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Municipales 2026 : Fiabilité des sondages des partis questionnée ?

Le premier sondage commandé par l’équipe de Foulques Chombart de Lauwe indique un coude à coude entre les deux candidats au premier tour avec 35 % pour Chombart et 34 % pour Johanna Rolland. Le deuxième sondage, réalisé par l’Ifop pour Johanna Rolland, donne cette dernière largement en tête au premier tour avec 43 % contre 26 % pour son concurrent.


À Nantes, des sondages récents, relayés par la maire sortante Johanna Rolland (PS) et le candidat Foulques Chombart de Lauwe (LR), suscitent des réactions. Le premier, commandé par l’équipe de Chombart de Lauwe, place les deux candidats au coude à coude au premier tour (35 % contre 34 %) et sous-entend qu’une victoire de Johanna Rolland serait envisageable le 22 mars uniquement avec le soutien de LFI. En revanche, le deuxième sondage, présenté deux jours plus tard par l’équipe de Johanna Rolland, indique qu’elle se trouve largement en tête au premier tour (43 % contre 26 %) et qu’elle pourrait l’emporter au second tour sans alliance.

Un troisième sondage, réalisé par le média Politico, offre une vue plus nuancée : il annonce que la maire sortante pourrait obtenir 38 % des voix au premier tour, contre 31 % pour son principal adversaire. Cette divergence soulève la question de la différence de résultats alors que ces sondages ont été tous effectués par des instituts de sondage réputés pour leur indépendance.

Rarement, les sondages commandés par des partis révèlent que leur candidat est en grande difficulté. Cela est souvent stratégique. « Il y a un tas de sondages commandés en permanence dont les résultats ne sont jamais divulgués », confie Hugo Touzet, sociologue et auteur du livre *Sociologie de l’opinion publique* (éd Puf – 2020).

Ces sondages servent d’abord à établir des stratégies internes et aident les candidats à envisager d’éventuelles alliances. Leur enjeu est également « performatif », selon l’analyste : « les sondages influencent une campagne ; lorsqu’un candidat pense que les résultats lui sont favorables, il a tout intérêt à les communiquer au bon moment. »

Les disparités dans les résultats d’un sondage à l’autre dépendent de deux éléments essentiels : la temporalité et l’échantillonnage. « Le sondage le plus fiable sera celui réalisé le plus tardivement », assure Mathieu Doiret, analyste à l’Ipsos. En effet, au cours d’une campagne, une actualité politique ou un scandale peut influencer rapidement l’opinion. Plus les électeurs sont interrogés tardivement, plus les conditions de vote réelles sont approchées. « Il est d’ailleurs indiqué dans tous les sondages que les résultats sont représentatifs de l’opinion de l’échantillonnage à un instant T et non pas pour les 15 et 22 mars. »

« Plus on interroge, mieux c’est », ajoute l’analyste. Ce qui complique les sondages à l’échelle locale, c’est que les échantillons sont plus réduits, entraînant ainsi des marges d’erreur plus importantes, explique Hugo Touzet.

Ces facteurs ont directement influencé les résultats des sondages à Nantes, comme le confirment les experts. Le premier, relayé par Foulques Chombart de Lauwe et l’institut Odoxa, a été effectué en ligne du 17 au 22 février avec un panel de 1.094 Nantais. Le second, commandé par Johanna Rolland via l’Ifop, a été réalisé par téléphone du 27 au 28 février sur un échantillon de 803 habitants.

Bien que des différences existent, pourquoi chaque candidat semble-t-il y trouver son avantage ? Hugo Touzet rappelle que les instituts sont des entreprises privées travaillant pour leur commanditaire. « Le candidat peut formuler les questions à sa guise, donner l’impression d’une opposition plus fragmentée ou tester des scénarios pour le second tour avec les candidats de son choix », explique le sociologue. La dernière élection présidentielle l’illustre parfaitement : « De nombreux sondages ont interrogé les électeurs dans l’hypothèse où Éric Zemmour accédait au second tour, beaucoup moins l’ont fait avec Jean-Luc Mélenchon, qui avait pourtant plus de chances d’y parvenir. »

« Cela ne signifie pas que les chiffres sont truqués », met en garde Hugo Touzet. « Il en va de la réputation de l’institut, surtout dans un contexte électoral où les résultats peuvent être vérifiés. » Mathieu Doiret mentionne l’existence de la Commission des sondages, « qui évalue leur impartialité » et garantit le respect des règles déontologiques.

Les résultats des sondages, qu’ils émanent de petites ou grandes villes, de la droite ou de la gauche, doivent donc être pris avec précaution.