Suppression d’emplois chez Proximus : le secteur des télécoms ne fléchit pas.
L’action Proximus a plongé de plus de 20% à l’annonce de son plan de restructuration le 27 février 2026. Le CEO de Proximus Stijn Bijnens a annoncé un nouveau plan menant à la suppression de 1200 emplois sur cinq ans, sans licenciement, avec l’objectif de « renouer avec la croissance ».
À l’annonce de son plan de restructuration, le 27 février 2026, l’action Proximus a chuté en quelques heures de plus de 20 %. Bien qu’elle se soit redressée depuis, se chiffrant à un peu plus de sept euros, sa valeur était de 18 euros il y a cinq ans et de 30 euros début 2016, représentant ainsi une division du cours de l’action par quatre en une décennie.
L’entreprise de télécommunications, majoritairement détenue par l’État belge, fait face à des difficultés propres à l’ensemble du secteur.
### Les télécoms, un monde en pleine mutation… et saturation
Le marché de l’abonnement téléphonique est en saturation en Europe, explique le professeur d’économie Nicolas van Zeebroeck : « On a des taux d’adoption des abonnements mobiles qui dépassent les 140 % de la population, c’est-à-dire qu’il y a plus d’un abonnement en circulation par habitant dans notre pays. Sur le fixe, on est à plus de 90 % de couverture des ménages. On ne peut plus vraiment grandir sur nos marchés des télécoms par acquisition de nouveaux utilisateurs. »
Les revenus stagnent dans un secteur concurrentiel qui pousse à la baisse des prix, d’autant plus depuis que l’Union européenne a supprimé les tarifs de roaming, ouvrant ainsi la concurrence à l’étranger. Les opérateurs doivent également investir massivement dans la modernisation des réseaux : fibre optique, antennes 5G, et bientôt 6G. Proximus doit rattraper un certain retard, selon le journaliste spécialiste des télécoms Arnaud Martin : « Ils ont tardé à remplacer leur ancien réseau par la fibre optique. Parce qu’il était assez bon, ils pouvaient se permettre de le garder plus longtemps. Proximus arrive assez tard, avec une facture d’environ neuf milliards d’euros, ce qui est assez énorme. »
De plus, les principaux bénéficiaires de ces investissements sont souvent les entreprises technologiques qui utilisent ces réseaux, notamment les GAFAM et les plateformes de streaming.
### Des choix stratégiques précédents qui n’ont pas vraiment payé pour Proximus
C’est dans ce contexte que le CEO de Proximus de l’époque, Guillaume Boutin, a justifié en 2019 un premier plan de transformation de l’entreprise, qui impliquait la suppression de 1300 équivalents temps plein. L’objectif était de réduire les coûts pour investir dans la modernisation du réseau, gagner des clients sur le marché intérieur et se développer à l’international. Six ans plus tard, ces objectifs n’étant pas atteints, Guillaume Boutin a quitté Proximus, remplacé par Stijn Bijnens, qui a annoncé un nouveau plan, menant à la suppression de 1200 emplois sur cinq ans, sans licenciement, avec l’objectif de « renouer avec la croissance ».
Les choix stratégiques effectués en 2019 ont été vivement critiqués, notamment la tendance à chercher des marges à l’étranger : « Est-ce que c’est le rôle d’une entreprise détenue à plus de 50 % par le public ? » interroge Arnaud Martin. « Ils ont beaucoup investi, notamment en Inde, dans des entreprises qui font de la double authentification. Et les croissances qui étaient annoncées ne sont pas spécialement au rendez-vous. » Le journaliste souligne également le « fantasme » dont ont été victimes les opérateurs, en visant un développement dans les contenus, applications et services, ce qui est particulièrement complexe face aux plateformes américaines comme Google.
### L’IA et une meilleure régulation pour redynamiser le secteur des télécoms ?
Arnaud Martin relie également les difficultés de l’entreprise aux défauts structurels du marché des télécommunications, marqués par la multiplication des infrastructures devant lesquelles les opérateurs doivent continuellement investir. « Dans d’autres secteurs comme le transport ferroviaire ou le réseau électrique, on ne reconstruit pas ni ne dédouble nécessairement l’infrastructure. Mais pour le réseau mobile, des réseaux parallèles ont été construits, » souligne-t-il. « Pour la fibre, il serait absurde de dédoubler, voire de tripler l’infrastructure. »
Il appelle le régulateur à encourager le partage des réseaux, comme cela est fait actuellement avec les antennes 5G. « Cela allégerait les investissements et offrirait plus de marge aux opérateurs. Il faut réintroduire une forme de vertu et de raison dans les comportements des opérateurs afin qu’ils collaborent plus intelligemment. »
Proximus a annoncé qu’une partie des emplois supprimés sera remplacée par de l’intelligence artificielle (IA) « dans plusieurs processus pour aider à simplifier l’organisation », selon le porte-parole de l’entreprise. Pour Arnaud Martin, le secteur des télécommunications est bien positionné pour intégrer l’IA, « étant donné qu’il est le plus digitalisé aujourd’hui », certaines tâches spécifiques pouvant être gérées par l’IA, « notamment la gestion d’infrastructures qui demande beaucoup de temps et de gestion de données. L’IA peut rendre les employés plus efficaces. Mais cela aura forcément un impact sur les travailleurs. » En Belgique, seulement 36 % des 16-24 ans ont des compétences numériques suffisantes pour s’adapter au marché de l’emploi avec l’IA, selon le Conseil supérieur de l’emploi.

