École : Les fenêtres sont-elles presque toujours à gauche en classe ?
La vidéo TikTok avec la phrase « Moi quand j’ai réalisé que je n’ai jamais eu de salle de classe avec les fenêtres à droite » a près de 300.000 likes. Selon Jean-Michel Buron de l’agence Epicuria Architectes, « la lumière est importante pour pouvoir écrire » et les fenêtres sont donc le plus souvent installées à gauche pour éviter les ombres sur les copies des droitiers.
Une vidéo TikTok attirante a récemment captivé l’attention des internautes, notamment à deux heures du matin, suscitant un léger choc mental. Le message est le suivant : « Moi quand j’ai réalisé que je n’ai jamais eu de salle de classe avec les fenêtres à droite ». Ce post a reçu près de 300 000 likes et des milliers de réactions du type : « Attends une minute, bon sang ! », « c’est tellement vrai », « Mais qu’est-ce qui se passe, bordel ? », « Attends, mais t’as raison ».
Ce constat semble toucher de nombreuses personnes : beaucoup d’entre nous ont souvent dirigé leur regard vers la gauche, espérant apercevoir une réponse à une question de maths impossible. Mais qu’explique ce phénomène ? 20 Minutes s’est penché sur la question avec Jean-Michel Buron, de l’agence Epicuria Architectes, spécialiste des établissements scolaires.

Ombre sur les gauchers, lumière sur les droitiers
La réponse ne surprendra pas : « la lumière est importante pour pouvoir écrire. Les fenêtres sont donc à gauche pour que l’ombre portée ne soit pas sur la feuille… pour les droitiers ». En effet, 90 % des élèves étant droitiers, l’architecture scolaire s’adapte à cette majorité. La source de lumière naturelle est ainsi positionnée à gauche afin que l’ombre de la main ne dénature pas le travail écrit. Cette disposition est logique, mais elle n’est pas imposée par des règles strictes : « Il est possible d’inverser le sens d’une classe, et ainsi d’apporter la lumière de la droite, favorisant les gauchers, mais c’est très rare », explique l’architecte.
Jean-Michel Buron ajoute : « Ce qui est crucial dans une salle de classe, c’est d’avoir un éclairage latéral afin d’optimiser la lumière du jour sur le plan de table. Peu importe l’exposition de la salle ». Que celle-ci soit orientée au nord, au sud, à l’est ou à l’ouest, cela n’a pas d’impact. Le défi réside, par la suite, dans la maîtrise de cette lumière pour éviter l’éblouissement, ce qui peut être réalisé avec des brise-soleil orientables, des stores ou des protections solaires adéquates.
La question de la lumière en classe remonte au XXe siècle
En analysant l’historique, on constate que la gestion de la lumière dans les salles de classe était un sujet d’importance depuis longtemps. Selon Architecture 50, c’est la lutte contre la myopie et la scoliose au début du XXe siècle, associée à l’apparition des théories hygiénistes après 1918, qui a incité l’État et les architectes à concevoir des classes plus saines, avec davantage de lumière et de ventilation.
Dans les années 1930, les salles étaient conçues avec des ouvertures donnant sur la cour, dotées de grandes fenêtres et un couloir lumineux équipé de baies vitrées, se souvient Jean-Michel Buron. La lumière pénétrait alors des deux côtés.
Cependant, dans les années 1960, avec le baby-boom, ce « luxe » s’est estompé : l’État a introduit un cahier des charges très strict pour bâtir un maximum de classes : « des modules de 50 m², hauteur standard, préfabriqué. Les écoles étaient donc modulables pour une construction rapide. » Cela explique la similarité de nombreuses écoles, toutes avec des fenêtres orientées à gauche.
L’arrivée des écrans en cours change la donne
Aujourd’hui, bien que les normes (safety, accessibilité, incendie) soient toujours en vigueur, les architectes ont regagné une certaine liberté : on repense l’espace et se concentre sur l’ergonomie.
Avec l’introduction des écrans et tablettes en classe, la position des fenêtres devient moins cruciale : droitiers et gauchers sont désormais dans la même situation, l’accent étant mis sur les stores occultants et la gestion du flux lumineux. Néanmoins, le principe de base demeure. « La lumière dans un établissement scolaire est primordiale. Il est essentiel de la laisser entrer et ensuite de la maîtriser pour le confort des utilisateurs », conclut Jean-Michel Buron.

