Belgique

« Si je reviens en Iran, je risque d’être pendu » : Mohammad s’exile pour chanter contre le régime

Mohammad, alias Matin2Hanjare, est un artiste populaire en Iran avec 416 000 abonnés sur Instagram avant de devoir fermer son compte. Il a participé au mouvement “Femmes, vie, liberté” consécutif à la mort de Mahsa Amini, avant de s’exiler.

Mohammad, connu sous le nom de Matin2Hanjare, est un artiste très apprécié en Iran grâce à sa capacité à moduler sa voix. Le terme « 2 Hanjare » signifie « 2 gorges », une métaphore de son habileté à passer d’une voix très grave à une voix étonnamment douce.

Son succès (416 000 abonnés sur Instagram avant la fermeture de son compte, plusieurs centaines de milliers de vues sur YouTube) découle également de ses paroles. Il n’hésite pas à critiquer le régime en place, prenant des risques considérables. Dans un pays où la liberté d’expression est quasiment inexistante et où les sanctions vont jusqu’à la peine de mort, cela est notable. « En 20 ans, ils m’ont arrêté sept fois. On m’a mis la pression pour dénoncer mes collègues et on a qualifié ma musique de sataniste.« 

Le choix de l’exil

Après des années de censure, il a pris la décision de fuir afin de pouvoir s’exprimer librement en tant qu’artiste. « Je suis parti pendant la guerre des 12 jours (entre Israël et l’Iran, en juin 2025, ndlr). Il y avait de la confusion dans le pays et j’en ai profité pour fuir. » Ce départ marque le début d’un long voyage de plusieurs mois. Récemment, il est arrivé en France, où il a bénéficié d’une bourse artistique. Nous l’avons rencontré à Bruxelles, où il était en visite pour soutenir une manifestation de la diaspora iranienne contre le régime en place.

À présent, il ne redoute plus la répression. Sa mère est décédée récemment. Depuis, selon lui, le régime n’a plus aucun moyen de pression sur lui. « Tant qu’elle était en vie, je restais prudent. Quand elle est partie, ça a été un déclic pour que je lâche tout.« 

Suite à ce décès, il a décidé de quitter l’Iran pour publier des clips résolument anti-régime, où le Fondateur de la République islamique d’Iran, l’ayatollah Khomeini, est caricaturé avec des cornes de diable et où les paroles s’attaquent directement au régime. Des gestes dissidents qui, selon lui, pourraient lui coûter la vie. « Si je reviens au pays, je vais être pendu. J’espère simplement ne pas être torturé avant. Mais je suis tout de même heureux d’avoir sorti ces chansons, car je veux porter la voix des Iraniens qui sont encore là-bas.« 

Un soutien des manifestants

Mohammad a donc quitté l’Iran avant les massacres de janvier 2026, qui ont fait plusieurs milliers, voire des dizaines de milliers de morts, en quelques jours. Cela ne l’empêche cependant pas de soutenir avec force le mouvement de protestation violemment réprimé. Il avait d’ailleurs joué un rôle actif dans le mouvement “Femmes, vie, liberté”, déclenché par la mort de Mahsa Amini, avant de s’exiler. « Pour les jeunes, avoir une vie normale n’est qu’un rêve. Ils font face à la pression des balles. Ils sont prêts à mourir pour se libérer de ce gouvernement tyrannique.« 

L’artiste est clairement en faveur du retour du fils du Shah, qui avait été chassé du pouvoir lors de la révolution islamique de 1979. « En 1979, nous avons fait une erreur. Notre révolution a été confisquée. Il faut réparer cette erreur« , dit-il. Il est important de noter qu’il existe de nombreuses divergences dans la société iranienne et que, même au sein du mouvement contestataire, le retour de la monarchie ne fait pas l’unanimité.

Nous avons contacté l’ambassade d’Iran au sujet des arrestations de Mohammad et, plus largement, sur la question de l’autorisation de jouer de la musique en Iran. Nous n’avons pas reçu de réponse.