Comprendre le conflit Iran-États-Unis-Israël en 10 questions.
Les États-Unis et Israël invoquent la légitime défense pour justifier leurs frappes contre l’Iran, bien qu’aucune autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU n’ait été donnée. Environ 900 Belges ont demandé à être rapatriés depuis la région du Golfe, avec quatre vols prévus le week-end du 7 mars pour évacuer le plus grand nombre de personnes possible.
1. Pourquoi Israël et les États-Unis bombardent-ils l’Iran ?
Les États-Unis et Israël justifient leurs frappes en évoquant la menace nucléaire que représenterait l’Iran. Cependant, quelques semaines avant le début des hostilités, des négociations étaient en cours entre Washington et Téhéran concernant le programme nucléaire iranien. Le président américain Donald Trump estime que ces discussions ne fournissaient pas de garanties suffisantes. Les États-Unis affirment vouloir empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire à tout prix. Sur plusieurs chaînes de télévision américaines, certains responsables parlent même d’un délai de quelques semaines avant que Téhéran ne puisse développer une bombe atomique.
Cependant, cet argument est contesté par certains médias américains, y compris le New York Times. Le journal rappelle les récentes déclarations d’un médiateur omanais à Genève, selon lesquelles les délégations iranienne et américaine étaient proches d’un accord sur le programme nucléaire avant les frappes.
Pour sa part, la République islamique d’Iran rejette ces accusations et refuse d’abandonner l’enrichissement de l’uranium, qu’elle considère comme un droit souverain. D’autres points de tension alimentent également la crise, notamment l’arsenal militaire iranien et le soutien de Téhéran à plusieurs groupes armés de la région, incluant le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza et les Houthis au Yémen. Ces organisations sont hostiles à Israël, qui est un allié stratégique des États-Unis au Moyen-Orient.
La décision d’intervention militaire américaine en Iran aurait également été encouragée par son partenaire régional, Israël, engagé depuis plusieurs mois dans une confrontation indirecte avec la République islamique. L’État hébreu cible régulièrement des groupes armés soutenus par Téhéran dans divers pays de la région.
Selon le quotidien américain Washington Post, le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, aurait également multiplié les appels à Donald Trump ces derniers mois pour plaider en faveur d’une intervention militaire contre l’Iran, tout en affichant officiellement son soutien à une solution diplomatique.
2. Est-ce que l’intervention américaine et israélienne est légale ?
Selon le droit international, l’usage de la force entre États est généralement interdit par la Charte des Nations unies. Deux exceptions existent : une autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU ou l’exercice du droit de légitime défense en cas d’attaque armée.
Dans le cadre des frappes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran, aucune autorisation du Conseil de sécurité n’a été accordée. Les deux pays invoquent donc la légitime défense, se considérant confrontés à une menace iranienne. Toutefois, cette justification repose en partie sur un argument de légitime défense préventive, c’est-à-dire frapper avant qu’une attaque ne se produise. Pourtant, selon Pierre d’Argent, interrogé peu après le début des bombardements en Iran, ce principe de légitime défense est relatif : « s’il y a véritablement une attaque dont on sait qu’elle va se dérouler, et qu’il y a lieu de la préempter. On est loin de ça. L’Iran crie mort à l’Amérique depuis 1979, on ne va pas dire qu’il y a une situation d’imminence. »
Dans ces circonstances, plusieurs spécialistes du droit international estiment que ces frappes sont difficilement compatibles avec la Charte de l’ONU, bien que le débat demeure ouvert sur le plan politique et juridique.
3. Pourquoi l’Iran et Israël sont-ils rivaux ?
La rivalité entre l’Iran et Israël résulte d’une combinaison de facteurs historiques, politiques et stratégiques.
Avant 1979, les relations entre les deux pays étaient relativement bonnes : l’Iran du sha et Israël coopéraient. Cependant, la révolution islamique de 1979 a radicalement changé la situation. Le nouveau régime, dirigé par l’ayatollah Khomeini, a rompu les relations avec Israël, le qualifiant d’État illégitime et le désignant même comme « Petit Satan », transformant ainsi progressivement les deux pays en ennemis.
Depuis lors, l’opposition s’est intensifiée sur plusieurs fronts. L’Iran soutient et finance des groupes armés hostiles à Israël, tels que le Hezbollah au Liban et le Hamas dans les territoires palestiniens, qui mènent régulièrement des actions contre l’État israélien. Pour Israël, ce réseau d’alliés pro-iraniens constitue une menace directe pour sa sécurité et crée l’impression d’être entouré de forces hostiles dans la région.
