Guerre en Iran : « Israël peut réduire le Hezbollah à néant, mais ce serait à durée limitée »
La capitale du Liban, Beyrouth, est pilonnée par l’armée israélienne depuis quelques jours, en réponse à une attaque du Hezbollah libanais. Le gouvernement libanais a interdit les activités militaires du Hezbollah lundi, ce qui constitue une première dans l’histoire du Liban.
Des bâtiments détruits et des véhicules brûlés… Depuis plusieurs jours, Beyrouth, la capitale libanaise, est ciblée par l’armée israélienne en réponse à une attaque du Hezbollah libanais. Une incursion terrestre a également été lancée par l’armée israélienne au sud du pays. Malgré les appels au calme de son gouvernement, le Liban se retrouve plongé dans les troubles qui secouent le Moyen-Orient depuis le début de l’offensive américano-israélienne en Iran.
Pour analyser les motivations de Tel Aviv sur ce nouveau front et la situation du Liban, 20 Minutes a interrogé Laure Foucher, maîtresse de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), ainsi que Barah Mikail, professeur à l’université américaine Saint-Louis et spécialiste du Moyen-Orient.
Pourquoi Israël s’en prend-il au Liban aujourd’hui ?
Laure Foucher : « C’est une question de fenêtre d’opportunité. L’attaque du Hezbollah contre Israël était une occasion en or pour les Israéliens de relancer massivement les combats au Liban et de maximiser leurs objectifs, d’autant plus que les ressources du Hezbollah sont actuellement très limitées en raison de la situation en Iran. »
Barah Mikail : « Israël veut depuis longtemps éradiquer toute menace à sa frontière nord. Ce n’est pas une nouveauté ; à la fin des années 1970 et au début des années 1980, il y a eu deux invasions israéliennes. Nous sommes dans la continuité aujourd’hui. Cependant, la différence est que le Hezbollah s’est renforcé depuis. »
Quel est le véritable objectif de Tel Aviv ?
Barah Mikail : « La stratégie globale d’Israël est de démilitariser son environnement stratégique au Moyen-Orient, afin d’éliminer tout risque militaire vis-à-vis de son territoire. Cela s’est produit après la chute du régime de Bachar el-Assad en Syrie, et cela se joue aussi en Iran et, par conséquent, au Liban, à la frontière nord d’Israël. Nous observons également une tendance vers une forme d’amélioration des relations entre Israël et le gouvernement libanais, même si celles-ci ne sont pas totalement normalisées. Les Israéliens souhaitent que l’armée libanaise soit la seule force militaire au Liban, tout en sachant qu’elle est extrêmement faible et ne constituerait donc pas une menace pour eux. »
Laure Foucher : « Au Liban, ils ont un double objectif : étendre les frontières d’Israël pour créer une « zone tampon », afin d’éviter que le scénario du 7 octobre ne se reproduise jamais. C’est la raison des incursions terrestres au sud du Liban, ainsi que l’élimination des capacités militaires du Hezbollah. »
Israël peut-il vraiment se débarrasser du Hezbollah par la force ?
Laure Foucher : « On ne peut pas résoudre la question d’une milice armée par une solution uniquement militaire. Ils ont rasé Gaza et, pourtant, le Hamas est toujours présent. Les Israéliens sont conscients de cela et, en parallèle des frappes, ils cherchent à marginaliser le Hezbollah sur le plan politique et à inciter le gouvernement libanais à renforcer sa position sur le désarmement du mouvement. Ça commence à porter ses fruits, puisque le gouvernement a interdit les activités militaires du Hezbollah lundi, un fait inédit dans l’histoire du Liban. »
Barah Mikail : « Oui, Israël peut réduire le Hezbollah en tant qu’organisation militaire à presque rien. Mais cette réduction serait temporaire. Même si le Hezbollah subit un affaiblissement organisationnel, sa base continue de s’appuyer sur une idéologie très populaire dans le sud du Liban et au niveau régional, qui prône la résistance à Israël par tous les moyens. Donc, même si le Hezbollah est affaibli, cela ne l’empêchera pas de renaître ou de donner naissance à des mouvements similaires. »
Le Liban risque-t-il de sombrer dans la guerre comme en 2006 ?
Barah Mikail : « Le Hezbollah ne dispose pas des moyens, de la structure ou du charisme du leader qu’il avait en 2006, en l’occurrence Hassan Nasrallah. S’il devait y avoir une confrontation officielle, elle serait probablement plus déséquilibrée. »
Laure Foucher : « Il ne faut pas se le dissimuler, nous sommes déjà en guerre ouverte. Toutefois, il serait illogique et contre-productif pour Israël de frapper toutes les infrastructures libanaises comme en 2006. L’un des risques réside dans la pression israélienne sur le gouvernement libanais concernant le désarmement du Hezbollah ; si cela provoque un sentiment de marginalisation au sein de la communauté chiite, cela pourrait plonger le Liban dans une guerre civile. »

