Belgique

Pairi Daiza envisage un sanctuaire pour dauphins en captivité.

Gaïa affirme que « le gouvernement veut réautoriser les delphinariums » lors de la révision du code du bien-être animal portée par le ministre Adrien Dolimont (MR). Selon le vétérinaire Thierry Jauniaux, les cétacés dont il est question sont en deuxième voire troisième génération en milieu artificiel.


Tout commence mercredi. Dans un communiqué largement diffusé, l’association Gaïa déclare que « le gouvernement veut réautoriser les delphinariums » lors de la révision du code du bien-être animal, portée par le ministre Adrien Dolimont (MR), prévue pour le lendemain. Cette annonce est qualifiée de « cadeau » à Pairi Daiza par l’association.

Le ministre dément fermement cette information, la qualifiant de « totalement fausse ». Il précise que « jamais la réflexion n’a été sur la table et elle ne le sera pas. […] Dans ce code, il n’y a aucune modification concernant les cétacés. » Rappelons que les delphinariums sont interdits en Wallonie depuis 2018.

Cela dit, une « réflexion générale sur les centres d’accueil et de recherche pour les cétacés » pourrait néanmoins être envisagée par le gouvernement régional. Le ministre-président ajoute que « la Wallonie, en termes de structures et de compétences en recherche, a le devoir de se poser la question de la place qu’elle pourrait jouer dans le cadre scientifique européen. Les fermetures massives de delphinariums et autres complexes de spectacles partout en Europe vont amener des dizaines d’animaux à trouver refuge dans d’autres structures. »

Pairi Daiza partage cet avis, mentionnant le sort des « dizaines de cétacés qui vivent actuellement dans des delphinariums appelés à fermer en Europe et qui n’ont aujourd’hui aucune solution d’accueil pour leurs animaux. » Ainsi, des dauphins pourraient être accueillis à Pairi Daiza, non pas pour le divertissement, mais comme un sanctuaire. Cela relance un débat, certes nouveau en Belgique, qui est déjà bien installé chez nos voisins français : que faire des cétacés ayant passé leur vie en captivité dans des delphinariums désormais fermés ?

Pour Thierry Jauniaux (ULiège), vétérinaire spécialisé en mammifères marins depuis 35 ans, il est hors de question de relâcher ces cétacés dans leur milieu naturel. Il explique que ces animaux évoluent dans des bassins très contrôlés, avec une eau filtrée et purifiée, et sont nourris avec une alimentation congelée, débarrassée de micro-organismes et de larves parasitaires. Il souligne que « ces animaux ne sont pas exposés à un environnement normalement contaminé. Leur système immunitaire n’est donc pas du tout fonctionnel. » Il prévient que les relâcher dans la nature engendrerait un stress immense, susceptible d’entraîner leur mort rapide face à des bactéries ou parasites inoffensifs dans un milieu naturel.

Muriel Arnal, fondatrice de l’association de défense des animaux One Voice, partage ce point de vue. Elle souligne que « ces animaux sont perdus pour l’espèce » et qu’à l’exception des dauphins capturés en mer n’ayant passé que quelques semaines ou mois en delphinarium, il n’est pas question de les libérer.

Bien que Thierry Jauniaux et Muriel Arnal s’accordent sur ce point, leurs visions divergent quant à la meilleure solution à offrir aux cétacés en captivité. Muriel Arnal prône la création de sanctuaires, des bras de mer clos où les animaux pourraient nager librement tout en recevant des soins.

Jauniaux, tout en reconnaissant que plusieurs initiatives européennes ont été envisagées pour intégrer ces animaux dans des enclos semi-naturels, précise que toutes ces propositions ont été rejetées par un comité d’experts internationaux. Il insiste sur l’importance des conditions environnementales, qui ne doivent pas causer de stress aux animaux ni permettre leur évasion, ce qui serait fatal pour eux.

Muriel Arnal, quant à elle, critique l’idée selon laquelle un milieu naturel serait toxique. Elle met en avant l’existence d’un premier sanctuaire semi-naturel, le San Paolo Dolphin Refuge, qui s’apprête à ouvrir ses portes au large de Tarente, en Italie.

Au-delà de ces projets, Jauniaux remarque qu’il y a peu d’autres solutions. Il évoque le fait de « fermer les yeux et les envoyer ailleurs, où ce sera pire, » citant des pratiques au Moyen-Orient où des piscines dans des hôtels permettent de nager avec des dauphins. Il mentionne également que certains suggèrent l’euthanasie, questionnant l’utilité d’investir pour sauver une soixantaine de dauphins. Sa dernière proposition serait de créer des structures semblables à des maisons de repos pour cétacés, où ils pourraient finir leur vie.

Jauniaux prend l’exemple du zooparc de Beauval en France, qui envisage de créer un centre de recherche pédagogique pour accueillir une partie des dauphins du précédent delphinarium Marineland, à Antibes. Ce centre se focaliserait sur la recherche, sans activités de spectacles.

Le vétérinaire souligne que 15 000 cétacés meurent chaque année dans les filets de pêche en Europe. En étudiant les comportements des dauphins en captivité, il pourrait être possible de développer des systèmes d’alarme acoustique pour réduire cette mortalité. « Si grâce à ces 67 dauphins, on arrive à réduire ne fût-ce que de 1% les mortalités par capture, on en sauverait 150 par an », illustre-t-il.

Cette justification n’apaise pas Muriel Arnal, qui argue que les animaux nés en captivité sont profondément modifiés et n’offriraient donc pas d’enseignement sur l’espèce sauvage. Elle s’oppose fermement au projet de Beauval, affirmant qu' »un sanctuaire, c’est dans la mer, pas dans du béton, » insistant sur l’importance de la tranquillité des animaux loin du public.

Enfin, même si ces cétacés ne sont pas utilisés pour des spectacles, ils seraient toujours détenus dans des bassins. Gaïa rappelle qu’un dauphin sauvage parcourt environ 100 kilomètres par jour et peut plonger jusqu’à 300 mètres. Selon Jauniaux, la raison de ce comportement est la recherche de nourriture. Il précise que les dauphins en Floride, qui sont nourris par des plaisanciers, se déplacent moins.

Il souligne que les cétacés mentionnés sont en deuxième ou troisième génération en milieu artificiel, et que leur « milieu naturel », pour eux, est un bassin. Il croit que, tout comme un Bruxellois associant son appartement à son milieu naturel, les dauphins ne connaissent pas autre chose.

Muriel Arnal, en réaction, souligne qu’il faut des milliers d’années pour qu’une espèce évolue. « Ce n’est pas parce que vous mettez un tigre dans une cage que la troisième génération supportera d’y rester, » ironise-t-elle. Elle insiste sur le fait que les animaux conservent leur nature intrinsèque, qui chez les dauphins, se manifeste par le besoin de nager en ligne droite et de ne pas être confrontés à des murs.

Avec la fermeture successive des derniers delphinariums, le sort des cétacés qui y étaient retenus suscite plus que jamais un débat incontournable.