », insiste l’humanitaire.

Beaucoup de déplacés se réfugient chez des amis, des proches ou dans des bâtiments abandonnés pour échapper aux frappes. Ceux qui ont les moyens louent des appartements, mais les prix ont explosé. « Les gens sont forcés de payer jusqu’à 200 dollars par jour pour des appartements qui se louaient 200 dollars par mois, explique Hassan El Sayed. Et il ne faut pas oublier les personnes plus vulnérables, qui n’ont pas les moyens de fuir et qui sont encore dans les villages bombardés quotidiennement. »

Environ 500 abris collectifs ouverts

Lina et sa famille ont finalement trouvé refuge à Beyrouth dans l’un des 500 abris collectifs ouverts par le gouvernement. Près de 110.000 personnes dorment dans ces gymnases ou écoles fermées depuis le début de la guerre. Une solution particulièrement précaire. Ici, tout manque. L’eau, la nourriture, mais aussi les matelas, les couvertures, les produits d’hygiène. D’autres dorment dans la rue.

« Mes enfants n’arrêtent pas de demander quand nous allons rentrer à la maison, et je me sens impuissante car je ne sais pas quoi leur répondre, continue Lina, qui précise qu’ils n’ont pas eu de vrai repas ou de vraie douche depuis leur fuite. Chaque bruit fort les fait sursauter. J’ai l’impression qu’on m’a arraché le cœur, et tout ce que je peux faire, c’est les prendre dans mes bras et prier pour notre sécurité. »

Manque d’intimité

Zayn*, un adolescent de 16 ans qui a fui le sud pour Beyrouth, souffre lui aussi des conditions de vie dans les abris. « La plupart du temps, je reste assis, à regarder le vide, à écouter les informations et les frappes aériennes, ressentant que ma vie est en suspens », témoigne-t-il auprès de l’ONG Care.

Depuis le cessez-le-feu en novembre 2024, les violations ont été fréquentes. Israël a continué à bombarder les zones frontalières pour détruire les positions du Hezbollah et neutraliser ses dirigeants. Mais depuis dix jours, « les ordres d’évacuation concernent des zones très larges », commente Hassan El Sayed, qui avait également visité le Liban lors de la précédente phase aiguë du conflit. « C’est extrêmement brutal pour les gens, qui vivent un deuxième cauchemar. »

* Les prénoms ont été modifiés.