France

Municipales 2026 : enjeux par parti pour gagner et garder la ville

Les élections municipales sont prévues les 15 et 22 mars prochains, et les partis politiques sont pleinement engagés dans la compétition. Le Rassemblement National vise « plusieurs dizaines de communes » et a présenté au moins 650 listes pour renforcer son ancrage territorial.


La campagne électorale entre dans sa phase décisive. À quelques jours des élections municipales, qui se dérouleront les 15 et 22 mars prochains, les partis politiques se préparent intensément. À un an de l’élection présidentielle, ce scrutin local aura des implications nationales. Quels enjeux pour les différents partis ? Voici un état des lieux.

## Rassemblement national

Le parti dirigé par Jordan Bardella souhaite confirmer sa dynamique nationale à l’échelle locale. Le président du RN a fixé un objectif de « plusieurs dizaines de communes » à conquérir sur l’ensemble du territoire. Pour atteindre cet objectif, le RN a présenté un nombre record de listes, au moins 650 (contre 400 en 2020). L’ambition est de renforcer l’ancrage territorial en vue des élections sénatoriales de 2026… et surtout de la présidentielle de 2027.

**La ville à gagner : Marseille**
Le RN espère voir la deuxième ville de France lui échapper. Ce scénario, inimaginable en 2020, est désormais à sa portée, le candidat Franck Allisio étant donné très proche au premier tour du maire sortant divers gauche, Benoît Payan. Une quadrangulaire au second tour pourrait ouvrir la voie à une victoire du RN dans cette ville de près de 900.000 habitants, un véritable bouleversement à un an de la présidentielle.

**La ville à garder : Perpignan**
Conquise en 2020, Perpignan est actuellement la plus grande ville sous l’administration du parti à la flamme. Le maire sortant, Louis Aliot, est le grand favori dans cette commune de plus de 120.000 habitants, face à une opposition de droite et une gauche fragmentée. Cependant, en cas de réélection, il pourrait être contraint de démissionner l’été prochain si la justice le déclare inéligible dans l’affaire en appel des assistants parlementaires du RN.

## Parti socialiste

À l’opposé, les socialistes rencontrent des difficultés au niveau national, mais conservent une solide assise locale. En multipliant les alliances à gauche, notamment avec les écologistes, le PS vise à maintenir son contrôle sur de nombreuses villes, y compris cinq des dix plus grandes communes de France.

**La ville à gagner : Toulouse**
Le candidat socialiste François Briançon espère renverser le maire sortant de droite, Jean-Luc Moudenc, en poste depuis 2014. Pour l’emporter, le PS devra probablement fusionner avec La France insoumise au second tour, alors que les relations sont tendues depuis des mois au niveau national.

**La ville à garder : Paris**
Le Parti socialiste souhaite préserver sa mainmise sur la capitale. Après douze ans d’Anne Hidalgo, son premier adjoint Emmanuel Grégoire a réussi à rassembler toute la gauche… sauf LFI. Il pourrait avoir besoin des voix de la candidate insoumise Sophia Chikirou au second tour pour battre Rachida Dati.

## Les Républicains

Bruno Retailleau mise gros sur ce scrutin. Le président des Républicains, qui a annoncé sa candidature à la présidentielle dans une indifférence générale, espère provoquer une « vague bleue » pour rebondir. Le parti veut maintenir sa présence locale et récupérer des villes que la gauche a conquises lors des dernières municipales, comme Paris, Marseille ou Besançon.

**La ville à gagner : Grenoble**
Grenoble, première grande conquête des écologistes en 2014, verra un nouveau maire, puisque le sortant Eric Piolle ne se représente pas. La droite mise sur Alain Carignon, 77 ans, pour défier Laurence Ruffin, soutenue par les écologistes. Ancien maire RPR, condamné à cinq ans de prison pour corruption, il avait échoué à reprendre la ville en 2020. Sa campagne, axée sur la sécurité, a attiré une liste centriste et pourrait bénéficier de la présence d’une candidature insoumise au second tour.

