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Amanda Seyfried, gourou, délie les tensions sexuelles dans « Le Testament d’Ann Lee »

Amanda Seyfried livre une performance dans Le Testament d’Ann Lee de Mona Sastvold, où elle incarne Ann Lee (1736-1784), fondatrice de l’« Organisation de la Société Unie des Croyants dans la Deuxième apparition du Christ », connue sous le nom de « Shakers ». Elle a passé huit mois à répéter les hymnes pour préparer son rôle et a déclaré qu’elle ne voulait pas détruire la vision de la réalisatrice Mona Fastvold.

Amanda Seyfried offre une performance remarquable dans Le Testament d’Ann Lee, réalisé par Mona Sastvold. Sa prestation dans ce film, qui oscille entre fable mystique et comédie musicale, est tellement impressionnante qu’il paraîtrait étonnant qu’elle ne soit pas, au minimum, nominée aux Oscars. Sa performance captivante laisse le public sans voix ! Elle est aussi loin de l’adolescente du célèbre Lolita Magnifiée que de la bourgeoise de La Femme de ménage dans ce rôle de prophétesse ayant réellement existé.

Le scénario de The Brutalist permet de redécouvrir Ann Lee (1736-1784), une Anglaise qui a fondé l’« Organisation de la Société Unie des Croyants dans la Deuxième apparition du Christ », une secte plus couramment désignée sous le nom de « Shakers », en raison des danses incantatoires pratiquées par ses membres. En collaboration avec Brady Corbett pour le scénario, le compositeur Daniel Blumberg et la chorégraphe Celia Rowlson-Hall, Mona Sastvold propose un film à la fois original et clivant. Des séquences de transe et de danse sont mêlées à des chants et hymnes pour dresser le portrait de cette femme exceptionnelle, incarnée par une actrice éclatante qui accueille la presse avec un sourire et des aiguilles à tricoter en main.

Qui était Ann Lee selon vous ?

C’était une femme passionnée qui a créé le mouvement des « Shakers ». Nous lui devons un style architectural ainsi que diverses inventions très pratiques. Ann Lee était convaincue que Dieu pouvait se manifester sous les traits d’une femme et qu’elle en était la seconde incarnation. Elle y croyait tellement qu’elle a fondé sa propre secte en Amérique. Elle entrait en transe et avait des visions très nettes. On dit même qu’elle aurait lévité. Elle était certaine de ces croyances qu’elle souhaitait partager à travers l’Amérique.

Comment avez-vous réussi à atteindre cette intensité de jeu ?

Je savais que c’était un défi énorme. Tout s’est fait progressivement. J’ai appris à parler avec le bon accent. J’ai répété les hymnes pendant huit mois, parfois chez la réalisatrice, parfois chez Daniel Blumberg, le compositeur. J’ai pris cela très au sérieux. Ann Lee était une femme exceptionnelle. J’ai vraiment aimé ce tournage. Je me suis beaucoup amusée. Je me sentais en sécurité pour aller aussi loin que possible. Pourtant, j’étais consciente que c’était un défi et que cela m’effrayait, car je portais une grande responsabilité.

Vis-à-vis de la vraie Ann Lee ?

Surtout par rapport à la réalisatrice Mona Fastvold. Je ne voulais pas compromettre sa vision et son rêve. Je ne souhaitais pas être la cause d’un éventuel échec du film. Tout était là dans ce que Mona avait écrit, dans son scénario très audacieux. C’était linéaire d’une certaine manière, mais il y avait aussi des chants et des mouvements que je ne pouvais pas imaginer. Pendant que toute l’équipe travaillait de son côté, je devais retrouver Ann Lee en moi-même et cela m’a demandé un travail acharné.

Aviez-vous entendu parler d’elle avant d’incarner ce rôle ?

Pas du tout, et pourtant, j’ai étudié aux États-Unis. C’est peut-être simplement parce qu’elle était une femme, et que l’on efface souvent les femmes de l’histoire, ou parce qu’elle ne pensait pas à sa postérité. Elle cherchait simplement à créer un endroit sûr, un espace où tous pourraient vivre en sécurité. Elle avait vécu des expériences très difficiles, comme des accouchements éprouvants et la perte de ses enfants. Elle croyait en l’égalité, quel que soit le genre, ce qui était très moderne pour son époque.

Amanda Seyfried après l'interview de « 20 Minutes »
Amanda Seyfried après l’interview de « 20 Minutes » - Caroline Vié

Quelle était sa méthode ?

Elle a libéré les tensions sexuelles entre les individus par le mouvement, la danse et les vocalisations gutturales, afin de les mener vers la pureté. Les disciples pratiquaient cela pour se nettoyer. Cela a fonctionné pour eux et pour beaucoup d’autres qui sont venus la rejoindre et qui ont trouvé leur place parmi les Shakers.

Est-il nécessaire d’être croyante pour incarner Ann Lee ?

Je ne pratique pas de religion, mais je ressens une grande connexion avec la nature, peut-être parce que je vis depuis treize ans dans une ferme isolée en pleine forêt. Ma foi grandit chaque jour. Je réalise qu’il y a quelque chose de plus grand que nous. Je comprends cela et je me respecte. Pour moi, Dieu n’a pas l’apparence d’un être humain. Je l’imagine plutôt sous la forme d’un arbre.

Comment conciliez-vous votre carrière entre des films commerciaux comme « La Femme de ménage » et des œuvres plus « pointues » ?

C’est une question d’équilibre pour moi. Cela me permet de me sentir aussi bien dans ma vie d’actrice que dans ma vie de femme. Ce sont peut-être aussi les animaux de ma ferme qui m’aident à garder les pieds sur terre. M’occuper des animaux est une grande passion. On ne peut pas tromper les animaux. J’ai une existence très saine en dehors des tournages. C’est peut-être là que réside la clé pour avoir le meilleur des deux mondes.