Guerre en Iran : « Une compagnie n’est pas un service public » – Pourquoi un billet d’avion coûte des milliers d’euros ?
Marie a décidé mardi de rester quinze jours de plus que prévu en Thaïlande, après l’annulation de son vol initial et face à un tarif de 12.000 euros pour rentrer en France depuis Phuket. Guillaume Rostand a indiqué que, pour la région du Moyen-Orient, un taux d’annulation des vols de 43,4 % a été recensé jeudi, après 61 % mercredi et plus de 65 % entre dimanche et mardi.
« Jusqu’à 12.000 euros de billets d’avion, pour quatre personnes » pour rentrer en France depuis Phuket. Face à ce tarif élevé et après l’annulation de son vol initial à cause de la guerre en Iran, Marie a décidé, mardi, de prolonger son séjour en Thaïlande de quinze jours avec sa famille. De même, Anna, coincée à Bali, a constaté que les retours vers Paris s’élevaient à 4.000 euros. « On est des milliers à être bloqués. C’est injuste et honteux, cette politique tarifaire », déclare Marie.
Ces deux Françaises ne sont pas les seules à faire part de leur mécontentement. Depuis samedi, de nombreux témoignages affluent dans les médias et sur les réseaux sociaux, à la suite de l’escalade militaire en Iran. De nombreux voyageurs en vacances en Asie ou dans le Golfe affirment avoir des difficultés à trouver des vols pour rentrer en Europe. Sur certaines liaisons, les tarifs peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros. « Les compagnies aériennes spéculent sur le désarroi de la population, c’est écœurant », écrivent certains internautes sur X.
Mais pourquoi les compagnies aériennes ne modifient-elles pas leur système de yield management face à la situation exceptionnelle actuelle ?
La triste loi de l’offre et la demande
Tout d’abord, un rappel du concept. « Le yield management, ce sont des algorithmes qui ajustent les prix des billets d’avion en temps réel », explique Guillaume Rostand, porte-parole de Liligo. Ces algorithmes prennent en compte la demande, le taux de remplissage, la date de départ et de nombreux autres paramètres de plus en plus complexes. »
Ce mécanisme repose sur un principe « plutôt simple » : les billets d’avion sont des produits périssables. « Une fois que l’avion est parti, la place ne peut plus être vendue, l’unité de produit n’existe plus », précise-t-il. En temps normal, ces outils sont capables de « prévoir très finement comment remplir un avion », selon l’expert. « Et techniquement, il est quasiment impossible d’opérer l’arrêt du yield management », ajoute-t-il.
Une « perfect storm »
Pour Guillaume Rostand, la situation au Moyen-Orient représente une sorte de perfect storm. Il explique : « La guerre fait s’affoler les algorithmes, car certaines compagnies opèrent, d’autres non, et l’offre a été drastiquement réduite. De plus, le prix du pétrole augmente. » Les avions en activité doivent également éviter certaines zones aériennes, les contraignant à prendre des détours.
« Qui dit détour dit plus de carburant consommé, alors même que le carburant devient plus cher », poursuit-il. Résultats ? L’offre diminue alors que la demande explose, notamment avec le nombre de voyageurs cherchant à regagner leur pays rapidement.
« Les compagnies perdent aussi de l’argent »
Dans ce contexte, le porte-parole de Liligo rétorque aux critiques dirigées vers les compagnies aériennes accusées de « profiter d’une situation dramatique ». Il rappelle qu’un avion qui ne vole pas entraîne « des coûts considérables perdus ». À l’échelle de la région du Moyen-Orient, Cirium, spécialiste des données aériennes, a recensé un taux d’annulation de 43,4 % des vols jeudi, après 61 % mercredi et plus de 65 % entre dimanche et mardi. Plus de 19.000 vols ont été annulés entre samedi et mardi matin.

« Les compagnies ne se frottent pas les mains. Elles perdent déjà énormément. Elles aussi sont des victimes de la situation », affirme-t-il, mentionnant les mesures commerciales mises en place pour compenser les annulations de vols et les milliers de clients impactés. « On ne peut donc pas leur demander d’absorber les surcoûts massifs qui viennent avec cette crise, dont elles ne sont pas responsables », souligne-t-il.
Pour lui, la question des rapatriements se pose et interroge également les dépenses que les États devraient engager pour ramener leurs ressortissants. « Les compagnies aériennes pourraient appliquer des tarifs normaux, permettant à des gens de ne pas payer 4.000 euros pour leur billet, uniquement si les gouvernements financent les pertes de revenus », précise-t-il.
Il ajoute : « Mais une compagnie aérienne n’est pas un service public. C’est donc la loi du marché, que cela nous plaise ou non. Elles vendent donc au plus offrant. Ce n’est pas le rôle d’Air France de subventionner les Français bloqués à Dubaï. » Il insiste que si des personnes sont réellement en danger, des avions seront réquisitionnés et pris en charge par l’État.
Des prix élevés tant que la crise dure
Tant que l’espace aérien restera perturbé et que le nombre de vols demeurera limité, les prix risquent donc de rester élevés. « C’est un effet mécanique et naturel, résultant d’une réduction drastique de l’offre face à une explosion de la demande. C’est la même chose pour chaque produit », résume l’expert, prenant l’exemple d’une pénurie de pommes de terre.
Notre dossier sur la guerre en Iran
Pour conclure, Guillaume Rostand rappelle que « même en vendant à 4.000 euros » le billet, les compagnies aériennes continuent de perdre de l’argent chaque jour. « En moins d’une semaine de guerre, certaines savent qu’elles ne réaliseront plus de bénéfices et qu’elles ne seront pas à l’équilibre en 2026. On peut donc même dire que c’est une question de survie pour elles, affirme-t-il. On ne va pas demander à Air France de faire faillite pour rapatrier les influenceurs de Dubaï. »