La rivalité est aussi liée à une lutte d’influence au Moyen-Orient. L’Iran vise à accroître son poids politique et militaire, tandis qu’Israël cherche à limiter cette influence, en particulier à travers le programme nucléaire iranien qu’il perçoit comme un danger majeur. Ainsi, même sans conflit direct durant longtemps, les deux États se sont affrontés par l’intermédiaire d’alliés, d’opérations secrètes et de tensions diplomatiques, expliquant l’hostilité persistante entre eux aujourd’hui.
4. Pourquoi Israël bombarde aussi le Liban ?
Israël bombarde le Liban en raison de l’escalade militaire qui touche cette région. Didier Billion, spécialiste cité par Public Sénat, explique que les frappes israéliennes sur le Liban font suite à des tirs de missiles du Hezbollah, un puissant mouvement armé libanais soutenu par l’Iran, en réaction aux attaques israélo-américaines contre l’Iran. En réponse à ces attaques, Tel-Aviv a lancé des raids aériens sur des positions du Hezbollah dans le sud du Liban et dans la banlieue sud de Beyrouth, ainsi qu’une offensive terrestre, provoquant des bombardements sur des zones peuplées et des ordres d’évacuation massifs pour des centaines de milliers de civils.
Pour Israël, l’objectif est de neutraliser les capacités militaires du Hezbollah, considéré comme une menace directe puisque le Liban est son voisin au nord, et de dissuader toute attaque future depuis ce territoire. Ce mouvement chiite, soutenu par l’Iran, a intensifié ses opérations contre Israël, poussant Tsahal à étendre ses opérations au-delà de la frontière israélo-libanaise.
Ainsi, le bombardement du Liban s’inscrit dans une logique d’escalade régionale. Le conflit dépasse la confrontation entre Israël et l’Iran et implique des acteurs comme le Hezbollah, intervenant depuis des territoires voisins. Cela entraîne un engagement militaire sur plusieurs fronts, et Israël élargit ses frappes au Liban pour couper les relais de tirs hostiles et affaiblir les infrastructures du Hezbollah, même au détriment d’une aggravation humanitaire dans le pays.
Cette nouvelle guerre est complexe pour la population libanaise. L’intérêt des citoyens n’est pas pris en compte par les forces politiques libanaises. Anthony Samrani, rédacteur en chef de « L’Orient Le Jour », explique à La Première que « le Hezbollah n’en a que faire de ceux qui croyaient encore en lui, de sa base populaire, la plus touchée par les frappes israéliennes, qui fuit leurs maisons« .
5. Pourquoi l’Iran bombarde aussi les Émirats Arabes Unis, le Koweït, le Bahreïn, l’Arabie saoudite, le Qatar, Dubaï et Chypre ?
Avant d’intensifier ses bombardements, l’Iran avait promis de riposter aux pays hébergeant des bases militaires américaines. Cependant, les frappes se sont étendues à des cibles civiles dans les monarchies de la région. Les drones iraniens ont visé des hôtels de luxe et l’aéroport à Dubaï, au Koweït et au Bahreïn, une raffinerie pétrolière a été touchée en Arabie saoudite, un port à Oman, des centrales électriques au Qatar, et des bâtiments de la société américaine Amazon aux Émirats arabes unis. Dans une interview avec la RTBF, la sociologue belgo-iranienne Firouzeh Nahavandi a expliqué que le régime iranien joue sa survie. « La riposte du régime islamique est forte. Il a décidé d’attaquer tous azimuts les pays voisins abritant des bases américaines. Il joue le tout pour le tout : il n’a plus rien à perdre.«
En outre, d’autres pays voisins, tels que Chypre, un pays européen, ont également été touchés par des drones, une base de la Royal Air Force britannique a été touchée. Cela a entraîné un renforcement des forces armées européennes autour de l’île. La France a dépêché son porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée et la Grèce a envoyé deux frégates et des F-16 en renfort à Chypre.
Cette stratégie vise à instaurer la peur chez les alliés des États-Unis afin qu’ils fassent pression sur Donald Trump pour qu’il mette fin aux frappes sur la République islamique. Cependant, ce dernier a déclaré lors d’une interview que « la plus grande vague de frappes sur l’Iran était encore à venir. »
Les suites des attaques en Iran
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6. L’Iran n’a plus de Guide suprême à sa tête. Que sait-on sur la suite ? Qui va prendre le pouvoir ?
