Guerre en Iran : La chute de l’allié de la Russie freine Poutine en Ukraine ?
Quatre ans après l’invasion russe de l’Ukraine, près de 60.000 drones de type Shahed, une technologie conçue par les Iraniens, auraient été lancés sur l’Ukraine depuis le début de l’invasion à grande échelle. Une nouvelle session de pourparlers entre Kiev et Moscou, sous médiation américaine, était envisagée début mars aux Emirats arabes unis, à Abou Dhabi.
A Gaza, au Soudan, à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan, et désormais en Iran. Quatre ans après l’invasion russe de l’Ukraine, les conflits se propagent aux quatre coins du globe et Kiev surveille de près leur prolifération ainsi que leurs conséquences pour son propre combat existentiel. Le régime des mollahs, allié de la Russie de Vladimir Poutine depuis de nombreuses années, semble au bord de l’effondrement, ce qui apparaît comme une évolution favorable pour l’Ukraine.
En réaction aux frappes américaines et israéliennes sur l’Iran, Volodymyr Zelensky a salué la « détermination » des États-Unis et a critiqué le « régime terroriste » des mollahs. « Alors que les Ukrainiens n’ont jamais menacé l’Iran, le régime iranien a choisi de devenir le complice de Poutine et lui a fourni des drones Shahed, des technologies [et] d’autres armes à la Russie », a-t-il déclaré.
Au total, près de 60.000 drones de type Shahed, une technologie conçue par les Iraniens, auraient été déployés sur l’Ukraine depuis le début de l’invasion à grande échelle. Cependant, bien que la Russie se soit d’abord approvisionnée en Iran, elle construit désormais elle-même ses drones Shahed depuis 2023. L’usine Yelabouga, située dans le Tatarstan russe, n’a pas cessé d’accroître sa production. Ainsi, l’invasion de l’Ukraine se poursuivra, avec ou sans le régime des mollahs.
« Là où cela dérange le plus la Russie, c’est sur le corridor de transport international Nord-Sud », explique Taline Ter Minassian, professeure d’histoire contemporaine de la Russie à l’Inalco et spécialiste du conflit. Ce réseau a été conçu pour transporter des marchandises tout en évitant les sanctions occidentales. En traversant l’Iran, mais aussi la Russie, l’Inde, l’Azerbaïdjan et l’Arménie, une guerre régionale pourrait ralentir, voire paralyser, ce corridor.
La Russie surveille attentivement ses voies commerciales, tout comme les Occidentaux redoutent les répercussions sur le détroit d’Ormuz où transite une grande partie du pétrole mondial. Cependant, la Russie semble être dans une position favorable, étant « autosuffisante en matière énergétique », remarque Taline Ter Minassian. Cela pourrait même constituer « l’unique aspect positif pour les Russes en ce moment », selon Carole Grimaud, spécialiste en géopolitique de la Russie. « Malgré les sanctions, ils continuent à vendre leur pétrole via leur flotte fantôme. Il est donc possible qu’ils augmentent également les prix dans leur commerce clandestin. »
Vladimir Poutine n’a pas hésité à dénoncer les attaques récentes, qualifiant d’un ton accusateur une « violation cynique » de « la morale et du droit international ». « L’Iran est un allié dans ce grand combat idéologique des nouvelles puissances contre l’Occident, donc la Russie n’est pas ravie. Toutefois, le Kremlin a probablement prévu ce scénario depuis longtemps et n’est pas dépendant du régime iranien », analyse Taline Ter Minassian.
En Syrie, bien que le régime de Bachar el-Assad, soutenu par Moscou, soit affaibli, la Russie continue d’avancer ses pions. Vladimir Poutine a rencontré le président intérimaire syrien Ahmed al-Sharaa en octobre 2025, malgré l’asile accordé par le dirigeant russe au dictateur syrien déchu. « La diplomatie russe ne ferme pas la porte à un régime au détriment d’un autre et se concentre sur ses intérêts de manière pragmatique. En Iran, les Russes ont sûrement déjà établi des contacts pour comprendre qui prendra le pouvoir et la meilleure façon de poursuivre leurs affaires », affirme Carole Grimaud.
Volodymyr Zelensky exprime ses préoccupations concernant les éventuelles répercussions sur la défense antiaérienne, dont l’Ukraine a un grand besoin. « Nous savons qu’une guerre prolongée – si elle se prolonge – et l’intensification des hostilités vont affecter la quantité de défense aérienne dont nous disposons », a-t-il déclaré, soulignant l’importance de ces missiles pour intercepter les frappes balistiques russes qui visent quotidiennement le pays.
« Les armes américaines affluant vers l’Iran, l’Ukraine aurait préféré les avoir dans ses propres stocks. Si cette situation perdure et que les États-Unis réduisent leurs réserves, les livraisons aux Ukrainiens pourraient être retardées sur le front », avance Carole Grimaud. Par ailleurs, une nouvelle session de négociations entre Kiev et Moscou, sous médiation américaine, était prévue début mars aux Émirats arabes unis, à Abou Dhabi. Cependant, l’extension du conflit au Moyen-Orient a mis ces pourparlers en suspens. « Le risque, c’est que l’Ukraine devienne une préoccupation secondaire », souligne Taline Ter Minassian. Tant que l’attention de Donald Trump, déjà de plus en plus faible sur l’Ukraine, est détournée, « Poutine peut poursuivre sa guerre tranquillement », conclut Carole Grimaud.

