Conflit au Moyen-Orient : le général Linotte analyse les enjeux pour la Belgique.
L’opération est dirigée par les Affaires étrangères, qui sont en contact avec les personnes à évacuer. Un montant de 600 euros sera réclamé aux Belges qui auront demandé à être rapatriés.
**Opération de rapatriement ou d’exfiltration ?**
Frédéric Linotte souligne que l’opération est dirigée par les Affaires étrangères, qui sont en contact avec les personnes à évacuer. La Défense « essaie d’organiser au mieux les trajets avec des nations partenaires », explique le général Linotte. Des Belges ont ainsi déjà pu être rapatriés par des avions allemands et luxembourgeois.
« On n’est pas encore dans une opération d’évacuation comme on aurait pu les connaître à Kolwezi, à Stanleyville ou même, plus récemment au Rwanda », précise le général Linotte. Dans ce contexte, le rôle des forces armées est de mettre des avions à disposition. « Utiliser les appareils militaires permet de s’affranchir de la volonté des compagnies aériennes qui pourraient, pour des raisons d’assurance, ne pas mettre d’avions à disposition », souligne le général. « Ce n’est pas une opération spéciale », ajoute-t-il.
**600 euros, le prix à payer par chaque passager rapatrié**
À la Chambre, le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a indiqué qu’un montant de 600 euros serait demandé aux Belges souhaitant être rapatriés. « C’est le gouvernement qui a pris cette décision », commente le général Linotte. « Les prix sont pratiqués également par d’autres pays », ajoute-t-il.
Certains s’interrogent sur la nécessité de rendre ces rapatriements payants. « Ici, c’est le cadre qui a été décidé dans le cadre d’un accord politique, avec une approche de bon père de famille, puisque nous nous alignons sur ce que font les autres pays. C’est une décision purement politique », précise Frédéric Linotte. La Défense n’est pas à l’origine de cette décision.
**Va-t-on devoir laisser du personnel militaire sur place, par exemple en Arabie saoudite ?**
La question de déployer des militaires belges dans certains pays de la région du Golfe pour accompagner les Belges désirant être rapatriés et gérer les opérations se pose. « C’est une opération d’appui de l’armée aux Affaires étrangères. Pour le moment, il n’y a pas de détachement déployé pour sécuriser un point de regroupement vers lequel convergent des personnes à évacuer », détaille Frédéric Linotte.
« Il s’agit purement de la mise à disposition d’un aéronef, avec un fonctionnaire des Affaires étrangères qui coche une liste avec des gens qui rentrent à un moment donné », ajoute-t-il.
**La Défense s’apprête-t-elle à envoyer des militaires au Moyen-Orient ?**
« Nous sommes en train d’étudier les options », répond le général Linotte, « mais nous n’avons pas reçu, à l’heure actuelle, de demandes formelles d’appui de pays tiers pour assurer la sécurité de quiconque ni quoi que ce soit », précise-t-il.
Un détachement de militaires dans la zone n’est pas exclu. « Nous ne l’excluons pas et nous attendrons d’obtenir les demandes de ces pays », conclut-il.
**Détroit d’Ormuz bloqué : des navires belges coincés**
Actuellement, la navigation dans le détroit d’Ormuz est presque impossible en raison des risques, car le détroit est contrôlé par l’Iran. Plusieurs navires belges sont bloqués dans la région. La Défense pourrait-elle intervenir ? « Pour l’instant, je crois que ce sera dans un deuxième temps car l’accès au détroit d’Ormuz reste très difficile », répond Frédéric Linotte. « Bien que la capacité de la flotte iranienne ait été réduite au silence, il reste des batteries côtières capables d’engager tout navire qui décide de passer par là », ajoute le général. Les armateurs sont réticents en raison du coût des assurances, estime-t-il.
**L’avis du responsable stratégique sur l’opération américano-israélienne**
En se concentrant sur les aspects militaires des frappes menées par les États-Unis et Israël, sans se prononcer sur les questions de droit international ou de morale, le général Linotte explique qu’il « faut bien admettre que ces opérations ont été menées remarquablement ». Il se montre impressionné par « les centaines d’avions qui sont envoyés ». « Ces opérations se sont déroulées de manière technique. On peut aimer ou ne pas aimer, mais il faut reconnaître qu’elles ont été menées magistralement », juge-t-il.
Pour décoder la stratégie américaine dans ces opérations, le général se réfère à l’analyse des documents américains. « Il y a la stratégie nationale de sécurité qui est sortie, mettant l’accent sur la défense du territoire américain », explique-t-il. « Ils n’ont jamais dit que cette défense devait avoir lieu aux États-Unis », analyse-t-il. Le narratif actuel met en avant le fait que l’Iran s’arme d’une part d’une capacité nucléaire et d’autre part de vecteurs balistiques capables de menacer le territoire américain, ce qui aurait conduit Donald Trump à intervenir.
Quant à savoir si la destitution du régime iranien fait partie des objectifs, Frédéric Linotte répond : « La déstabilisation du régime fait plus partie du narratif du partenaire israélien ». « Le communiqué de la Maison Blanche à ce sujet est relativement clair. Il ne souligne pas la chute du régime comme un objectif principal », précise-t-il.
Quant aux projections américaines pour la suite, il mentionne : « Nous ne faisons pas partie de la coalition, donc il n’y a pas de partage des plans. La balle sera sûrement dans le camp du peuple iranien. C’est la population qui décidera », conclut-il.
**La flotte fantôme russe aussi dans le viseur de la Défense belge**
**La Belgique sous le parapluie nucléaire français ?**
Une image marquante de ces derniers jours est celle du président français Macron devant un sous-marin nucléaire, annonçant un renforcement de la dissuasion nucléaire française. La France envisage d’étendre cette dissuasion à d’autres pays européens. La Belgique se placera-t-elle sous la protection française ?
« Pour la France, c’est une première. La dissuasion nucléaire a toujours été le pré carré franco-français », décrypte le général Linotte. « C’était clairement la vision du général de Gaulle. » Cette dissuasion n’était pas accessible à l’OTAN. « Ce que cela change pour nous, c’est que le parapluie nucléaire français peut être élargi », poursuit-il. « Les modalités de mise en œuvre vont changer. Cela pourrait inclure l’intégration des forces aériennes ou l’accès à des infrastructures pour effectuer des opérations », explique le général.
**Le retour de la prolifération nucléaire ?**
Assiste-t-on à un renouveau de la prolifération nucléaire ? « Je pense que plusieurs pays ont tiré cette conclusion », répond Frédéric Linotte, citant le Royaume-Uni qui « complète son arsenal » et « a acheté des F35 à cet effet ».
Aujourd’hui, le général précise : « L’accent se met sur la dissuasion, et la dimension nucléaire reste essentielle dans cette dissuasion. »

