Dominique de Villepin dénonce la guerre au Moyen-Orient : « Nous n’avons pas à suivre l’administration américaine »
Les Etats-Unis et Israël ont lancé les premiers bombardements contre l’Iran il y a huit jours. Dominique de Villepin a déclaré que « les Européens n’ont même pas été consultés » et a souligné que « l’Amérique décide de notre destin et c’est nous qui payons l’addition ».
Cela fait huit jours que les États-Unis et Israël ont lancé leurs premiers bombardements contre l’Iran. Dominique de Villepin, ancien ministre français des Affaires étrangères, déclare que cette action constitue une « guerre illégale mais cela ne suffit pas à justifier une opposition ». Il déplore que « les Européens n’ont même pas été consultés » et ajoute : « Et puis, nous le voyons bien jour après jour, les risques n’ont pas été pris en compte. Comme toujours, l’Amérique pensait pouvoir, en quelques heures, régler le problème. Et là, la guerre se prolonge, elle s’étend. Plus d’une dizaine de pays sont aujourd’hui concernés dans le Golfe avec des risques stratégiques, économiques et financiers. Et bien sûr, au premier chef, des risques pour la population iranienne qui doit être au cœur de nos préoccupations. »
Dominique de Villepin reconnaît la barbarie du régime iranien tout en affirmant qu’une autre voie était envisageable. « Évidemment qu’il était nécessaire d’agir très fortement et de façon déterminée pour essayer de mettre fin à ce régime oppressif iranien. Il y avait un autre chemin qui aurait peut-être pu conduire de façon plus sûre. Celui de la négociation. Celui qui, en 2015, a conduit à signer un accord, qui a éliminé les sanctions et qui plaçait alors le peuple iranien dans une autre situation que celle d’aujourd’hui. Eh bien, l’entêtement de Donald Trump a contribué à créer la situation actuelle. »
La situation actuelle fait écho aux guerres menées par les États-Unis au Moyen-Orient, semblables à celles d’il y a 23 ans, lorsque G.W. Bush, soutenu par les Britanniques, avait attaqué l’Irak sans mandat international. Dominique de Villepin s’y était opposé dans un discours mémorable au Conseil de sécurité de l’ONU, où ses dernières phrases furent applaudies par l’assemblée : « Et c’est un vieux pays, la France, d’un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. »
Dominique de Villepin évoque également une « sortie de route » des États-Unis qui ignorent le droit international, suggérant qu’un nouvel ordre pourrait émerger, basé sur le rapport de force. « Quel est le sens de ce nouvel ordre s’il dessert l’intérêt des peuples ? Nous verrons les conséquences pour le peuple iranien. Aujourd’hui, il est placé dans la situation terrible d’avoir à la fois la dictature et la guerre. »
Il insiste sur le fait que, sans une action politique collective, les efforts internationaux resteront vains : « Il y a une impuissance de la puissance quand il n’y a pas d’objectif politique. L’Amérique est une source de déstabilisation aujourd’hui pour le monde. Nous avons appris qu’il n’y a pas de vie collective commune en dehors de la règle de droit. Eh bien, c’est l’avenir aujourd’hui que nous promet Donald Trump. »
En ce qui concerne l’opposition à Donald Trump, Dominique de Villepin se tourne vers l’Europe, qu’il critique pour son manque d’action face aux mesures américaines. « Nous avons la capacité de nommer ce qui se passe et de dire à quel point c’est insupportable. Non seulement il y a une soumission de l’Union européenne, mais en plus il y a une impuissance. »
Il met en garde, affirmant que « l’Amérique décide de notre destin en ce moment et c’est nous qui payons l’addition » à travers les conséquences économiques et sécuritaires de ces décisions. Pour de nombreux Iraniens, l’intervention américaine peut être perçue positivement, bien que Dominique de Villepin comprenne « la situation tragique dans laquelle ils sont ».
En conclusion, il aborde sa potentielle candidature aux élections présidentielles de 2027, indiquant sa détermination à combattre ce qu’il perçoit comme une montée de l’extrême droite en France et en Europe. « J’ai une mémoire, j’ai une santé, j’ai une détermination et je suis prêt à livrer combat pour empêcher cela. » Il critique l’idée que les partis nationalistes actuels servent réellement les intérêts nationaux, plaidant pour une « souveraineté européenne » qui renforcerait les États tout en répondant aux enjeux contemporains.

