Dar Monastiri : deux siècles d’histoire au cœur de la médina tunisienne
Dar Monastiri, parfois appelée Dar Mestiri, est une grande demeure du début du XIXᵉ siècle située au numéro 9 de la rue Monastiri et qui abrite aujourd’hui le Centre national de la calligraphie. Classée monument historique en 1922, elle a connu plusieurs fonctions au XXᵉ siècle, dont celles d’Institut des Arts et Métiers en 1924 et de Centre régional des arts tunisiens en 1940.

Dans une ruelle discrète de la médina de Tunis, près du mausolée de Sidi Mahrez, une imposante porte en bois peinte en vert capte l’attention. Derrière ce seuil se trouve Dar Monastiri, parfois désignée Dar Mestiri, une vaste demeure datant du début du XIXᵉ siècle qui abrite aujourd’hui le Centre national de la calligraphie. Dans ses murs épais, l’effort patient des calligraphes s’entrelace avec l’histoire de la médina, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979.
Une maison offerte à un notable de Tunis
La maison, sise au numéro 9 de la rue Monastiri, fut construite sous le règne de Mahmoud Bey (1814-1824). Selon les sources historiques, elle aurait été érigée par le prince Hussein, fils du bey, avant d’être offerte à Mohamed Monastiri, un notable et chaouachi (artisan et commerçant de chéchias) de Tunis. L’historien et homme d’État tunisien Ahmed Ibn Abi Dhiaf mentionne son rôle dans la société de la capitale au début du XIXᵉ siècle. À sa mort en 1821, la maison fut héritée par son fils, qui poursuivit l’activité commerciale familiale dans le souk des chaouachines.
L’architecte et historien français Jacques Revault a également documenté ces résidences urbaines dans son étude Palais et demeures de Tunis (XVIIIᵉ-XIXᵉ siècles), analysant l’évolution des plans, matériaux et décors durant les dynasties mouradite et husseinite. Au fil des ans, Dar Monastiri a changé de mains plusieurs fois. Une partie de la propriété a été restituée à l’État, tandis qu’une autre a été acquise par la famille Fourati, qui a réalisé des travaux de restauration significatifs à la fin du XIXᵉ siècle.
Une architecture représentative des grandes maisons de la médina
Comme de nombreuses grandes demeures de la vieille ville, Dar Monastiri s’organise autour d’un vaste patio central, élément central de la maison, autour duquel se distribuent les pièces de vie. Le visiteur est d’abord accueilli par une grande porte à deux battants, percée d’une petite ouverture nommée bab el-khoukha, autrefois utilisée pour entrer sans ouvrir le portail principal.
La maison comprend deux niveaux entourés de galeries à arcades. Certaines salles ont un plan en T, inspiré de l’iwan, une forme architecturale commune dans le monde islamique. À l’étage, les fenêtres sont décorées de moucharabiehs, appelés localement qannariyya, permettant d’assurer à la fois intimité et circulation de l’air et de la lumière.
Les murs sont embellis de carreaux de céramique aux motifs traditionnels, dominés par les teintes vertes et jaunes, agrémentés de marbre, de stuc sculpté et de bois finement travaillé, créant une esthétique andalou-mauresque. Selon Yassine Mokrani, directeur du Centre national de la calligraphie et conservateur principal à l’Institut National du Patrimoine, la maison possédait plusieurs dispositifs traditionnels pour la collecte des eaux de pluie, tels que des citernes appelées majels, et un puits a probablement existé. L’épaisseur des murs, proche d’un mètre, permettait de préserver la fraîcheur durant l’été et la chaleur pendant l’hiver.
Demeure historique et lieu de transmission artistique
Classée monument historique en 1922, Dar Monastiri a connu diverses fonctions au XXᵉ siècle : Institut des Arts et Métiers (1924), Office de l’Enseignement de l’Artisanat (1933), puis Centre régional des arts tunisiens (1940). Après une vaste campagne de restauration en 1992 par l’Institut National du Patrimoine, la maison a retrouvé un rôle culturel. Elle a d’abord accueilli le Centre national de traduction, avant de devenir en 2017 le Centre national de la calligraphie.
Actuellement, dans les salles entourant le patio, des élèves de tous âges s’initient à l’art de la calligraphie arabe, apprenant le naskh, le diwani, le thuluth, la rqaa, le style maghrébin, ainsi que les techniques d’ornementation islamique. Des expositions, ateliers et rencontres artistiques y sont régulièrement organisés, englobant des projets de numérisation de la calligraphie.
Entre mémoire et création
Dans la lumière douce qui descend du patio, le silence est parfois troublé par le frottement du calame sur le papier. Là où résidaient autrefois les habitants d’une maison de notable, se transmet aujourd’hui l’art de la lettre arabe. Selon Yassine Mokrani, un projet est en cours pour transformer la maison en musée des inscriptions et arts calligraphiques.
Dar Monastiri illustre également l’art de vivre des élites urbaines tunisiennes aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, où patrimoine, mémoire et création se rencontrent. Deux siècles après sa construction, la maison continue de raconter son histoire et de faire dialoguer architecture, mémoire urbaine et art de l’écriture, au cœur de la médina de Tunis.

