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Guerre en Iran : Les Etats-Unis et leurs bases militaires dans le monde ?

Les États-Unis possèdent en effet le réseau de bases militaires le plus étendu de l’histoire moderne, avec 128 bases permanentes situées dans 51 pays selon le Congrès. En mars 2026, Donald Trump a suggéré que les États-Unis pourraient se passer de l’autorité de l’Espagne pour utiliser les bases de Rota et Morón afin de frapper Téhéran, ce qui a ouvert une crise diplomatique majeure avec Madrid.


Le refus de l’Espagne de collaborer avec les États-Unis dans leur conflit avec l’Iran, en n’autorisant pas l’accès à deux de ses bases, met en lumière une réalité parfois négligée : l’armée américaine est un empire militaire présent à l’échelle mondiale. Les États-Unis disposent effectivement du réseau de bases militaires le plus vaste de l’histoire moderne.

Selon le Congrès, il existerait 128 bases permanentes réparties dans 51 pays. Cependant, des experts estiment que le nombre de sites militaires à l’étranger se situe entre 750 et 800, disséminés dans environ 95 pays. Certains de ces sites, souvent plus petits et parfois secrets, peuvent être utilisés de manière occasionnelle pour des opérations spéciales et des missions de renseignement. Où se trouvent ces bases américaines et quelle est leur fonction ? Voici un état des lieux.

### Pourquoi les États-Unis ont-ils autant d’implantations militaires à l’étranger ?

Le réseau militaire américain dans le monde est l’héritage d’une histoire tumultueuse au XXe siècle, marquée par la guerre froide et les guerres « contre la terreur ». La grande majorité des bases américaines ont été établies après la Seconde Guerre mondiale, dans le but de contrer l’URSS jusqu’à sa dissolution en 1991. Une nouvelle série d’installations militaires a été mise en place après les attentats du 11 septembre 2001, lors du début des conflits en Afghanistan et en Irak.

« Les États-Unis sont la seule puissance mondiale qui a segmenté la planète en plusieurs commandements géants », affirme Alain De Neve, chercheur à l’Institut royal supérieur de défense (IRSD) à Bruxelles. « Il n’existe aucune autre puissance ayant eu l’ambition ou la capacité de le faire ». Ce qui amène certains observateurs critiques à suggérer que « les États-Unis gèrent leur empire de la même manière que l’Empire romain gérer ses provinces, en détachant consuls et proconsuls », juge l’expert.

### À quoi servent ces bases américaines ?

Ces bases ne se résument pas à de simples pistes d’atterrissage. Elles ont plusieurs objectifs, le premier étant la capacité d’intervention rapide n’importe où dans le monde en quelques heures. Elles jouent également un rôle de surveillance, en récoltant des renseignements grâce aux stations d’écoute et aux drones. Elles ont pour mission de contrôler les routes commerciales, sécurisant ainsi les flux de pétrole et de marchandises.

En outre, elles exercent une fonction de dissuasion à l’égard des adversaires régionaux. « Certaines installations ont une finalité diplomatique [et non uniquement militaire], visant à établir des relations entre le département de la défense américain et les autorités du pays », rappelle Alain De Neve.

### Où sont situées les bases américaines à l’étranger ?

« Il est contre-intuitif, compte tenu de la situation actuelle au Moyen-Orient, de constater que l’Europe demeure le principal « hub » des forces militaires américaines, avec près de 70 000 militaires basés en permanence dans une trentaine de bases », indique l’expert en sécurité et défense. Ce chiffre est variable, car « avec le climat sécuritaire en Europe lié au conflit en Ukraine, il y a entre 10 000 et 15 000 militaires supplémentaires », précise Alain De Neve.

Les États-Unis ont le plus grand nombre de troupes stationnées en Allemagne, en Italie et au Royaume-Uni, les Britanniques leur louant une base dans l’océan Indien, dans l’atoll de Diego Garcia.

La base aérienne de Ramstein en Rhénanie-Palatinat (Allemagne) reste le cœur de la présence américaine en Europe. C’est ici que transite tout le personnel et l’équipement entre les États-Unis, l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient. En revanche, la France n’héberge plus de base américaine depuis l’expulsion ordonnée par le général de Gaulle en 1966.

### Où sont situées les autres bases ?

À l’international, les principaux pays d’accueil sont le Japon et la Corée du Sud, jugés cruciaux pour contrer l’influence de la Chine. Au Moyen-Orient, le Qatar, Bahreïn, le Koweït et la Jordanie sont sous tension en raison de la guerre en Iran. La base d’Al-Udeid au Qatar et la Cinquième flotte à Bahreïn ont été la cible de représailles iraniennes depuis le début de l’opération « Fureur épique » le 28 février.

### Quels accords entre les États-Unis et les pays hôtes pour régir ces bases ?

Les bases américaines à l’étranger ne sont pas des territoires extraterritoriaux, et « le pays hôte reste le gardien ultime de l’emploi qui est fait de cette base », rappelle Alain De Neve. Les États-Unis se sont conformés aux décisions souveraines des États, comme en 2024 en se retirant du Mali, ou en 2025 en limitant l’utilisation des bases philippines à des missions logistiques et humanitaires.

Cependant, en mars 2026, la question du respect de la souveraineté des pays hôtes se pose. En suggérant que les États-Unis pouvaient ignorer l’autorité de l’Espagne pour utiliser les bases de Rota et Morón en vue de frapper Téhéran, Donald Trump a provoqué une crise diplomatique majeure avec Madrid, soulevant des interrogations parmi ses alliés.

Comme le souligne Alain De Neve, les États-Unis souhaitent réduire leur dépendance à certaines implantations à l’étranger : « leur désir ultime serait de développer des capacités militaires d’intervention leur permettant de se passer de cette dépendance territoriale ». Cela implique notamment de disposer d’avions capables de longues distances, pour frapper des cibles avant de revenir sur le sol américain. Actuellement, seuls quelques types de bombardiers possèdent cette capacité.

### Les États-Unis pourraient-ils quitter l’Europe ?

« Malgré les tensions avec les États-Unis concernant l’Ukraine ou le Groenland, et la volonté de développer une autonomie stratégique, les Européens maintiennent l’intérêt d’une présence américaine en Europe », souligne Alain De Neve. Selon l’expert, la crainte de voir des bases américaines fermer ne fait pas partie des préoccupations actuelles. « Les pays européens redoutent peut-être une réallocation des ressources, mais pas une fermeture de bases, et encore moins une disparition de la présence américaine en Europe », conclut le chercheur.

En dépit d’une réorientation stratégique vers la région Asie-Pacifique pour contrer la Chine, l’Europe reste un « heartland », une zone centrale pour les États-Unis, précise l’expert, ajoutant que la fermeture d’une base entraînerait des coûts trop élevés pour Washington.