**La ville à garder : Nîmes**
Nîmes est la plus grande ville sous contrôle des Républicains et un bastion de la droite depuis près de vingt-cinq ans. Toutefois, le maire Jean-Paul Fournier, 80 ans, a choisi de ne pas se représenter, initiant une lutte pour sa succession. Franck Proust, le candidat LR, fait face à un dissident, Julien Plantier, mais également à une liste d’union de la gauche (hors LFI) dirigée par le communiste Vincent Bouget. Le RN, qui a remporté les six sièges de députés du Gard, a investi son vice-président et eurodéputé, Julien Sanchez.

## La France insoumise

LFI considère ces municipales comme un échauffement en vue de la présidentielle. Dans de nombreuses communes, les insoumis se présenteront d’ailleurs seuls, alors qu’écologistes, socialistes et communistes ont établi des accords dès le premier tour. La France insoumise espère diriger certaines municipalités et pourrait jouer un rôle d’arbitre au second tour dans plusieurs villes, comme Paris, Marseille ou Nantes.

**La ville à gagner : Roubaix**
Le parti de Jean-Luc Mélenchon a ciblé cette ville populaire du Nord. Le député local, David Guiraud, est le candidat de LFI. Pour renverser le maire de droite, l’insoumis devra surmonter l’abstention et devancer l’autre liste d’union de la gauche dans cette ville de 100.000 habitants, l’une des plus pauvres de France.

**La ville à (re) garder : Saint-Denis**
Ambitieux dans l’ancienne ceinture rouge autour de Paris, les insoumis espèrent gagner des villes en Seine-Saint-Denis, où LFI est fortement représentée lors des scrutins nationaux. À Saint-Denis, l’insoumis Bally Bagayoko veut détrôner le maire sortant Mathieu Hanotin. Dans cette ville d’Île-de-France, la plus peuplée après Paris, la campagne est très tendue, symbolisant les luttes des gauches sur tout le territoire.

## Les Écologistes

Après la vague verte de 2020, les écologistes craignent de perdre plusieurs de leurs bastions, dans un contexte de tensions avec leurs différents partenaires de gauche. En s’alliant principalement avec les socialistes, les écologistes espèrent minimiser les pertes dans la dizaine de grandes villes conquises il y a six ans, où ils devront parfois faire face aux insoumis.

**La ville à gagner : Metz**
Marine Tondelier, dirigeante des Écologistes, a ciblé la préfecture de Moselle. Jérémy Roques, tête de liste écologiste, doit se hisser en tête à gauche et réussir l’union avec les socialistes et les insoumis pour renverser le maire sortant François Grosdidier, ex-député et sénateur LR. En 2020, la gauche avait échoué à l’emporter pour 197 voix.

**La ville à garder : Bordeaux**
L’élection de 2020 avait été marquée par une surprise, avec Pierre Hurmic renversant Alain Juppé, après soixante-treize ans de domination à droite. L’écologiste est candidat à sa réélection face au député macroniste Thomas Cazenave et à l’outsider inattendu Philippe Dessertine. Cinq candidats pourraient se qualifier au second tour, laissant place à d’éventuelles alliances pour remporter le scrutin.

## Le bloc macroniste

Le gouvernement s’est montré assez discret, optant pour une stratégie de profil bas pour ces municipales. La présidentielle étant déjà dans toutes les têtes, les partis de l’ancienne majorité partent parfois divisés à l’échelle locale, comme à Paris. Ce contraste est frappant par rapport à la stratégie de 2020, où la macronie visait la conquête de nombreuses villes, avec des résultats peu probants.

**La ville à gagner : Lyon**
Jean-Michel Aulais bénéficie du soutien d’Horizon, MoDem, Renaissance, et même des Républicains pour tenter de battre Grégory Doucet. Selon les sondages, et malgré une campagne parfois difficile, l’ancien président de l’Olympique lyonnais a des chances de succéder au maire écologiste sortant, prétendant recueillir 45 % des voix au premier tour, loin devant son concurrent.

**La ville à garder : Le Havre**
Edouard Philippe espérait que sa réélection soit un tremplin pour la présidentielle. Mais le maire Horizons sortant, déjà candidat à l’Élysée, peut-il perdre dans sa propre ville ? Un sondage Opinionway publié fin février indique pour la première fois que l’ancien Premier ministre pourrait être battu par la liste unie de la gauche, menée par le communiste Jean-Paul Lecoq. Une surprise possible ? En cas de défaite, « je ne serais pas dans une bonne position pour essayer de convaincre les Français », a déjà averti Édouard Philippe.