Pourquoi les Belges ne font-ils pas d’enfants ? Raisons de la non-parentalité.
En France, le taux de naissance est actuellement de 1,5 enfant par femme, le niveau le plus bas depuis la Seconde guerre mondiale. Alice Rees a constaté que le facteur le plus déterminant dans le choix d’avoir des enfants est la forme d’union des couples, comme le mariage ou le divorce.
La dénatalité constitue un phénomène mondial. La France, en particulier, a largement abordé cette problématique dans les médias ces dernières semaines, les chiffres étant alarmants. Dans les pays voisins, le taux de natalité a diminué d’un quart en 15 ans, atteignant actuellement 1,5 enfant par femme, un niveau historiquement bas depuis la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’à présent, la France se démarquait en Europe par un nombre de naissances supérieur à celui des autres pays, mais elle suit désormais la tendance mondiale. Pour la première fois depuis 1945, le pays a enregistré moins de naissances que de décès, tandis qu’en Belgique, ce constat est déjà en vigueur depuis 2022.
Alice Rees, doctorante à l’UCLouvain, analyse dans sa thèse les parcours de vie des personnes sans enfant et des parents, en tenant compte de dimensions clés de l’âge adulte telles que l’historique conjugal, l’indépendance résidentielle et l’évolution des revenus. Elle distingue deux catégories : la non-parentalité contrainte et la non-parentalité volontaire.
De plus en plus de couples rencontrent des difficultés à concevoir, en raison de problèmes de santé ou d’infertilité. « Et à côté de cela, et c’est la majorité des cas de personnes qui ne deviennent pas parents, c’est que les personnes souhaitent avoir des enfants, mais prennent à plusieurs reprises dans leur vie des décisions, ou bien vont faire face à des contraintes, qui vont conduire à un report continu de la parentalité. »
Ce report engendre des contraintes biologiques, rendant difficile pour ces couples, désireux d’enfants, de concevoir. Ce phénomène peut partiellement expliquer la baisse de la fertilité : plus le moment de conception est éloigné, plus les futurs parents sont exposés à des facteurs réduisant la fertilité, tels que le tabagisme ou l’alcool. De plus, la conception tardive d’un enfant limite le nombre d’enfants qu’une femme peut avoir, car la période fertile pour envisager un second ou un troisième enfant est raccourcie.
Les raisons poussant les couples à différer leur désir d’enfant sont nombreuses. L’aspiration à poursuivre des études supérieures en est une principale. Une formation plus poussée offre aux femmes davantage d’opportunités professionnelles, qui ne s’accordent pas toujours avec la maternité. Alice Rees souligne : « Il y a aussi le fait que c’est plus difficile de trouver un contrat à durée indéterminée par exemple, l’instabilité sur le marché du travail et aussi le logement. Beaucoup d’individus vont vouloir d’abord s’installer et devenir propriétaire, par exemple, avant de faire des enfants. »
Concernant les personnes qui choisissent délibérément de ne pas avoir d’enfant, les motifs sont également variés. Dans son étude, Alice Rees a constaté que les situations économiques des personnes concernées sont diverses. Le niveau de revenu et son évolution au cours de la vie ne sont donc pas déterminants dans le choix d’avoir des enfants. D’après ses observations, la forme d’union des couples, qu’il s’agisse de cohabitation légale, de mariage ou de divorce, pèse le plus dans cette décision. « Il y a de nombreux pays européens qui se sont questionnés sur le sujet et les unions sont vraiment le déterminant le plus fort d’une première naissance, en tout cas pour les individus en Europe, dans les pays développés. »
D’autres chercheurs de l’UCLouvain ont exploré les préoccupations environnementales liées à la natalité. Les personnes éprouvant de l’éco-anxiété ou possédant une forte conscience écologique témoignent souvent d’une volonté de ne pas engendrer d’enfants. Toutefois, cet aspect environnemental s’avère moins influent quand il s’agit de concrétiser cette décision. « L’environnement va compter dans les décisions, dans les envies d’avoir un enfant ou pas, mais d’autres choses vont peser plus dans la balance par rapport à la décision d’avoir un enfant ou pas. » Parmi ces facteurs, les coûts, les contraintes et la stabilité d’une relation figurent en bonne place.
Finalement, la décision d’avoir des enfants est profondément personnelle et les politiques natalistes auront peu d’impact sur celle-ci.
► Découvrez aussi comment la non-parentalité est perçue différemment selon le genre en écoutant l’intégralité du podcast des Clés dans le player ci-dessus ou sur Auvio.

