France

Cette solution miracle ne réduit pas les bouchons au permis de conduire.

En 2024, 919.000 permis B ont été délivrés en France, laissant plus de 200.000 candidats en attente. Le taux de réussite au permis lors du premier examen est de 58 %, et il grimpe à 75 % si le candidat est passé par la filière conduite accompagnée.


Des délais d’attente très longs. Si vous échouez à l’examen du permis de conduire lors de votre première tentative, vous pourriez attendre environ 80 jours en France pour avoir une nouvelle chance, soit presque le double des 45 jours prévus par la loi Macron de 2015. Cette situation entraîne un engorgement des demandes. En 2024, 919.000 permis B ont été délivrés, laissant plus de 200.000 candidats en attente, sans compter ceux qui s’ajoutent depuis 2019.

Situation peu commune : les organisations patronales des auto-écoles et le principal syndicat des inspecteurs de permis de conduire ont décidé d’unir leurs forces pour faire pression sur le gouvernement. Lors d’une conférence de presse mercredi, ils ont proposé une mesure clé : le recrutement de 150 inspecteurs et 20 délégués supplémentaires en 2026. Cette initiative permettrait d’augmenter la capacité d’examen, d’offrir une nouvelle chance plus rapidement aux candidats ayant échoué et de réduire l’écart entre le nombre d’inscrits et celui des lauréats, selon leurs arguments.

**Dix recrutements prévus en 2026**

« C’est une augmentation de 12 % des effectifs, une goutte d’eau », défend Philippe Destarkeet, secrétaire général Snica-FO et inspecteur du permis de conduire. « Avec ces recrutements, les délais vont diminuer. » La France dispose de 1.250 inspecteurs, qui depuis 2019, ont dû gérer une hausse des demandes de 15 % avec le même effectif, rappelle-t-il. Dans le projet de loi de finances 2026, un amendement des Républicains soutenant cette mesure estimait le coût des recrutements à 5 millions d’euros.

Finalement, cet amendement a été rejeté avec l’adoption du budget par le biais de l’article 49.3 en janvier, le gouvernement ne prévoyant que le recrutement de dix inspecteurs pour 2026. En 2022, Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur, avait annoncé le recrutement de 100 inspecteurs sur quatre ans. « En septembre, nous avons reçu la confirmation qu’il n’y a eu que 53 recrutements dans le cadre de ce budget, indique Christelle Oberholz, présidente de l’Unidec, syndicat des auto-écoles. Nous demandons à l’État de récupérer ces budgets alloués au recrutement d’inspecteurs et de les utiliser. »

**« Une urgence réelle »**

À Ille-et-Vilaine, Nicolas Boisseau, responsable des auto-écoles Erasmus à Rennes et Vitré, souligne que ces délais génèrent du stress chez les jeunes. « Ils s’inquiètent de devoir passer l’examen et de ne pas pouvoir le repasser rapidement s’ils échouent. Ils craignent de ne pas avoir leur permis pour l’été ou la rentrée », précise-t-il. D’autant plus que le taux de réussite au permis lors du premier examen est de 58 %, ce chiffre grimpe à 75 % si le candidat a suivi la formation de conduite accompagnée.

En raison du délai de formation des inspecteurs, qui s’étale de six à huit mois, « il y a une réelle urgence à prendre des décisions », alerte Benjamin Panis, président de l’Unic, syndicat des exploitants d’écoles de conduite. « Des solutions sont possibles, mais personne ne prend les mesures nécessaires, c’est-à-dire le recrutement d’inspecteurs du permis de conduire et l’augmentation des compétences des candidats, éléments fondamentaux pour la sécurité routière. »

**Un enjeu de sécurité routière**

Les acteurs de la formation à la conduite soulignent également l’enjeu de sécurité routière, alors que la mortalité routière a augmenté de 6 % en 2025, selon un bilan provisoire du ministère de l’Intérieur. En tout, 3.513 personnes ont perdu la vie sur les routes de France l’année dernière, les jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans étant la catégorie la plus à risque.

Les représentants des auto-écoles et inspecteurs estiment que le minimum de formation doit être porté à 28 heures, s’alignant ainsi sur le nombre d’heures minimum obligatoire en conduite accompagnée. Fixé en 1990, le minimum réglementaire de 20 heures pour obtenir le permis est jugé insuffisant et inadapté à la complexité croissante du trafic actuel. Une formation renforcée améliorerait le taux de réussite dès la première tentative et réduirait le nombre de demandes d’examens, soutiennent-ils.

« Le prix d’appel doit aussi être cohérent avec la réalité de la formation afin que les candidats n’aient pas de surprises en pensant payer seulement pour 20 heures », souligne Lorenzo Lefevre, vice-président du syndicat Mobilians. Certains candidats cherchent effectivement à passer le permis au bout de ces 20 heures alors qu’ils ne sont pas préparés, augmentant ainsi leur chance de subir un échec, ce qui au final alourdira le coût du permis avec les nouvelles tentatives et les heures supplémentaires.