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Guerre au Moyen-Orient : la CIA arme-t-elle les Kurdes d’Irak et d’Iran ?

La CIA compte armer la minorité kurde en Iran et en Irak, mais un haut dirigeant du Kurdistan irakien a déclaré qu’ils maintiendraient totalement leur neutralité. Les Kurdes d’Irak, qui cherchent à maintenir de bonnes relations avec tous les acteurs de la région, essaient de ménager leurs relations avec tout le monde, malgré une absence de soutien significatif des États-Unis.


C’est une information rapportée par plusieurs médias américains, dont CNN : la CIA, l’agence américaine de renseignement extérieur, envisage d’armer la minorité kurde en Iran et en Irak. Les Kurdes, dont la région culturelle, le Kurdistan, s’étend sur quatre pays (la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran), comptent environ 10 à 12 millions de personnes vivant dans l’ouest de l’Iran, notamment dans les zones où les contestations contre le régime iranien sont les plus vives.

Azadî, militant décolonial d’origine kurde et française, et auteur de l’ouvrage *Leçons kurdes : les damnés des montagnes* (Editions de la Fabrique), souligne que cette initiative américaine n’est pas soutenue par les dirigeants kurdes : « Un haut dirigeant du Kurdistan irakien a déclaré, je cite, que la région kurde d’Irak maintiendra totalement sa neutralité. Ils ne veulent pas se mettre dans cette guerre-là puisqu’ils savent évidemment qu’il y aura des répercussions. La preuve étant que le corps des Gardiens de la révolution en Iran a déclaré dans la foulée, je cite, que toute attaque de groupe kurde en Iran marquera le début d’une guerre entre l’Iran et le gouvernement régional du Kurdistan irakien. »

Cette neutralité est au cœur de la stratégie politique des Kurdes d’Irak.

### Le Kurdistan et l’art de la diplomatie

Le Kurdistan irakien est une région autonome officielle depuis plus de 20 ans et s’efforce de maintenir de bonnes relations avec tous les acteurs de la région : « Historiquement, la région du Kurdistan a des liens forts avec les Américains et également des liens forts avec la Turquie et l’Iran, » précise Azadî. « Et le Kurdistan irakien, dans une Irak encore meurtrie depuis plus de 20 ans par l’invasion américaine, cherche à être une zone pacifique où l’économie peut prospérer et entretient des relations très cordiales avec Ankara et Téhéran, qui sont pourtant deux pays historiquement assez opposés aux Kurdes. D’ailleurs, suite à la mort de Khamenei, les Barzani et les Talabani, qui sont les deux familles dirigeantes, ont exprimé toutes leurs condoléances et ont aussi déclaré leur neutralité dans cette guerre. »

Les Kurdes d’Irak tentent donc de ménager leurs relations avec tous. Ils démontrent que les considérer uniquement comme des alliés des Américains serait aller trop vite en besogne, d’autant que les États-Unis ne leur témoignent pas un grand soutien.

### Un allié américain en demi-teinte

Que penser alors de cette stratégie américaine ? On peut interpréter ces divulgations comme une façon de renforcer la pression diplomatique sur le Kurdistan irakien et d’inciter les Kurdes à prendre part à cette guerre, eux qui sont historiquement opposés au régime de Téhéran, selon Azadî : « Depuis plus de 40 ans, même avant la révolution de 1979, même sous le régime du Shah d’Iran, les Kurdes étaient déjà opposés au régime iranien puisque l’État iranien a une politique répressive contre les Kurdes depuis plus de 100 ans maintenant. Que ce soit le Shah d’Iran ou la République islamique d’Iran. »

Les Kurdes sont donc des alliés naturels potentiels pour l’offensive américaine et israélienne, mais ils n’ont pas oublié les trahisons passées des États-Unis, rappelle le militant franco-kurde : « Ce qui est sûr, c’est que les Kurdes ont une conscience politique et une mémoire particulière, notamment des trahisons historiques des Américains vis-à-vis des Kurdes. Il faut rappeler que les Kurdes en Syrie ont été des combattants de première ligne contre Daesh pendant des années et ont été abandonnés, en particulier lors des attaques du nouveau régime syrien contre les Kurdes. »

Ainsi, le Kurdistan irakien ne semble pas prêt à s’engager dans le conflit régional, ce qui pousse les États-Unis à rechercher d’autres alliés sur le terrain.