Le prix de l’essence augmente : le gouvernement ne va-t-il pas actionner le cliquet inversé ?
Le prix du pétrole était à 130 dollars le baril de brent en 2022, et ce vendredi, il a dépassé les 90 dollars « seulement ». La formule du « cliquet inversé » a été appliquée pour la première fois en 2005, et la dernière fois, elle a été utilisée par le gouvernement Michel de fin 2015 à 2018 uniquement pour le diesel.
La dernière fois que le sujet a été abordé, le prix du pétrole atteignait 130 dollars le baril de brent sur les marchés, en pleine crise des coûts de l’énergie suite au déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022. Ce vendredi, il a chuté à plus de 90 dollars « seulement ». En 2022, le litre de diesel dépassait largement les 2 euros à la pompe, ce qui n’est pas (encore ?) le cas aujourd’hui. Toutefois, le gouvernement pourrait-il être contraint d’appliquer le « cliquet inversé » ?
Pour comprendre son fonctionnement, il est essentiel d’abord d’examiner le cliquet, puis la composition du prix de l’essence à la pompe.
### 50 % du prix à la pompe est constitué de taxes
D’après les données d’Energia, la fédération belge des entreprises de l’énergie, l’essence représente environ 35 % du prix final, tandis que les marges et coûts de distribution atteignent 15 %. Environ 50 % restants correspondent donc aux taxes reversées à l’État.
Plus précisément, chaque litre d’essence ou de diesel comprend actuellement 60 centimes d’accises. Ce montant est fixe et ne varie ni à la hausse ni à la baisse en fonction de facteurs extérieurs. Ensuite, une TVA de 21 % est appliquée, en fonction des coûts précédents, y compris ceux de l’essence, de la distribution et des accises.
### Un cliquet pour sauver les finances de l’État quand les prix baissent
Le niveau des accises est pour l’heure fixé à 60 centimes par litre. En revanche, le taux de TVA varie directement en fonction du prix de l’essence. Si le prix de l’essence diminue fortement, la TVA de 21 % générera alors moins de revenus pour l’État, ce qui pourrait impacter les finances publiques. Pour cela, l’État utilise un système de cliquet : si le prix de l’essence chute trop, la moitié de cette baisse est compensée par une augmentation des accises, permettant de maintenir une partie des recettes fiscales. Ce mécanisme a été activé en mars 2023 lorsque les prix de l’essence avait considérablement diminué.
Le cliquet inversé fonctionne de la manière opposée. Si les prix de l’essence augmentent trop, cela devient pénalisant pour les consommateurs et, simultanément, l’État voit ses recettes fiscales s’élever grâce à la TVA de 21 %, qui est directement corrélée au prix de l’essence. Dans ce cas, l’État pourrait « restituer » une partie de ses bénéfices aux consommateurs en réduisant les accises, ce qui ousgemble également une baisse de la TVA. Cependant, l’activation de ce cliquet inversé n’entraîne qu’une légère diminution du prix, se chiffrant en quelques centimes d’euros par litre.
« Pour les pouvoirs publics, c’est une mesure peu onéreuse car ils perçoivent plus d’argent lorsque les prix sont bas et moins lorsque ceux-ci sont élevés, compensant ainsi les deux situations », explique Philippe Defeyt, économiste et fondateur de l’Institut pour un Développement Durable.
> « Il faut avoir conscience qu’en faisant cela, on aide aussi bien les petits revenus que les gros revenus. »
**Philippe Defeyt, économiste et fondateur de l’Institut pour un Développement Durable.**
Ainsi, cette formule profiterait à tous, tant aux particuliers qu’aux entreprises. « Cela a donc l’avantage d’atténuer la hausse des prix, de ralentir l’inflation et d’amortir l’indexation des salaires, des pensions et des allocations », précise l’économiste. « Mais il est essentiel d’être conscient qu’en agissant de cette manière, on applique une mesure générale qui bénéficie aussi bien aux petites qu’aux grandes revenus. »
En alternative, le gouvernement pourrait opter pour une aide ciblée aux ménages les plus nécessiteux, par exemple via des chèques. Philippe Defeyt rappelle que les prix d’aujourd’hui ne sont pas encore ceux de 2022, que ce soit pour le carburant ou pour le gaz et l’électricité.
Le cliquet inversé a été mis en œuvre pour la première fois en 2005 et a ensuite été réintroduit à plusieurs reprises. La dernière activation a eu lieu sous le gouvernement Michel entre fin 2015 et 2018, uniquement pour le diesel. En 2022, lors de la crise des prix de l’énergie, il n’a finalement pas été appliqué.
### Vooruit le demande, les autres partis du gouvernement attendent
Le président des socialistes flamands, Conner Rousseau (Vooruit), a évoqué la possibilité d’appliquer le mécanisme du « cliquet inversé » si les prix continuaient d’augmenter. De son côté, le président des Engagés, Yvan Verougstraete, a plaidé pour un plafonnement temporaire des prix de l’énergie pour les consommateurs et les entreprises, avec compensation de l’État, afin de prévenir une éventuelle flambée des prix de l’énergie consécutive à la guerre en Iran.
Interrogés jeudi à la Chambre, les ministres des Finances, Jan Jambon, et de l’Énergie, Mathieu Bihet, n’ont pas pour l’instant répondu favorablement à la suggestion d’activer le cliquet inversé. « Si les prix de l’énergie atteignent des sommets et si cette hausse demeure structurelle, le gouvernement ne peut évidemment pas rester inactif », a d’abord déclaré Jan Jambon. « Dans le même temps, l’histoire nous apprend que céder à la panique dans ce domaine n’est pas une bonne stratégie. De plus, nous sommes aujourd’hui encore loin des niveaux de prix atteints après l’invasion russe en Ukraine. Tout le monde espère que la guerre se terminera rapidement et que les prix de l’énergie diminueront. C’est pourquoi nous continuons à suivre de près la situation. »
« Nous n’excluons rien pour l’instant », a ajouté Mathieu Bihet. « L’essentiel, à ce stade, est d’évaluer objectivement l’impact sur les consommateurs. » Une éventuelle hausse des prix ce lundi lors de l’ouverture des marchés, suite aux nouveaux bombardements du week-end, sera particulièrement scrutée, et ce, pas uniquement par ceux qui feront le plein.

