Dar Monastiri : deux siècles d’histoire dans la médina de Tunis
Dar Monastiri, située au numéro 9 de la rue Monastiri à Tunis, a été construite sous le règne de Mahmoud Bey entre 1814 et 1824. Classée monument historique en 1922, elle a servi plusieurs fonctions au XXᵉ siècle, devenant en 2017 le Centre national de la calligraphie.

Dans une ruelle discrète de la médina de Tunis, près du mausolée de Sidi Mahrez, une grande porte en bois verte attire l’attention. Derrière cette porte se trouve Dar Monastiri, parfois appelée Dar Mestiri, une vaste maison construite au début du XIXᵉ siècle, qui abrite aujourd’hui le Centre national de la calligraphie. Au sein de ces murs épais, le travail patient des calligraphes s’entrelace avec l’histoire de la médina, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979.
Une maison donnée à un notable de Tunis
La maison, sise au numéro 9 de la rue Monastiri, a été bâtie sous le règne de Mahmoud Bey (1814-1824). Selon les archives historiques, elle aurait été construite par le prince Hussein, fils du bey, avant d’être offerte à Mohamed Monastiri, un notable et chaouachi (artisan et marchand de chéchias) de Tunis. L’historien et homme d’État tunisien Ahmed Ibn Abi Dhiaf mentionne son statut dans la société tunisienne au début du XIXᵉ siècle. À sa mort en 1821, la maison fut léguée à son fils, qui continua l’activité commerciale de la famille dans le souk des chaouachines.
L’architecte et historien français Jacques Revault a également étudié ces résidences urbaines dans son ouvrage Palais et demeures de Tunis (XVIIIᵉ-XIXᵉ siècles), analysant l’évolution des plans, des matériaux et des décors sous les dynasties mouradite et husseinite. Au fil du temps, Dar Monastiri a changé de mains. Une partie de la propriété a été cédée à l’État, tandis qu’une autre a été acquise par la famille Fourati, qui a entrepris d’importants travaux de restauration à la fin du XIXᵉ siècle.
Une architecture typique des grandes maisons de la médina
Comme beaucoup de grandes demeures de la vieille ville, Dar Monastiri se compose d’un vaste patio central, qui constitue le cœur de la maison, entouré de pièces d’habitation. Les visiteurs sont d’abord accueillis par une imposante porte à double battant, percée d’une petite ouverture appelée bab el-khoukha, jadis utilisée pour entrer sans ouvrir le portail principal.
La maison comprend deux niveaux, bordés de galeries à arcades. Certaines salles présentent un plan en T, inspiré de l’iwan, une forme architecturale commune dans le monde islamique. À l’étage, les fenêtres sont décorées de moucharabiehs, localement appelés qannariyya, qui offrent à la fois intimité et circulation d’air et de lumière.
Les murs sont ornés de carreaux de céramique à motifs traditionnels, aux teintes dominantes de vert et de jaune, accompagnés de marbre, de stuc sculpté et de bois travaillé, dans un style andalou-mauresque. Selon Yassine Mokrani, directeur du Centre national de la calligraphie et conservateur principal à l’Institut National du Patrimoine, la maison était dotée de plusieurs dispositifs traditionnels pour la collecte des eaux de pluie, tels que des citernes appelées majels, et un puits y a probablement existé. L’épaisseur des murs, proche d’un mètre, permettait de conserver une température fraîche en été et chaude en hiver.
Demeure historique, lieu de transmission artistique
Classée monument historique en 1922, Dar Monastiri a exercé plusieurs fonctions au XXᵉ siècle : Institut des Arts et Métiers (1924), Office de l’Enseignement de l’Artisanat (1933), puis Centre régional des arts tunisiens (1940). Après une importante campagne de rénovation en 1992 par l’Institut National du Patrimoine, la maison a retrouvé une vocation culturelle. Elle a accueilli le Centre national de traduction, avant de devenir en 2017 le Centre national de la calligraphie.
Aujourd’hui, dans les salles qui entourent le patio, des élèves de tous âges apprennent l’art de la calligraphie arabe, s’initiant aux styles naskh, diwani, thuluth, rqaa, maghrébin, ainsi qu’aux techniques d’ornementation islamique. Des expositions, ateliers et rencontres artistiques y sont régulièrement organisés, incluant des projets de numérisation de la calligraphie.
Entre mémoire et création
Sous la douce lumière du patio, le silence est parfois rompu par le léger frottement du calame sur le papier. Là où se trouvaient jadis les occupants d’une maison de notable, l’art de la lettre arabe se transmet aujourd’hui. Selon Yassine Mokrani, un projet est en cours pour transformer la maison en musée des inscriptions et des arts calligraphiques.
Dar Monastiri représente également l’art de vivre des élites urbaines tunisiennes aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, où patrimoine, mémoire et création se conjuguent. Deux siècles après sa construction, la demeure continue de raconter son histoire et d’harmoniser architecture, mémoire urbaine et art de l’écriture, au cœur de la médina de Tunis.

