Affaire Pilarski : Derniers mots d’Elisa et mystères de sa mort
Elisa Pilarski a appelé Christophe Ellul à 13h19 le 16 novembre 2019, et cet appel a duré 2’15. Christophe Ellul a rappelé la victime à 22 reprises à partir de 13h23, mais Elisa ne répondait plus.

Au tribunal correctionnel de Soissons,
L’oncle et la mère d’Elisa Pilarski souhaitent désespérément connaître les mots exacts échangés entre Elisa et Christophe Ellul au moment de son appel au secours, le 16 novembre 2019. En effet, le prévenu, jugé pour homicide involontaire par le tribunal correctionnel de Soissons (Aisne), a maintenu la même version depuis près de sept ans : « Elle m’a dit qu’elle était mordue par des chiens. Elle avait du mal à tenir Curtis, je lui ai dit : lâche-le. » Les chiens mentionnés sont ceux de la meute de chasse à courre présente dans la forêt à ce moment-là.
Cependant, l’oncle d’Elisa, déclare ne pas croire à cette version. « Il y a des choses pas claires », assure-t-il. La mère de la victime, très attachée à sa fille, souhaite également « savoir ce qu’Elisa a dit exactement à Christophe quand elle l’a appelé au secours ». « Si elle l’a appelé lui, c’est parce qu’elle ne savait pas comment maîtriser Curtis à ce moment-là », évoque cette mère en deuil. L’appel, qui a duré 2 minutes et 15 secondes, rappelle Maître Guillaume Demarcq, l’avocat des parties civiles représentant la société nationale de vénerie. « Cet ultime appel téléphonique d’Elisa gardera un certain nombre de secrets », souligne-t-il dans sa plaidoirie. Après 13h23, Christophe Ellul a tenté de rappeler la victime à 22 reprises, sans succès.
Confronté à des éléments accablants qu’il avait lui-même réclamés, tels que la taille des plaies par rapport aux mensurations des mâchoires des animaux présents dans la forêt de Retz le jour du drame, Christophe Ellul semble s’affaiblir. Parmi ces preuves, se trouve le scalp de la victime, un morceau de chair et de cheveux portant l’ADN de Curtis et aucun autre ADN canin. « Comme si Curtis avait mâché les cheveux d’Elisa, c’est très signifiant », souligne la procureure dans son réquisitoire. « Ça ne peut être que Curtis », a admis le prévenu au deuxième jour de l’audience, mais il a ensuite fait marche arrière. Des doutes subsistent dans son esprit : « Quand vous m’avez annoncé 56 morsures pour un seul chien, est-ce que ça ne fait pas beaucoup ? », s’est-il interrogé.
De plus, les premiers intervenants, quatre personnes au total, ont tout de suite soupçonné que les plaies, d’origines diverses et de profondeurs différentes, ne pouvaient pas être causées par un seul chien. « Une zone d’ombre du dossier », que l’avocate de l’association Une niche pour tous cherche à mettre en lumière dans sa plaidoirie. Toutefois, la procureure tente de convaincre : « Plusieurs plaies peuvent être liées à une même fermeture de mâchoire. Un même chien peut mordre de différentes manières. »
Plus d’une heure d’inconnue
Cela demeure un mystère qui n’a pu être élucidé ni au cours des sept années d’instruction, ni durant les trois jours d’audience. Ni Curtis, ni aucun autre animal de la forêt ne peut éclairer ce qu’il s’est passé. En effet, entre le dernier appel d’Elisa Pilarski à 13h19 et l’arrivée de Christophe Ellul sur les lieux, plus d’une heure s’est écoulée. Curtis « est resté 1h20 tout seul quand votre compagne est décédée. Personne ne saura jamais ce qu’il a fait. Mais c’est un fait à prendre en considération », lui rappelle la présidente Armelle Radiguet.
Ainsi, chacun interprète les faits à sa manière. La procureure a déclaré : « À votre question : pourquoi mon chien aurait-il attaqué ma femme au milieu d’une chasse à courre ? La réponse est que ce chien, avec lequel il avait l’habitude de jouer, a été excité par les aboiements des chiens de la meute qui ont reproduit l’ambiance des concours [auxquels participait Curtis], et il a tiré sur la laisse, et il l’a attrapée. Comment vous voulez qu’elle s’en sorte ? On a vu les vidéos. » Une analyse sévère. Le prévenu, visiblement affecté, laisse couler ses larmes. Après avoir longtemps pensé être victime d’un complot impliquant des gendarmes et des chasseurs, il semble commencer à douter et peut-être reconnaître une part de responsabilité dans la mort de sa compagne, qui était enceinte de six mois.
La procureure Laureydane Ortuno est convaincue que Curtis est responsable des blessures mortelles infligées à Elisa. Après avoir « démontré que Curtis a initié l’attaque » pendant une heure et demie et demandé la « requalification des faits en homicide involontaire sans circonstance aggravante », la représentante du ministère public a requis ce jeudi au tribunal de condamner Christophe Ellul à quatre ans de prison, entièrement assortis d’un sursis. Elle considère l’animal « encore plus dangereux aujourd’hui » et demande également l’euthanasie du chien.