Depuis l’annonce de la mort du Guide suprême iranien Ali Khamenei, la question de sa succession se pose. Plusieurs noms émergent, notamment celui de son fils, Mojtaba Khamenei ; du petit-fils de Ruhollah Khomeini, Hassan Khomeini ; de l’ancien président de la République islamique, Hassan Rohani ; ou encore de Sadeq Larijani.
Peu après l’annonce du décès du Guide suprême, un triumvirat a été institué, composé du président iranien Massoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï, et de l’ayatollah Alireza Arafi. Ce « Conseil de direction intérimaire » a pour mission d’assurer la transition jusqu’à la désignation d’un nouveau guide suprême par l’Assemblée des experts.
Avec ce triumvirat, le régime iranien veut montrer qu’il est toujours solide et que ses idéaux demeurent inchangés.
Donald Trump a assuré que les bombardements contre le régime islamique allaient se poursuivre, espérant ainsi que les Gardiens de la révolution, bras armé du régime, abdiquent et que la population puisse éventuellement saisir les rênes du pouvoir. À noter que près de 80% de la population iranienne se prononce contre le régime des mollahs, mais aucune insurrection n’est envisagée, car les Iraniens demeurent traumatisés par la répression sanglante de janvier, qui a causé des milliers de morts parmi les manifestants.
7. Qu’est-ce que le détroit d’Ormuz vient faire là-dedans ?
Un Jour, une Carte
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8. Pourquoi ce conflit a-t-il des conséquences sur le pétrole et le prix de l’énergie ?
En réponse au début de la guerre en Iran, le prix du baril de pétrole a explosé, passant de 60 dollars à près de 90 dollars en quelques jours. Le prix du gaz a également suivi cette tendance, avec une augmentation de 65% depuis le début des bombardements. Pour certains experts, comme Xavier Timmermans, économiste stratégique et spécialiste des matières premières et de l’énergie, il n’y a pas à s’inquiéter. « En 2022, on est allé jusqu’à 138,71 dollars à un certain moment« , rappelle-t-il.
L’Iran et ses voisins du Golfe sont des producteurs clés, une part importante du pétrole et du gaz destinés aux marchés mondiaux transitant par le détroit d’Ormuz, un goulet maritime stratégique. Toute menace sur ce passage ou interruption effective du trafic entraîne une hausse immédiate des prix, sachant qu’environ un cinquième du pétrole mondial y transite chaque jour.
Augmentation du pétrole
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9. L’Europe va-t-elle entrer en guerre ? Va-t-on vers une troisième Guerre mondiale ?
L’Europe se trouve dans une position délicate. Aucun pays européen n’a officiellement décidé de participer directement aux opérations militaires. Les gouvernements insistent sur leur rôle principalement diplomatique, axé sur la désescalade, la protection des citoyens et des intérêts européens, sans intervention offensive. La Première ministre italienne Giorgia Meloni résume bien la situation : « cette guerre n’est pas la nôtre. »
Cependant, l’Europe n’est pas complètement absente du théâtre des opérations. Plusieurs États ont permis l’accès à leurs bases pour des opérations de soutien logistique ou défensif, notamment dans le Golfe et à Chypre.
La situation est compliquée par le fait que l’Europe n’est pas unie dans sa manière d’agir. Certains pays, comme l’Espagne, refusent toute participation directe, tandis que d’autres, comme le Royaume-Uni ou l’Italie, laissent la porte ouverte à une coopération plus active sous certaines conditions. L’Union européenne n’a pas activé de clause d’assistance militaire mutuelle.
De son côté, l’Iran multiplie les avertissements : tout pays européen participant aux frappes dirigées par Washington et Téhéran serait considéré comme un ennemi et une cible légitime pour des représailles.
En somme, l’Europe n’est pas en guerre contre l’Iran, mais ses actions diplomatiques, ses mesures de protection et ses réactions économiques l’y impliquent déjà.
10. Comment se passe le rapatriement des Belges des pays du Golfe ?
Environ 900 Belges ont demandé à être rapatriés depuis la région du Golfe, alors que la Belgique a prévu quatre vols ce week-end du 7 mars pour évacuer le plus grand nombre de personnes possible de cette zone touchée par la guerre, a indiqué Laurens Soenen, porte-parole du ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot (Les Engagés). Le premier vol, destiné à ramener 184 Belges d’Oman, était prévu dans la nuit de samedi à dimanche.

